Le régime iranien connaît une nouvelle vague de divisions internes alors que la question de la législation du Groupe d’action financière (GAFI) refait surface. Ces lois, bloquées dans le processus législatif depuis des années, ont suscité un nouveau débat entre les factions politiques du pays, reflétant la complexité de l’interaction entre la politique intérieure et les pressions internationales.
Le ministre des Affaires économiques et des Finances du régime iranien a récemment annoncé que le guide suprême Ali Khamenei avait approuvé le réexamen des projets de loi liés au GAFI par le Conseil des gardiens. Masoud Pezeshkian, le président du régime, l’a confirmé lors d’une réunion avec la Chambre de commerce iranienne le 31 décembre 2024, soulignant la nécessité d’une action collective de toutes les autorités pour relever les défis économiques du pays.
Ces développements surviennent dans un contexte de grave crise économique, notamment l’effondrement de la monnaie iranienne, exacerbée par les sanctions internationales et les défis géopolitiques. Les discussions portent sur deux projets de loi clés : la Convention de Palerme et la loi sur la lutte contre le financement du terrorisme (CFT), qui vise à aligner la réglementation financière iranienne sur les normes du GAFI.
Le GAFI est un organisme international axé sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il met sur liste noire les pays non coopératifs, et actuellement, l’Iran et la Corée du Nord restent les seuls pays sur cette liste, isolant encore davantage l’Iran du système financier mondial.
La question du respect des normes du GAFI est depuis longtemps controversée en Iran. Les partisans soutiennent que le respect des normes contribuerait à alléger les sanctions, tandis que les opposants affirment qu’il limiterait la capacité du régime à soutenir des groupes alliés tels que le Hezbollah.
Bien que les projets de loi aient été approuvés par le Parlement en 2018, le Conseil des gardiens, dont les membres sont étroitement contrôlés par Khamenei, les a rejetés, transformant la question en une source récurrente de conflits. La question a souvent été utilisée comme un outil pour manipuler les sentiments du marché en période de crise économique.
Après l’annonce de Khamenei approuvant une révision des projets de loi, la bourse iranienne a connu une demande accrue d’actions bancaires, reflétant l’optimisme des investisseurs quant à une éventuelle percée économique si les normes du GAFI sont respectées. Cependant, le scepticisme demeure, car les précédentes approbations de Khamenei, comme en décembre 2020, n’ont pas produit de résultats tangibles.
L’opposition à ces projets de loi est menée par des factions radicales, qui les considèrent comme un outil d’« infiltration étrangère ». Les critiques affirment que l’adhésion aux recommandations du GAFI pourrait entraver la capacité de l’Iran à contourner les sanctions. Des voix éminentes telles que Gholamreza Mesbahi Moghadam et Mohsen Rezaei ont exprimé des inquiétudes concernant la souveraineté et les intérêts stratégiques du régime.
D’un autre côté, la détérioration des conditions économiques et l’échec des négociations nucléaires sous l’administration de l’ancien président Ebrahim Raisi ont accru la pression pour aborder la question du GAFI. Bien que Raisi ait initialement ignoré la législation, il a ensuite reconnu son importance, qualifiant le respect de cette législation d’« inévitable » dans les circonstances actuelles.
Bien que Khamenei ne se soit pas explicitement opposé aux projets de loi, son influence sur les décisions du Conseil des gardiens est évidente. En octobre 2018, Khamenei a déclaré qu’il n’était pas contre l’examen des projets de loi au Parlement, mais l’approbation finale reste difficile à obtenir. Le Conseil, dominé par des partisans de la ligne dure, continue de s’opposer à la législation, ce qui reflète les profondes divisions au sein du régime.
Le GAFI a réaffirmé en juillet 2023 que l’Iran restait sur sa liste noire, avertissant que le pays resterait sur la liste si les lacunes n’étaient pas comblées. Ces pressions internationales, associées aux défis économiques nationaux, ajoutent encore plus de complexité au paysage politique iranien.
La réouverture du dossier du GAFI met en évidence les désaccords persistants au sein de la scène politique iranienne. Avec l’approbation tacite de Khamenei et les pressions économiques croissantes, le Conseil des gardiens est prêt à réexaminer les projets de loi sur la Convention de Palerme et la LFT. Cependant, l’opposition des partisans de la ligne dure reste forte, motivée par des préoccupations idéologiques et une résistance à la surveillance internationale. Alors que l’Iran fait face à ces défis internes et externes, la question de la conformité au GAFI reste sans réponse, ce qui entraîne des implications importantes pour son avenir économique et géopolitique.

