IranIran (actualité)Téhéran met en scène les "aveux" d'Irano-Américains

Téhéran met en scène les « aveux » d’Irano-Américains

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Le Figaro, 18 juillet – Par Delphine Minoui – LA TÉLÉVISION d’État iranienne s’apprête à diffuser, ce soir et demain soir, les déclarations, présentées comme des aveux, de deux binationaux américano-iraniens, incarcérés à la prison d’Evin. Arrêtés séparément en mai, Haleh Esfandiari, spécialiste du Proche-Orient au Centre international Woodrow Wilson à Washington, et Kian Tajbakhsh, consultant en planification urbaine auprès de l’Open Society Institute du milliardaire George Soros, sont accusés par les autorités de Téhéran d’avoir voulu renverser le régime.

Dans une bande-annonce de la vidéo, intitulée « Au nom de la démocratie » et diffusée en début de semaine, on entend Haleh Esfandiari, le visage pâle encadré d’un foulard noir, faire référence à la Révolution de velours. Filmé devant une bibliothèque, Kian Tajbakhsh, évoque le centre Soros, dont le rôle, « après la chute du communisme, a été de se concentrer sur le monde islamique ».

Ces premières images ont soulevé l’émoi d’intellectuels iraniens. « C’est comme si Kian avait vieilli d’au moins dix ans. Avant, il n’avait pas de cheveux blancs », confie une de ses proches, sous couvert de l’anonymat, en faisant allusion à de possibles pressions psychologiques subies par le chercheur irano-américain.

« UNE METHODE BIEN RODEE »

L’exercice des aveux télévisés, auquel durent également se plier, en mars, les marins britanniques accusés d’avoir pénétré dans les eaux territoriales iraniennes, fait tristement écho, pour beaucoup d’Iraniens, aux premières années noires de l’Iran post-révolutionnaire, après la prise du pouvoir par les religieux en 1979.

« C’est une méthode bien rodée, qui s’était arrêtée ces dernières années, et qui vise à étouffer toute forme d’opposition », confie le sociologue Saeed Madani, depuis Téhéran. À Washington, le centre Woodrow Wilson, dénonce, de son côté, le caractère illégal de la vidéo, en rappelant que Haleh Esfandiari est confinée en isolement total depuis le 8 mai. « Depuis son arrestation, elle n’a pu recevoir aucune visite : ni de sa mère, ni de sa famille, ni de son avocat… ni d’aucun organe international indépendant », s’alarme le think tank américain.

Ces « aveux » interviennent dans un contexte où Téhéran, sous pression de la communauté internationale à cause de son programme nucléaire, sévit en interne en réprimant les dissidents et les organes de presse qui osent critiquer le régime. Il y a dix jours, le ministre iranien de la Culture est allé jusqu’à dénoncer les « velléités de coup d’État rampant » chez certains journalistes iraniens.

De quoi provoquer la colère du Centre de défense des droits de l’homme dirigé par le Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi. « Malheureusement, les violations ne sont pas confinées à la politique et touchent d’autres aspects de la vie », peut-on y lire dans un réquisitoire que vient de publier la petite ONG, déclarée hors la loi il y a quelques mois. Le texte fait référence à l’arrestation d’ouvriers, à la répression accrue des étudiants et au licenciement de professeurs.

Deux autres Américano-Iraniens font l’objet de pressions. L’homme d’affaires Ali Shakeri est aux arrêts et la journaliste Parnaz Azima, qui travaille pour Radio Farda, est retenue en Iran contre sa volonté.

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