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Iran : La censure fait arrêter une pièce populaire sur le meurtre de dissidents

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Iran Focus, Téhéran, 31 juillet – Les représentations d’une pièce de théâtre mise en scène par un grand dramaturge iranien ont été brusquement arrêtées vendredi soir sur ordre des autorités de la théocratie.

« Une pièce peignant les passions du Maître Navid Makan et de sa femme l’ingénieur Rokhchid Farzine », écrite et dirigée par Bahram Beizaï, a débuté au Théâtre de la Ville de Téhéran le 3 juillet et a connu 24 représentations en salle comble, avant que les censeurs iraniens ne fassent tomber définitivement le rideau, près d’un mois avant la fin prévue.

Beizaï, une icône de l’écran et de la scène iranienne, a produit la pièce après un long hiatus. La production a rapidement attiré les foules dans une ville souffrant de pénurie culturelle chronique. Les tickets se sont vendus à l’avance.

La pièce dépeint d’une main de maître le meurtre de dizaines de dissidents et d’intellectuels par la police secrète iranienne dans les années 1990 et le terrorisme culturel que les assassinats ont instauré dans la société iranienne.

Navid Makan, un professeur d’université écarté par les purges des autorités islamistes, et sa femme Rokhchid, une architecte, vivent dans la terreur constante chez eux à Téhéran. Makan, écrivain et poète, a des cauchemars récurrents de trois hommes sans visages en imper gris qui le suivent partout. Il va porter plainte à la police, mais ils rejettent ses peurs en lui disant qu’il s’agit d’illusion. Makan va voir un psychiatre pour trouver de l’aide.

La femme de Makan, jouée par l’épouse de Bezaï, Mojdeh Chamsaï, est une architecte qui rénove les bâtiments historiques. Elle aussi fait les mêmes cauchemars. Le public reconnaît immédiatement dans ce couple Dariouch Forouhar et Parvaneh Eskandari, qui ont été sauvagement assassinés chez eux à Téhéran en 1997. Les autorités ont par la suite fait porter la responsabilité du crime sur « des responsables crapuleux » du ministère des renseignements, la police secrète.

La fin abrupte mise à la représentation a été signifiée dans une lettre faxée aux organes de presse basés à Téhéran par le bureau des relations publiques au Théâtre de la Ville. L’annonce ne disait pas la raison de cette décision inattendue.

Une source au Théâtre de la Ville de Téhéran, parlant sous condition d’anonymat, a dit que la décision est venue après que trois « conseillers culturels » du nouveau président ultra Ahmadinejad aient assisté à une représentation en début de semaine. En tant que maire de Téhéran, Ahmadinejad se disait opposé au théâtre « de style occidental » et avait fait de beaucoup de théâtres locaux des salles de prière ou de prêche.

Interrogé sur la décision des autorités de mettre fin à cette pièce au plus grand succès de ces dernières années, Beizaï a simplement répondu : « je ne sais pas. Tous ce que je sais, c’est que ça s’arrête vendredi ».

La dernière représentation de la pièce a été donnée vendredi soir avec une standing ovation d’une durée inhabituelle dans une salle pleine à craquer composés principalement de jeunes.

« Pourquoi arrêtez-vous cette pièce ?» a crié un homme quand les applaudissements se sont tus. « C’est écrit dans la presse », a répondu le responsable des relations publiques du Théâtre de la Ville.

Dans les coulisses, les acteurs et les actrices, certains les larmes aux yeux, laissaient percevoir leur colère et leur frustration devant cette décision.

Beizaï, 68 ans, est considéré comme un maître de l’art dramatique iranien. Ses pièces et ses films sont toujours porteurs d’un fort message politique et déclenche la fureur des cercles dirigeants de la théocratie en place.

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