Un rapport publié en Corée du Sud a révélé l’existence de transactions financières entre le régime iranien et la Corée du Nord.
Selon des sources de suivi de la blockchain, ces transactions ont été effectuées via le réseau de blanchiment d’argent d’un agent nord-coréen utilisant des cryptomonnaies. Une partie des fonds a été transférée à des entités affiliées au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Le journal Chosun a rapporté dans un article publié le vendredi 26 décembre que les investigations de TRM Labs montrent qu’au moins 67 000 dollars ont été transférés en février de cette année depuis un portefeuille de cryptomonnaies appartenant à SIM HYON-SOP, un blanchisseur d’argent nord-coréen, vers un portefeuille lié au Corps des gardiens de la révolution islamique. Selon le journal, ces données indiquent que le régime iranien pourrait avoir utilisé des cryptomonnaies pour contourner les sanctions, convertir des fonds en dollars américains, voire payer du pétrole.
Chosun souligne que l’Iran et la Corée du Nord, tous deux soumis à de lourdes sanctions américaines, ont eu de plus en plus recours ces dernières années à des instruments financiers opaques, notamment les cryptomonnaies. Selon les analystes, l’identification de ces transactions révèle l’existence de réseaux financiers interconnectés entre les deux pays, visant à contourner le système de sanctions.
Le rapport indique également que SIM HYON-SOP, recherché par le FBI pour blanchiment d’argent et violation des sanctions, a joué un rôle clé dans ce réseau. La prime offerte pour sa capture a été portée de cinq à sept millions de dollars cet été. Né en 1983 à Pyongyang, SIM a collaboré avec la Banque du commerce extérieur nord-coréenne et figure sur la liste des personnes sanctionnées par les États-Unis.
D’après Chosun, SIM était principalement actif au Koweït et aux Émirats arabes unis et utilisait des pseudonymes tels que « Sim Ali » et « Sim Hajim », se présentant comme un représentant de la banque Kwangson. Son réseau comprenait des informaticiens nord-coréens qui, après avoir effacé toute trace de leurs transactions, transféraient les cryptomonnaies obtenues par piratage ou leurs salaires vers des portefeuilles contrôlés par SIM.
Ces fonds étaient ensuite convertis en dollars américains par l’intermédiaire de courtiers aux Émirats arabes unis ou en Chine, puis, après de multiples opérations de blanchiment, déposés sur les comptes de sociétés écrans établies à Hong Kong. Selon le rapport, les revenus en devises étrangères de travailleurs nord-coréens en Russie, en Chine et en Afrique ont également intégré le réseau de SIM par le même biais.
Chosun indique qu’une partie de cet argent n’était pas envoyée directement en Corée du Nord, mais servait à l’achat de biens, d’équipements et même d’armes nécessaires au régime de Kim Jong-un. Parmi les exemples cités figure le recours à une société zimbabwéenne pour l’achat d’un hélicoptère de 300 000 dollars en Russie, livré ensuite en Corée du Nord. Par ailleurs, environ 800 000 dollars ont été dépensés pour l’acquisition de matières premières destinées à la fabrication de cigarettes de contrefaçon, l’une des principales sources de revenus de Pyongyang.
Une autre partie du rapport indique que des banques américaines, dont Citibank, JPMorgan et Wells Fargo, n’ont pas détecté les activités de blanchiment d’argent de SIM, et qu’au moins 310 transactions, totalisant 74 millions de dollars, ont transité par le système financier américain.
Se référant aux données du Groupe d’action financière (GAFI) et de la société Chainalysis, le rapport ajoute que des dizaines de « banquiers de l’ombre » nord-coréens opèrent à l’étranger et ont blanchi, pendant plusieurs années, plus de six milliards de dollars en cryptomonnaies volées pour le compte du régime.
Chosun conclut que, malgré le mandat d’arrêt émis contre SIM HYON-SOP par un tribunal fédéral américain en mars 2023, son arrestation demeure difficile, voire impossible. Ce constat, selon les observateurs, met en lumière de graves lacunes dans la surveillance financière internationale et les difficultés rencontrées pour lutter contre les réseaux conjoints de blanchiment d’argent impliquant des pays comme l’Iran et la Corée du Nord.

