IranNucléaireIran/Corée: "Le laisser-faire serait irresponsable"

Iran/Corée: « Le laisser-faire serait irresponsable »

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L’Express, 13 avril – Propos recueillis par Dominique Lagarde et Pierre Ganz (RFI) dans le cadre de l’émission RFI-L’Express L’Invité de la semaine

Le délai octroyé à la Corée du Nord pour démanteler son principal réacteur nucléaire arrive à échéance ce soir à minuit. Pyongyang s’est dit prête à respecter ses engagements à condition que soient levées les sanctions financières dont elle fait l’objet. Respectera-t-elle ses promesses? L’avis de Pierre Goldschmidt, spécialiste des questions nucléaires et ancien directeur adjoint de l’AIEA

– Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed el-Baradei, vient de se rendre en Corée du Nord, où les autorités promettent de renoncer à l’arme nucléaire une fois levées les sanctions américaines. Peut-on faire confiance à Pyongyang?

PG – Mohamed el-Baradei a qualifié sa visite, la première depuis quatre ans, de «constructive». Cela dit, l’histoire des relations entre l’AIEA et les autorités de Pyongyang montre qu’il faut être extrêmement prudent et ne pas tirer trop vite des conclusions trop optimistes. Il faudra du temps avant que l’on puisse garantir que la Corée du Nord est effectivement et sincèrement engagée dans le démantèlement de son programme nucléaire.

– Les Nord-Coréens doivent en principe fermer leur réacteur de Yongbyon avant le 14 avril. Cela vous paraît-il réaliste?

PG – Il s’agit non pas uniquement du réacteur, mais aussi de l’usine de retraitement du combustible usé qui leur a permis d’isoler le plutonium qu’ils ont utilisé dans leur essai nucléaire de l’an dernier. C’est tout le site qui doit être gelé. Cela dit, techniquement, ce délai est tout à fait réaliste. Pour ce faire, il faut que les inspecteurs de l’AIEA se rendent sur place, qu’ils disposent des caméras de surveillance et qu’ils mettent des scellés sur les équipements. Dès qu’ils auront reçu le feu vert de Pyongyang, ils devraient pouvoir garantir assez vite que les installations de Yongbyon ne fonctionnent plus.

– Est-il possible qu’une autre installation, secrète, continue de fonctionner sans que les inspecteurs de l’AIEA le sachent?

PG – C’est tout le problème. Pour pouvoir garantir que la Corée du Nord n’a que des visées pacifiques conformes au traité de non-prolifération [TNP »>, il faudra s’assurer qu’il n’y a aucune matière ni activité non déclarées dans le pays. Ce qui est très délicat s’agissant d’un pays qui est passé maître dans l’art de creuser des tunnels et dont les montagnes sont difficilement accessibles. Cela implique des moyens d’investigation particulièrement importants, tels que l’accès, sans préavis ou avec un préavis court, à tout endroit suspect, jusqu’à ce que l’AIEA ait jugé correctes et complètes les déclarations nord-coréennes.

– L’autre pays qui préoccupe l’AIEA, c’est l’Iran. Les Iraniens affirment que leur programme est uniquement civil. A-t-on la preuve incontestable qu’ils mentent?

PG – L’Iran procède depuis 1985 à des activités nucléaires non déclarées, notamment à travers un programme d’enrichissement de l’uranium par centrifugation. Dans la mesure où cette technique peut permettre à la fois la production d’uranium faiblement enrichi pour des centrales nucléaires civiles et d’uranium hautement enrichi à des fins militaires, le fait de développer cette technologie ne prouve pas à lui seul l’existence d’un programme militaire. Si ces activités avaient été déclarées, elles n’auraient pas en soi constitué une violation du TNP. Toutefois, l’AIEA a mis en évidence un ensemble d’indices préoccupants. Ainsi, à la fin de 2005, on a découvert en Iran des documents datant de 1987 qui expliquaient comment usiner de l’uranium métal enrichi sous forme hémisphérique, une technique dont les applications sont exclusivement militaires. L’Iran affirme avoir reçu ces documents sans les avoir demandés, mais le simple fait de les recevoir est interdit par le traité. Il semble bien qu’il y ait là, stricto sensu, violation du TNP.

– La politique de sanctions est-elle efficace?

PG – Je ne crois pas qu’il y ait d’autre choix. L’Iran n’a tenu aucun compte des demandes répétées de la communauté internationale concernant la suspension de ses activités d’enrichissement. Tout le monde est favorable à la négociation. Mais si la négociation n’aboutit pas et que l’on rejette toute option militaire, que reste-t-il? Le laisser-faire? Ce serait irresponsable envers les générations futures. Je crois pour ma part que l’on aurait dû transmettre le dossier au Conseil de sécurité de l’ONU il y a déjà plusieurs années.

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