IranNucléaireTéhéran va doubler ses capacités d'enrichissement de l'uranium

Téhéran va doubler ses capacités d’enrichissement de l’uranium

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Le Monde, 26 octobre – Par Laurent Zecchini – L ‘Iran a franchi une nouvelle étape dans la confrontation qui l’oppose à la communauté internationale à propos de son programme nucléaire en confirmant, mercredi 25 octobre, l’installation et la prochaine mise en service, dans son usine-pilote de Natanz, d’une deuxième cascade de centrifugeuses destinées à enrichir de l’uranium. Cette décision, qui prend les allures d’une provocation face aux demandes répétées des Nations unies d’un arrêt complet du programme nucléaire de Téhéran, intervient alors que des négociations sont en cours, à New York, pour l’adoption d’une nouvelle résolution visant à infliger des sanctions à l’Iran, présentée par les Européens.

Annoncée, lundi, par le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, le lancement de cette deuxième cascade de 164 centrifugeuses (identique à celle que l’Iran a mise en service en avril) a pour fonction de produire de l’uranium enrichi, lequel, selon son degré d’enrichissement, peut produire un combustible nucléaire. « La seconde cascade a été mise en place et nous allons l’alimenter en gaz (hexafluorure d’uranium, UF6) cette semaine », a indiqué, mercredi, un porte-parole de l’agence iranienne semi-officielle ISNA.

C’est l’introduction d’UF6 dans les centrifugeuses qui permet d’enrichir de l’uranium, par séparation des atomes. L’Iran devrait cependant « mettre en ligne » des milliers de centrifugeuses pour être capable de produire un combustible suffisamment enrichi (à au moins 90 %) pour alimenter une arme nucléaire. La plupart des experts estiment qu’il faudrait au moins quatre années supplémentaires aux Iraniens pour parvenir à ce résultat et, mardi, le chef des services allemands du renseignement extérieur (BND), Ernst Uhriau, a indiqué que l’Iran ne devrait pas être en mesure de fabriquer un engin nucléaire avant 2015.

En doublant cependant ses capacités d’enrichissement d’uranium, l’Iran lance un défi aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France), et manifeste le peu de cas qu’il fait des menaces de sanctions préparées par celui-ci. Les trois pays européens (UE3, avec l’Allemagne), qui ont mené une longue négociation avec l’Iran depuis 2004, ont transmis, mardi soir, aux Etats-Unis, à la Chine et à la Russie, le texte de leur résolution commune prévoyant des sanctions économiques et commerciales contre Téhéran.

Ce texte se réfère à l’article 41 du chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise des sanctions diplomatiques et économiques, mais non militaires. Le projet prévoit un embargo « sur tout matériel, équipement, bien et technologie qui puisse contribuer aux programmes nucléaires et aux programmes de missiles balistiques de l’Iran » et précise que les Etats membres des Nations unies « prendront les mesures nécessaires pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert à l’Iran, directement ou indirectement, à partir de leur territoire ou par leurs nationaux ou par leurs navires et leurs avions » de tous les éléments qui pourraient contribuer à ces programmes.

L’embargo vise également « toute fourniture d’assistance ou de formation technique, d’aide financière, d’investissement, de services financiers, et tout transfert de ressources ou de services liés » à ces programmes. Enfin, des sanctions ciblées sont prévues – interdiction de voyager à l’étranger et gel des avoirs financiers à l’étranger – à l’encontre de toute personne impliquée dans le programme nucléaire iranien.

La décision des Européens de présenter leur propre projet de résolution résulte des difficultés à élaborer un texte commun avec les Etats-Unis, partisans d’une résolution nettement plus dure. Le texte européen est une solution de compromis envers les Russes, dans la mesure où il prévoit une exemption pour la centrale nucléaire de Bouchehr, construite par les Russes, qui devrait démarrer en septembre 2007. Selon le projet, cette centrale civile pourrait continuer à fonctionner, sans que l’on sache, explique un diplomate, si la Russie serait autorisée à lui livrer du combustible nucléaire.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité devaient se retrouver jeudi après-midi, à New York, avec l’Allemagne, pour examiner le texte européen. La position que prendra Washington reste incertaine, en dépit des propos du sous-secrétaire d’Etat américain Nicholas Burns, pour qui l’exemption accordée à la centrale de Bouchehr ne devrait pas constituer « une grosse pierre d’achoppement ».

Laurent Zecchini

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