L’Iran, pays à la civilisation ancienne et aux prises depuis longtemps avec la pénurie d’eau, est aujourd’hui au bord d’une crise hydrique de grande ampleur. Cette crise n’est pas seulement le résultat de facteurs naturels : elle est clairement le résultat de décennies de mauvaise gestion, de mauvaise gouvernance et d’inaction aux plus hauts niveaux du régime.
Alors que les pays voisins du golfe Persique, au climat beaucoup plus sec, ont maîtrisé la crise grâce à des investissements technologiques et une planification rigoureuse, l’Iran, malgré ses vastes richesses pétrolières et gazières et ses ressources en eau autrefois abondantes, est aujourd’hui un mirage dans le désert.
Un examen des plans de développement iraniens des dernières décennies révèle que les questions liées à l’eau, au lieu d’être prioritaires, ont été systématiquement marginalisées dans l’élaboration des politiques.
L’inaction et le manque de prévoyance concernant cette ressource vitale ont des conséquences considérables. Alors que de nombreux pays à travers le monde s’orientent vers une gestion intégrée et durable des ressources en eau, l’Iran reste embourbé dans des défis fondamentaux tels que les pertes d’eau dues à des infrastructures obsolètes et à un système d’irrigation qui n’a pas été modernisé.
L’agriculture, qui consomme près de 90 % de l’eau du pays, continue de s’appuyer sur des méthodes traditionnelles et inefficaces, tandis que les plans sérieux de transition vers une agriculture moderne et économe en eau ont rarement été mis en œuvre.
Le soutien du régime aux industries gourmandes en eau, sans tenir compte des préoccupations environnementales ni les obliger à adopter des technologies de recyclage de l’eau, est un autre exemple de cette mauvaise gestion.
Au-delà du manque d’investissement dans les technologies modernes, l’absence de vision nationale et de stratégie à long terme pour la gestion de cette ressource vitale en Iran est flagrante. La fragmentation des prises de décision à court terme, sans prise en compte des conséquences à long terme, n’a fait qu’aggraver la crise.
L’absence d’une autorité forte et centralisée, capable de coordonner l’ensemble des parties prenantes et de mettre en œuvre des plans d’ensemble, constitue une autre faiblesse majeure. La répartition inadéquate des responsabilités entre de nombreuses institutions a entraîné confusion et chevauchement des tâches, empêchant ainsi la mise en œuvre d’initiatives de grande envergure.
De nombreuses villes iraniennes subissent des coupures d’eau répétées pendant l’été. Des villages se sont asséchés et des agriculteurs ont été contraints de migrer.
Cette situation a non seulement de lourdes conséquences économiques et sociales, mais a également alimenté le mécontentement de la population et érodé la confiance dans le système de gestion du régime.
La crise de l’eau en Iran est une crise de gouvernance et de volonté politique
La crise de l’eau en Iran est, avant tout, le résultat d’une mauvaise gestion et d’un manque de volonté politique plutôt qu’un phénomène naturel. Au fil des ans, de nombreuses occasions d’adopter les mesures nécessaires et d’investir dans les infrastructures et les technologies modernes ont été saisies, mais elles ont été tout simplement gâchées.
Dans certaines provinces, même des projets de transfert d’eau ont échoué faute d’évaluations techniques et environnementales appropriées. La population est descendue dans la rue pour exprimer ses revendications, mais le régime iranien a systématiquement privilégié la répression à la responsabilisation.
Aujourd’hui, le peuple iranien, qui aurait pu être épargné par cette crise grâce à une gestion judicieuse des richesses nationales et à une gestion rigoureuse, se retrouve à la poursuite de l’illusion de l’eau pendant cet été caniculaire. Ceci nous rappelle amèrement comment l’incompétence et le manque de prévoyance d’un système au pouvoir peuvent entraîner un pays, malgré tout son potentiel, vers la catastrophe. L’une des images les plus douloureuses de la crise de l’eau est celle de personnes faisant la queue pour obtenir de l’eau sous un soleil de plomb en été – citoyens d’un pays riche en ressources énergétiques, mais privés de leurs besoins les plus fondamentaux.
Cette contradiction ne peut s’expliquer que par les mots « incompétence » et « corruption systémique ». Au lieu d’utiliser les revenus pétroliers pour construire des infrastructures hydrauliques, le régime iranien les a canalisés vers des interventions régionales, une répression nationale et une corruption institutionnalisée.

