Sky News a publié un reportage le 19 avril sur les enfants des élites dirigeantes iraniennes, connus sous le nom d’« Aghazadehs » et, comme on les appelle, « enfants de parasites ».
La décision du gouvernement de la Dominique de révoquer la citoyenneté d’Abolfazl Shamkhani, fils d’Ali Shamkhani, haut fonctionnaire et ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a révélé une nouvelle dimension des réseaux d’influence financière par lesquels ces enfants géreraient d’importantes sommes d’argent à l’étranger. Cette décision intervient alors que les accusations se multiplient quant à leur rôle de prête-noms dans la gestion de fortunes liées au régime iranien et au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Révocation de la citoyenneté d’Abolfazl Shamkhani par la Dominique
La décision de la Dominique de révoquer la citoyenneté de Shamkhani fait suite à des accusations de dissimulation d’informations cruciales lors de sa demande de passeport doré. Une enquête du Projet de signalement de la criminalité organisée et de la corruption (OCCRP) a révélé qu’il avait obtenu la nationalité iranienne sous le pseudonyme de Sami Haik avant que la manipulation des données ne soit découverte et que sa nationalité ne lui soit révoquée.
Selon des observateurs, cet incident s’inscrit dans un phénomène plus large en Iran, connu sous le nom d’« Aghazadeh » (enfants de l’élite), accusés de gérer des réseaux financiers complexes à l’étranger, incluant des investissements, des sociétés et des façades bancaires dans de nombreux pays.
Des estimations controversées suggèrent que le montant des fonds liés aux enfants de l’élite iranienne à l’étranger pourrait atteindre 148 milliards de dollars. C’est ce qu’affirmait Mahmoud Bahmani, ancien gouverneur de la Banque centrale iranienne, qui déclarait que ces enfants détenaient 148 milliards de dollars sur des comptes bancaires étrangers et ajoutait qu’environ 5 000 d’entre eux résidaient hors d’Iran.
Sanctions américaines
Par ailleurs, les récentes sanctions américaines imposées à Hassan Shamkhani, une autre de ces personnes, ont apporté des éléments supplémentaires illustrant ce que Washington décrit comme l’imbrication des intérêts financiers entre des familles influentes et le Corps des gardiens de la révolution islamique, notamment dans les secteurs pétrolier, pétrochimique et portuaire.
Les documents relatifs aux sanctions indiquent que les deux frères Shamkhani dirigent un conglomérat maritime qui, selon les allégations américaines, joue un rôle central dans le transport du pétrole iranien.
Le département de la Justice des États-Unis a également annoncé, le 6 mars 2026, le dépôt de deux demandes de confiscation civile visant des actifs d’une valeur supérieure à 15,3 millions de dollars, les décrivant comme faisant partie d’un réseau dirigé par Hossein Shamkhani qui blanchit les revenus pétroliers iraniens par le biais d’entités internationales.
Un gouvernement parallèle au-delà des frontières
Ces réseaux ont évolué pour former une sorte de gouvernement parallèle dirigé par les enfants des élites dirigeantes – des individus passés d’une classe sociale privilégiée à un pilier financier qui, selon ces allégations, sert à financer l’influence politique et militaire au-delà des frontières iraniennes.
Dans ce contexte, des rapports pointent du doigt le rôle indirect joué par certaines personnalités du cercle restreint du pouvoir, notamment Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême iranien Ali Khamenei. Des articles de presse, dont ceux de Bloomberg, font état de sa propriété ou de sa gestion de réseaux d’investissement et immobiliers à l’étranger, incluant des actifs à Londres et dans toute l’Europe, gérés par le biais de sociétés intermédiaires.
Ali Ansari est également cité comme l’une des figures financières les plus importantes de ce système, pour avoir géré des sociétés soupçonnées de servir à dissimuler la véritable propriété des actifs liés au régime.
Réseaux étendus et multiples fronts
Le Trésor américain a également sanctionné des institutions financières et des sociétés de change qu’il accuse d’avoir joué un rôle dans le transfert de dizaines de millions de dollars au profit de la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens, via des réseaux financiers complexes.
À ce sujet, des experts ont déclaré à Sky News Arabia que Téhéran utilise une stratégie organisée pour gérer des fonds à l’étranger, s’appuyant sur les enfants de l’élite comme prête-noms financiers. Ceci permet de transférer les revenus pétroliers et pétrochimiques hors du pays, échappant ainsi au contrôle des sanctions internationales.
Le décalage entre le discours et la réalité
Par ailleurs, un chercheur iranien estime que le phénomène des enfants de l’élite reflète un fossé croissant entre le discours du régime et les réalités économiques et sociales. Il ajoute que ce phénomène est devenu un outil pour contourner les sanctions occidentales.
Dans une interview accordée au site Sky News Arabia, le chercheur a déclaré que les enfants de l’élite financière iranienne s’installent dans les pays occidentaux en tant qu’investisseurs ou hommes d’affaires, apportant souvent des capitaux considérables. Ces individus servent d’intermédiaires pour transférer des fonds hors d’Iran et opèrent sous couvert de projets privés, tout en conservant leurs liens avec le système qui leur a permis d’accumuler des richesses.
Il a ajouté que ces personnes contribuent également à renforcer l’influence de l’Iran dans les pays où elles sont présentes et soutiennent ses alliés régionaux, créant ainsi un réseau complexe et difficile à tracer, utilisé pour contourner les sanctions et transférer les revenus pétroliers et pétrochimiques.
Cette politique de transfert de fonds à l’étranger et de gestion de ces capitaux par le biais des enfants des responsables du régime découle de leur compréhension des risques liés au mécontentement populaire. Ces enfants de l’élite, issus de hauts fonctionnaires et de commandants des Gardiens de la révolution, sont devenus une force économique extérieure grâce à des sociétés écrans, des réseaux immobiliers et maritimes utilisés pour contourner les sanctions. Les représentants du régime à l’étranger bénéficient d’un soutien financier important, tandis que Téhéran dépense sans compter pour maintenir les conflits à distance de ses frontières, ce qui accroît la pression économique à l’intérieur de l’Iran.

