Depuis le début du conflit armé le 28 février 2026, la société iranienne est confrontée à une réalité terrifiante : une guerre sur deux fronts, l’un aérien avec des missiles, l’autre intérieur par la privation des droits de communication, les deux affectant la vie quotidienne. La coupure d’Internet, imposée dès les premières heures de l’attaque, entre dans son deuxième mois et a établi un record sans précédent d’isolement pour une nation entière. Tandis que les populations sous les bombardements cherchent refuge et sécurité, le blocage total de l’espace numérique a rompu leurs liens économiques et informationnels vitaux, poussant des millions de foyers au bord de la précarité.
La paralysie des économies des ménages et la destruction d’emplois sous l’ombre de la coupure d’Internet
Le coup le plus dur porté par cette décision a été celui porté à ceux qui, ces dernières années, avaient investi toute leur énergie et leurs capitaux dans le numérique. Avec la prolongation de la coupure, les start-ups, jadis symboles de modernité et de création d’emplois, sont désormais des ruines numériques. Des petites boutiques Instagram aux grandes plateformes de services et de transport, tout est complètement paralysé. Le chômage de masse qui en résulte, alors que les prix des produits de première nécessité ont fortement augmenté en raison de la guerre, plonge les populations les plus vulnérables dans une situation de famine absolue.
L’Iran perd 1,56 million de dollars par heure à cause des coupures d’Internet
Lorsqu’Internet est coupé, ce n’est pas seulement un outil de communication qui disparaît ; l’infrastructure de distribution des biens et des services s’effondre également. Dans les villes touchées par la guerre, les habitants dépendent des outils en ligne, ne serait-ce que pour se procurer des médicaments, de la nourriture ou des informations sur les zones sûres.
Répression numérique : une arme contre la sensibilisation du public et un outil de monopolisation du récit
Selon des rapports d’organisations internationales telles que NetBlocks, l’Iran est plongé dans le noir complet depuis plus de 35 jours. Cette coupure d’Internet est clairement bien plus qu’une simple mesure défensive temporaire. En créant ce vide informationnel, le régime iranien empêche la diffusion d’informations relatives aux véritables dégâts de la guerre et aux dommages infligés aux infrastructures et à la population. Dans les faits, la répression numérique est devenue un complément à la répression physique. Si l’accès au réseau mondial est bloqué pour le public, le régime a admis avoir préservé un accès privilégié au numérique pour ses forces alliées et ses médias de propagande, afin que la propagande officielle demeure la seule voix entendue dans le pays.
Cette coupure a empêché les médias libres et les utilisateurs indépendants de publier des témoignages authentiques sur les conditions de vie dans les abris, la pénurie d’hôpitaux et d’autres réalités urgentes. Ce black-out délibéré a ouvert la voie à la diffusion de fausses informations et de nouvelles manipulées, permettant au régime d’exploiter le choc de la guerre pour consolider son pouvoir et faire taire toute voix dissidente.
La persistance de cette impasse communicationnelle et l’héritage de la période la plus sombre des libertés civiles
Une comparaison des statistiques de 2025 et des premiers mois de 2026 montre que l’Iran est entré dans une nouvelle ère de blocus. L’année dernière, des coupures numériques répétées ont été enregistrées à différentes périodes, mais la coupure actuelle, qui survient simultanément à une guerre extérieure, est sans précédent dans l’histoire mondiale, tant par sa durée que par sa gravité. D’après les données disponibles, les utilisateurs iraniens ont passé plus de la moitié du premier trimestre de cette année totalement déconnectés. Cela signifie vivre dans un pays où le droit d’accès à l’information a été systématiquement bafoué.
Les conséquences sociales de cette situation sont tout aussi graves que ses conséquences économiques. La rupture du contact avec le monde extérieur a engendré un profond sentiment d’isolement chez les jeunes et les élites intellectuelles. Alors que partout dans le monde, internet sert d’outil pour les secours et l’organisation en temps de crise, en Iran, il est devenu un instrument de paralysie de la société civile.
Une catastrophe plus dévastatrice que des missiles
La coupure d’internet en Iran est une catastrophe dont l’ampleur est tout aussi dévastatrice que des explosions de missiles. Non seulement elle compromet la sécurité nationale, mais en détruisant l’économie numérique et les moyens de subsistance des ménages, elle met en péril la sécurité humaine elle-même. Les personnes privées aujourd’hui du droit au travail, du droit à l’information et du droit à la communication sont victimes d’un régime qui préfère replonger le pays dans l’âge de pierre plutôt que de permettre à la vérité de franchir les frontières numériques. La répétition de ce schéma montre que les coupures d’Internet ne sont plus l’exception, mais la règle.

