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« Persepolis »: de la BD à la pellicule, l’Iran et l’exil vus par Marjane Satrapi

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Associated Press – Les bandes dessinées autobiographiques sont publiées à des millions d’exemplaires à travers la planète, en français, en anglais, en mandarin ou en hébreu, mais depuis le 60e Festival de Cannes, Marjane Satrapi a acquis une nouvelle renommée internationale: celle d’une réalisatrice de cinéma dont le premier long métrage, « Persepolis », présenté en compétition officielle, a remporté le prestigieux Prix du Jury.

Drôle d’aventure que celle de « Persepolis », d’abord une petite BD obscure en noir et blanc, dessinée par une immigrée iranienne inconnue et publiée en 2000 par « L’Association », devenue en l’espace de quelques mois, un véritable succès de bouche à oreille. Puis viennent les volumes 2, 3, et 4, les achats de droits à l’étranger et enfin les appels du pied des studios, notamment américains, pour une adaptation cinématographique. Après avoir décliné les propositions d’Hollywood, Marjane Satrapi a finalement décidé d’adapter ses BD par ses propres moyens, avec l’aide de son ami et partenaire d’atelier, le dessinateur Vincent Paronnaud (alias Winshluss).

De cette collaboration parisienne, est née « Persepolis » (sortie mercredi dans les salles en France), une petite merveille du cinéma d’animation, totalement à contre-courant des modes contemporaines, puisque le film est à la fois en noir et blanc et « en 2D ». Puissant et poétique sur le fond, original et inventif sur la forme, « Persepolis » réussit son pari, celui de raconter la révolution et la guerre, le fanatisme et l’exil, l’histoire de Marjane devenue une histoire universelle…

Téhéran, 1978: Marjane (voix de Gabrielle Lopes), huit ans, songe déjà à l’avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, Tadji (Catherine Deneuve) et Ebi (Simon Abkarian), la petite fille est aussi très proche de sa grand-mère (Danielle Darrieux), une femme aussi libérée qu’anticonformiste. C’est au sein de ce foyer séculaire et intellectuel que Marjane s’initie au monde des adultes et à la politique. Car le régime du Chah vit ses dernières heures, et Marjane suit avec curiosité et passion les discussions des « grands » et les événements qui vont mener à la Révolution iranienne.

Avec l’instauration de la République islamique, les dissidents de l’époque du Chah, comme l’oncle de Marjane, sont libérés des prisons, tandis que de nouveaux traîtres -fidèles au Chah- les y remplacent. Le vent de la liberté souffle sur l’Iran et les intellectuels croient à l’avènement d’une nouvelle société. Puis vient le temps de la désillusion et des « comités », les patrouilles révolutionnaires qui contrôlent les tenues et les comportements des Iraniens. Pour Marjane, tout cela reste ludique. La petite fille qui doit désormais porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.

Bientôt la guerre contre l’Irak entraîne bombardements, privations et disparitions des proches de Marjane. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère. Avec sa langue bien pendue et ses positions très arrêtées, Marjane devenue une adolescente rebelle (Chiara Mastroianni) risque de s’attirer des ennuis. Alors ses parents font le choix déchirant de se séparer d’elle pour la protéger. A 14 ans, elle est envoyée, seule, à Vienne en Autriche pour y poursuivre ses études. Là, la jeune fille fera l’expérience de l’Occident, elle connaîtra la liberté et l’émoi des premières amours, mais aussi l’exil, la solitude et l’indifférence…

Très attendu au Festival de Cannes, « Persepolis » a soulevé l’enthousiasme des festivaliers, et la colère de l’Iran, qui par l’intermédiaire de la fondation cinématographique Farabi n’a pas manqué de protester contre ce « tableau irréel des conséquences et des réussites de la Révolution islamique ». Peine perdue: seul premier film en compétition officielle, « Persepolis » a raflé le Prix du Jury, une récompense amplement méritée tant le film étonne par l’efficacité de son script, la pureté de son graphisme -calqué sur les dessins de Satrapi- et la justesse de son casting. Les superbes voix de Danielle Darrieux, Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni illuminent les personnages, tandis que l’humour et l’irrévérence de Marjane Satrapi crèvent l’écran.

Avec « Persepolis », la dessinatrice iranienne a gagné un triple pari: préserver l’intégrité et la beauté de son oeuvre, faire exploser les clichés sur les Iraniens -trop souvent « réduits à des barbus »-, et protester, dénoncer, non pas avec un « film-tract », mais avec un film fin et… drôle, car pour Marjane Satrapi, « il n’y a pas darme plus subversive que le rire ».

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