IranIran (actualité)Iran : inquiétude au pays de l'or noir

Iran : inquiétude au pays de l’or noir

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Le Figaro, 26 décembre 2008 – Par Delphine Minoui: Les faux semblants n’auront pas duré longtemps. Après avoir fanfaronné pendant des mois que son pays pouvait « survivre avec un baril à cinq dollars », Mahmoud Ahmadinejad vient d’admettre qu’un baril à 30 dollars contraindra l’Iran à « abandonner une grande partie des projets économiques ».

Ce rare aveu de faiblesse venant d’un Président iranien peu habitué aux discours défaitistes donne aujourd’hui le pouls de la crise économique qui menace aujourd’hui Téhéran.

Avec ses 75 millions d’habitants et sa forte dépendance en pétrodollars, la République islamique se trouve aujourd’hui menacée par la chute des cours du brut qui frôle aujourd’hui les 33 dollars le baril – contre plus de 130 dollars l’été dernier.

En Iran, la rente pétrolière représente 90 % des recettes d’exportation et près de 75 % des dépenses budgétaires.

Signe de l’actuelle morosité, la presse locale rapporte qu’un plan de sauvetage à hauteur de 300 millions de dollars des entreprises cotées en bourse serait à l’ordre du jour. De par la quasi absence d’investisseurs étrangers sur la place iranienne, la Bourse de Téhéran était restée, jusqu’ici, insensible à la récession internationale… Mais elle vient d’atteindre son niveau le plus bas en cinq ans, à cause, cette fois-ci, de la chute des prix mondiaux de matières premières.

« Quand, pendant l’été, la crise a commencé à toucher les bourses occidentales, la Bourse de Téhéran continuait à prospérer comme si de rien n’était, car à cause de l’isolement du pays, elle n’est pas liée aux marchés extérieurs. Si elle est aujourd’hui touchée, c’est parce que la crise mondiale commence à avoir un effet sur les prix des produits de base, comme le cuivre, le fer et les produits pétrochimiques », remarque Ramin Rabii, gestionnaire de fonds communs de placement à la banque Turquoise, basée à Téhéran.

Depuis son élection, en juin 2005, le gouvernement du Président Mahmoud Ahmadinejad a puisé sans scrupule dans la manne pétrolière pour acheter la paix sociale. Les projets ne manquent pas : aides aux plus démunis, prêts avantageux, distribution des « actions de justice »… Mais selon ses détracteurs, ces mesures se sont faites au détriment d’une vision sur le long terme, c’est-à-dire le développement d’investissements industriels.

«Quand les cours du pétrole sont au beau fixe, c’est une aubaine pour les régimes autoritaires comme celui de Téhéran. Ils permettent d’acheter des voix aux élections, de financer les importations, d’entretenir un semblant de prospérité économique. Mais quand les cours chutent, c’est une vraie claque », constate un diplomate occidental en poste à Téhéran.

Selon les chiffres officiels de la Banque centrale, le montant du taux d’investissement ne dépasse pas aujourd’hui les 0,6 % contre 12 % à l’époque de la fin du mandat de Mohammad Khatami (1997-2005), le prédécesseur de Mahmoud Ahmadinejad. Comble du paradoxe pour un pays qui repose sur un lit de pétrole : L’Iran importe aujourd’hui près de la moitié de son essence. Faute d’investissement dans le renouvellement des équipements de l’industrie pétrolière, la plupart des gisements du pays auraient besoin de réparations majeures.

Résultat pervers de l’actuelle politique iranienne : l’augmentation de la masse monétaire, provoquée par l’injection de pétrodollars dans l’économie, provoque depuis plus d’un an une véritable flambée des prix de première nécessité. D’après la Banque centrale, le taux d’inflation aurait atteint, il y a quinze jours, un niveau record de 25 %. Les prix des denrées alimentaires et des boissons auraient augmenté, eux, de 35 % sur le seul mois de septembre.

Les journaux, pourtant largement contrôlés par les autorités, se font régulièrement l’écho des problèmes de la population : augmentation du taux de chômage, difficultés à se loger décemment et à acheter de la viande pour nourrir les familles.

D’après les prévisions peu réjouissantes de l’année 2009, la banque en ligne Saxo Bank prédit, dans ses dix prévisions pour l’année 2009, un important mécontentement social iranien. « L’Iran connaîtra de sévères troubles sociaux, le gouvernement n’étant pas en mesure de maintenir l’approvisionnement en produits de première nécessité en raison de la baisse du prix du baril », peut-on lire dans un récent rapport.

La crise économique pourrait-elle jouer des tours à Ahmadinejad lors des prochaines élections, prévues en juin 2009 ? «Difficile de faire des pronostics, car le Président vient astucieusement de reporter certaines décisions impopulaires comme la création d’une TVA et le retrait de certains subsides gouvernementaux. Et puis, tout dépendra du choix du guide suprême qui jouit d’une grande influence sur les élections… », souligne un de ses opposants.

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