IranIran (actualité)L'inflation galopante, préoccupation des Iraniens

L’inflation galopante, préoccupation des Iraniens

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Reuters, Islamchahr, Iran, 12 mars – Le problème le plus pressant des classes moyennes iraniennes avant les élections législatives de vendredi est l’inflation galopante, pas la confrontation entre l’Iran et les pays occidentaux sur son programme nucléaire.

Hashem Hosseini est boucher à Islamshahr, localité à 50 km au sud-ouest de Téhéran dont le nom signifie « ville de l’islam ». Dans sa boucherie quasi déserte, il le confirme: le prix de l’agneau a augmenté de 20% au cours du mois passé.

« Ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens sont dans une situation bien plus critique », explique-t-il.

Voilà qui devrait inquiéter le président Mahmoud Ahmadinejad, arrivé au pouvoir il y a près de trois ans en promettant de répartir les revenus du pétrole iranien plus équitablement.

« C’est quoi cette histoire de nucléaire ? », ricane un jeune homme mécontent, dans un autre commerce. « Il y a des gens ici qui se réveillent la nuit la faim au ventre. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. »

Comme d’autres Iraniens critiquant le gouvernement, cet homme de 28 ans ne veut pas être donner son nom.

Selon des analystes, les problèmes économiques vont sans doute éclipser la question nucléaire dans l’esprit de nombreux électeurs, même si le scrutin a lieu moins de deux semaines après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’Onu d’une troisième série de sanctions – assez modérées – contre l’Iran.

DÉPENSES SOCIALES

Des hommes politiques mécontents de la façon dont Ahmadinejad gère une économie pesant 280 milliards de dollars cherchent à prendre le contrôle du Parlement, aux mains de ses alliés conservateurs, afin de se renforcer avant l’élection présidentielle de l’an prochain.

Si l’inflation galopante peut fragiliser le camp du président avant les élections, la hausse des dépenses sociales à destination des pauvres opérée depuis son arrivée au pouvoir pourrait limiter l’érosion de sa popularité.

Fazrullah Nemati, 63 ans, se plaint lui aussi de l’inflation mais y voit un problème mondial sur lequel le gouvernement a peu de prise. « Ahmadinejad n’est pas responsable », estime cet ingénieur à la retraite, qui sait gré au président d’avoir porté sa retraite mensuelle à deux millions de rials (environ 216 dollars), même s’il a du mal à joindre les deux bouts.

Selon le gouvernement, le pays, quatrième producteur mondial de brut, a encaissé environ 70 milliards de dollars de revenus du pétrole au cours de l’année passée. L’économie croît à un rythme annuel qui dépasse 6% et des centaines de milliers d’emplois ont été créés.

Seulement, il ne semble pas que cette prospérité concerne tout un chacun à Islamshahr, où de violentes manifestations contre la hausse des prix avaient eu lieu au milieu des années 1980.

Des voitures et des bus décrépits encombrent ses rues polluées. Dans les magasins et sur les marchés, les gens disent avoir du mal à faire face à toutes leurs dépenses, entre les loyers en hausse et les prix alimentaires qui augmentent eux aussi, avec des salaires qui stagnent.

INFLATION OFFICIELLE: 20%

Ahmadinejad, qui aime se présenter comme un défenseur des pauvres, est visé par des critiques de plus en plus vives au Parlement et dans la presse pour son incapacité à juguler l’inflation, officiellement évaluée à 20%. Selon des économistes, elle est sans doute plus élevée.

En revanche, la population le soutient en majorité pour son intransigeance dans le dossier nucléaire, même si des responsables politiques plus pragmatiques estiment qu’elle risque d’isoler encore l’Iran.

Les économistes imputent la hausse de l’inflation à des dépenses excessives de pétrodollars, notamment sous la forme de subventions pour l’essence et la nourriture, dans cette économie étroitement contrôlée par l’Etat.

Le président, qui devrait sans doute briguer sa réélection en 2009, a accusé ses opposants d’exagérer le problème, tout en promettant d’agir pour maîtriser la hausse des prix à la consommation.

Selon Knut Ostby, qui dirige le Programme des Nations unies pour le développement en Iran, l’inflation risque d’accentuer le fossé entre riches et pauvres. « Nous craignons une hausse des inégalités car les salaires ne suivent pas l’inflation et ceux qui ont peu ont de moins en moins », a-t-il dit à Téhéran.

Il salue néanmoins le fait que les autorités tentent d’accroître la protection sociale et de lancer des projets de développement. « Il y a un recul de la pauvreté absolue. »

A Islamshahr, Hosseini le boucher affirme que les affaires sont bien moins bonnes que d’habitude à cette période de l’année, avant le début des vacances du Nouvel An, le 21 mars. « L’an dernier nous n’aurions pas eu le temps de s’asseoir pour vous parler », dit-il. « Il n’y a plus de files d’attente. »

Selon lui, un kilo de boeuf, dans son magasin, coûte 75.000 rials, soit une hausse de près de 60% en un an.

C’est trop pour une femme à qui le médecin a conseillé d’acheter de la viande pour son fils de sept ans, malade.

« C’était trop cher », déplore cette femme au foyer de 30 ans, qui repart les mains vides. « Cela s’aggrave chaque jour. »

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