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Le budget de la base Baqiatollah du CGRI a quadruplé en trois ans

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Le budget de la base Baqiatollah, une branche du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a connu une augmentation vertigineuse au cours des trois dernières années, selon un rapport d’Iran Open Data publié mercredi 25 septembre. Cette unité militaire et culturelle a vu son financement passer de 668 milliards de tomans en 2021 à 888 milliards de tomans en 2022, pour atteindre près de 3 000 milliards de tomans dans le budget 2024. Ce quadruplement des ressources financières souligne le soutien croissant aux institutions liées à l’agenda culturel et social du régime.

Influence culturelle et sociale

La base Baqiatollah utilise principalement son financement pour soutenir une série d’institutions culturelles et sociales, notamment les institutions Owj et Seraj. Ces organisations sont fortement impliquées dans les médias, les projets artistiques et les activités sur le cyberespace qui s’alignent sur les objectifs idéologiques du régime. Ces initiatives permettent au régime d’exercer une influence sur diverses formes d’expression culturelle, notamment la production de films, les campagnes sur les réseaux sociaux et la création de contenu en ligne.

Malgré l’augmentation substantielle du financement gouvernemental, le site officiel de la base Baqiatollah ne révèle pas l’ampleur exacte des allocations budgétaires de l’État. Il affirme plutôt que ses activités sont financées par des dons publics, qu’il qualifie de « jihad culturel ». Le site invite les citoyens à verser des contributions financières via un portail de paiement en ligne et fournit un numéro de compte bancaire sous le nom de « Base du jihad culturel Baqiatollah » pour les transferts directs. Cependant, aucun détail spécifique concernant le montant de ces dons ou leur impact sur le budget global n’est disponible, ce qui soulève des questions sur la transparence des finances de la base.

Projets clés

L’un des programmes les plus importants gérés par la base Baqiatollah est le « mégaprojet Khademin Arbaeen », qui organise des services bénévoles pour les pèlerins pendant le pèlerinage d’Arbaeen. La base affirme que ces services, effectués par des bénévoles non rémunérés, comprennent des tâches telles que la protection des chaussures des pèlerins, l’orientation, la sécurisation des effets personnels et l’assistance aux enfants perdus sur les sites religieux. Le programme met en avant le recours à des bénévoles pour gérer des opérations à forte intensité de main-d’œuvre sans encourir de coûts directs substantiels.

Cependant, bien que les bénévoles contribuent du temps et des efforts, l’augmentation massive du budget suggère un champ d’activités bien plus large que le travail non rémunéré. Le montant budgétisé dépasse de loin les coûts opérationnels généralement associés aux services bénévoles. Cela a soulevé des questions sur la véritable allocation des fonds, en particulier compte tenu de la gestion opaque des finances publiques par le régime.

En plus des services religieux, la base gère le « Plan de médicaments excédentaires », qui vise à collecter les médicaments inutilisés, périmés ou excédentaires dans les foyers de tout le pays. Cette initiative se positionne comme un effort de santé publique et humanitaire, reposant sur la participation volontaire. Les médicaments collectés sont triés et distribués par des bénévoles, perpétuant le modèle de la base qui consiste à utiliser le travail non rémunéré pour des projets de service public.

Un autre programme important est l’association caritative « Karim Ahl al-Bayt », qui vise à fournir des dots aux familles à faibles revenus. Selon la base Baqiatollah, chaque dot coûte environ 16 millions de tomans. Avec l’augmentation du budget de 2024, la base dispose théoriquement de suffisamment de fonds pour fournir 187 500 dots. Pourtant, selon la dernière mise à jour, seules 23 dots ont été distribuées. La disparité entre les fonds alloués et la distribution minimale de dots a suscité des inquiétudes quant à la manière dont le budget est utilisé et quant à savoir si les fonds sont dirigés vers les bénéficiaires visés.

Charité publique et financement gouvernemental

La base Baqiatollah souligne systématiquement que son travail est soutenu par des dons publics et du volontariat. Par exemple, le programme « Sympathy and Faithfulness Exercise » en 2019, qui prétendait avoir fourni 313 colis alimentaires à des familles nécessiteuses, a été décrit comme un projet financé par des dons publics. Cependant, avec l’augmentation spectaculaire du budget de la base, la nécessité des dons publics semble de plus en plus discutable. Si l’on tient compte de l’inflation et de la hausse du coût des biens, le budget actuel permettrait à la base de fournir des colis alimentaires à au moins un million de familles, ce qui dépasserait de loin l’impact des efforts précédents.

Dans le cadre d’une autre initiative, la « Caravane de la joie de l’Aïd al-Ghadir », la base a distribué des gâteaux et du jus pour célébrer l’occasion religieuse. Bien que ce projet ait également été financé par des dons publics, sa portée relativement modeste contraste fortement avec les énormes ressources financières dont dispose désormais la base. Ces petits projets, comme la distribution de collations et l’organisation d’activités festives, peuvent continuer à être des gestes symboliques, mais le budget disproportionné soulève des questions sur la gestion financière réelle et les priorités de la base Baqiatollah.

Leadership et rôle stratégique

La base de Baqiatollah est commandée par le général de division Mohammad Ali Jafari, ancien commandant en chef du CGRI. Sous la direction de Jafari, la base a élargi son champ d’action, s’engageant à la fois dans des projets culturels et sociaux ainsi que dans des initiatives religieuses et militaires. L’expérience de Jafari au sein du CGRI suggère un lien étroit entre les activités de la base et les objectifs idéologiques plus larges du CGRI, en particulier ses efforts pour étendre l’influence culturelle et maintenir le contrôle social par le biais d’un réseau d’organisations affiliées.

L’augmentation du financement de la base de Baqiatollah signale également une tendance plus large à la militarisation des activités culturelles et sociales en Iran. La priorité financière accordée à des institutions comme la base de Baqiatollah démontre la stratégie du régime visant à consolider son pouvoir par l’influence culturelle, tout en développant des programmes sociaux conformes à sa mission idéologique.

Conclusion

Le quadruplement du budget de la base Baqiatollah au cours des trois dernières années témoigne de son importance croissante dans le cadre de la mission plus vaste du CGRI visant à étendre son influence sur les sphères sociales et culturelles de l’Iran. Si les dons publics et les efforts bénévoles sont fréquemment cités comme les principales sources de soutien aux initiatives de la base, la forte augmentation du financement public soulève des questions sur la transparence et l’allocation des ressources. Avec un budget qui dépasse désormais les 3 000 milliards de tomans, les activités de la base Baqiatollah font l’objet d’une surveillance accrue, notamment au vu de l’impact relativement limité de ses projets de service public par rapport aux fonds qu’elle reçoit. Cette évolution met en évidence la stratégie du régime consistant à mêler influence militaire, culturelle et sociale, en utilisant d’importantes ressources financières pour maintenir son contrôle idéologique sur le pays.

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