Le rial iranien poursuit sa chute et a atteint son plus bas niveau historique. En conséquence, le taux de change du dollar américain sur le marché libre a dépassé 1,32 million de rials.
Cette forte baisse intervient moins de deux semaines après que le rial a franchi pour la première fois la barre des 1,2 million de rials pour un dollar, une tendance qui s’est accélérée sous la pression des sanctions et l’escalade des tensions régionales.
Dans un article, l’agence de presse Associated Press a évoqué la chute sans précédent de la valeur de la monnaie nationale iranienne, indiquant que les cambistes de Téhéran affichaient, le jeudi 18 décembre, des taux supérieurs à 1 320 000 rials pour un dollar, témoignant de la rapidité de la dépréciation du rial depuis le 3 décembre, date à laquelle il avait atteint un record historique.
Une pression accrue sur le pouvoir d’achat des ménages
La chute rapide du rial a intensifié les pressions inflationnistes et alimenté la hausse des prix des produits alimentaires et des biens de première nécessité. Les économistes craignent que cette tendance ne s’aggrave suite aux récentes modifications des prix de l’essence.
Le gouvernement iranien a instauré samedi un nouveau plafond pour le prix de l’essence, marquant ainsi la première modification majeure du système de tarification des carburants depuis 2019. Cette année-là, la flambée des prix de l’essence avait déclenché des manifestations à travers le pays, réprimées avec violence et ayant fait plus de 1 500 morts.
Avec le nouveau système, les automobilistes bénéficient toujours de 60 litres d’essence par mois au tarif subventionné de 15 000 rials et de 100 litres supplémentaires à 30 000 rials. Cependant, toute consommation excédant ce quota est désormais facturée à un prix plus de trois fois supérieur au tarif subventionné initial. Bien que l’essence en Iran demeure parmi les moins chères au monde, les experts préviennent que cette évolution, dans un contexte de chute rapide du rial, pourrait entraîner une nouvelle flambée des prix. Il convient toutefois de noter que le salaire de base d’une personne avec deux enfants est d’environ 115 dollars par mois, ce qui figure également parmi les plus bas au monde.
Impasse diplomatique et menace d’un nouveau conflit
L’effondrement du rial a coïncidé avec l’arrêt des efforts visant à relancer les négociations entre Téhéran et Washington concernant le programme nucléaire iranien. Parallèlement, la crainte d’une reprise du conflit persiste après les douze jours de guerre qui ont opposé l’Iran et Israël en juin.
De nombreux citoyens iraniens s’inquiètent de l’escalade des tensions et de l’éventuelle implication des États-Unis dans une confrontation de plus grande ampleur, un facteur qui, selon les analystes, a alimenté une plus grande incertitude sur les marchés.
Sanctions et effondrement historique de la monnaie nationale
L’économie iranienne subit des sanctions internationales depuis des années, notamment depuis le retrait de Donald Trump de l’accord nucléaire de 2015 en 2018. À l’époque de la mise en œuvre de cet accord, qui prévoyait la levée de certaines sanctions en échange de limitations strictes de l’enrichissement d’uranium, le dollar s’échangeait autour de 32 000 rials.
Avec le retour de Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat présidentiel en janvier, son administration a relancé la politique de « pression maximale » et imposé des sanctions plus larges au secteur financier et aux exportations énergétiques iraniennes. Des responsables américains ont déclaré que Washington ciblait à nouveau les entreprises impliquées dans le commerce pétrolier iranien, notamment les ventes à prix réduits à des acheteurs chinois.
La pression s’est également accrue fin septembre, lorsque le Conseil de sécurité des Nations Unies a utilisé le mécanisme de « rétablissement automatique » pour réimposer des sanctions liées au programme nucléaire iranien. Bien que les sanctions américaines contre l’Iran fussent déjà en vigueur, l’impact psychologique de la réactivation des sanctions de l’ONU a eu des conséquences économiques importantes pour l’Iran et sa monnaie nationale.
Les économistes mettent en garde contre le risque d’un cercle vicieux de hausse des prix et de baisse du pouvoir d’achat, notamment pour les produits de première nécessité comme la viande et le riz, qui constituent des éléments essentiels de l’alimentation des ménages iraniens. Pour beaucoup, le fait que le rial ait atteint ce nouveau record témoigne de l’éloignement persistant de toute amélioration économique, dans un contexte de blocage diplomatique et de sanctions renforcées.

