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Paradoxe iranien

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14 septembre

Charles Lambroschini

Les Iraniens pratiquent la diplomatie comme d’autres jouent à la charade. Une fois de plus, l’agence atomique de Vienne se demandait hier si Téhéran a vraiment renoncé à la bombe.

Le conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui se réunit, comme chaque trimestre, pour entendre un sixième rapport sur ce sujet, est sans illusion. L’opposition au régime des mollahs ayant révélé l’existence d’usines nucléaires secrètes, il y a dix-huit mois que l’Iran est sous surveillance. Mais, réclamée très fort par George W. Bush, une réponse précise se fera attendre aussi longtemps que la dialectique des rapports de forces imposera la marche en crabe.

Les Iraniens ont évidemment intérêt à rester dans l’ambiguïté. Tout en affirmant que leur projet nucléaire a un but seulement pacifique, ils peuvent ainsi poursuivre la mise en place d’un équipement à double usage, civil et militaire. Signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, le gouvernement de Téhéran se réclame de la présomption d’innocence. Et quand l’AIEA découvre une irrégularité, les Iraniens trouvent toujours une explication.

Même position équivoque dans les trois pays européens, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, qui, pour dissuader les Etats-Unis de recourir à des méthodes plus musclées, avaient arraché à Téhéran la promesse de renoncer à fabriquer les centrifugeuses qui enrichissent l’uranium. L’accord était remis en question dès le mois de juin mais, plutôt que d’en tirer les conséquences, les Européens ont préféré reprendre la discussion. Paris notamment souligne qu’«un arrangement politique reste possible».

Les Etats-Unis, bien sûr, rêvent d’en découdre. Ou plutôt de saisir le Conseil de sécurité pour lui faire voter des sanctions qui, comme au temps de l’Irak de Saddam, réduiraient l’Iran au statut d’«Etat voyou». Mais George W. Bush, qui, avec l’Irak et la Corée du Nord, avait qualifié l’Iran de troisième pilier de l’«axe du Mal», doit avancer masqué. Enlisé dans les sables irakiens, il aurait peu de chances d’obtenir satisfaction devant l’ONU. Du coup, il manoeuvre pour que ce soient les Européens qui prennent cette initiative.

L’Iran cherche à gagner du temps. Avec comme objectif d’imiter la Corée du Nord, qui, même si elle n’a pas encore la bombe, est arrivée si près qu’elle en est devenue intouchable. Les Européens, ou au moins la France et l’Allemagne, freinent aussi : ils ne veulent pas faire le cadeau à George W. Bush d’une victoire diplomatique avant la présidentielle du 2 novembre. Quant aux Américains, ils camouflent leur hâte derrière la nécessité d’empêcher les Israéliens de céder, comme pour l’Irak en 1981, à la tentation d’un bombardement préventif.

Paradoxe, tout le monde s’est converti à une vieille recette du chiisme iranien : cette «takiya» qui, au nom de l’intérêt national, fait une vertu du mensonge.

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