Bien que des décennies se soient écoulées depuis la chute de la monarchie Pahlavi, le nom de l’une des figures les plus controversées de son appareil sécuritaire fait de nouveau la une. Parviz Sabeti, haut responsable de la SAVAK — la police secrète et le service de renseignement du Shah — et chargé de la sécurité intérieure sous le régime de ce dernier, fait aujourd’hui l’objet d’une importante action en justice aux États-Unis. Les plaignants cherchent à obtenir réparation pour des faits allégués incluant la torture, la détention illégale et des violations massives des droits humains.
Selon un article du journal *The Guardian*, l’homme connu de ses voisins de la communauté huppée de Windermere, en Floride, sous le prénom de « Peter », est en réalité Parviz Sabeti. De nombreux anciens prisonniers politiques de l’ère Pahlavi le considèrent comme l’un des principaux architectes de la répression durant les années précédant la révolution iranienne de 1979.
Pendant des années, Parviz Sabeti a mené une vie paisible et discrète avec sa famille dans l’un des quartiers les plus luxueux de Floride. Sous une nouvelle identité, il a développé, avec son épouse Nasrin Sabeti, d’importantes activités commerciales dans le secteur de la construction et a acquis plusieurs propriétés de grande valeur. Toutefois, un passé resté à l’abri des regards pendant des décennies refait aujourd’hui surface.
De graves accusations contre Parviz Sabeti
Le mois dernier, un juge fédéral américain a rejeté la demande des avocats de Parviz Sabeti visant à faire annuler la procédure. Cette décision a ouvert la voie à un procès intenté par trois anciens prisonniers politiques. Les plaignants, qui résident désormais en Californie, affirment avoir été arrêtés, torturés et contraints aux aveux lors d’opérations menées par la SAVAK.
La plainte détaille diverses méthodes de torture alléguées, notamment les décharges électriques, le simulacre de noyade (*waterboarding*), l’arrachage des ongles, le viol et les passages à tabac violents. Les plaignants soutiennent que ces actes ont été perpétrés au sein de l’appareil sécuritaire supervisé par Parviz Sabeti.
L’un des aspects les plus troublants de l’affaire concerne un dispositif connu sous le nom d’« Apollo ». Utilisé dans les prisons de la SAVAK, il se composait, semble-t-il, d’une chaise et d’un casque métallique spécial qui amplifiait les cris des victimes et les leur renvoyait en écho, intensifiant ainsi la pression psychologique. L’ombre de la SAVAK sur la vie actuelle de Parviz Sabeti
Pour de nombreux opposants à la monarchie Pahlavi, le nom de Parviz Sabeti est indissociable de l’appareil sécuritaire tentaculaire chargé de surveiller, de traquer et de réprimer les dissidents politiques. Des documents déclassifiés par la CIA le décrivent également comme l’un des responsables de la sécurité les plus puissants du Shah, disposant de vastes pouvoirs en matière d’arrestations, d’interrogatoires et de poursuite des opposants politiques.
Selon diverses estimations, des milliers de personnes ont été arrêtées et torturées par la SAVAK entre 1957 et 1979. De nombreux rapports ont également fait état de décès et de disparitions d’opposants politiques durant cette période. Bien que le nombre exact de victimes demeure incertain, le rôle joué par la SAVAK dans la répression de la dissidence politique reste l’un des chapitres les plus controversés de l’histoire iranienne moderne.
Parviz Sabeti n’a pas officiellement réagi aux allégations formulées dans le cadre de cette nouvelle procédure judiciaire. Par le passé, il a affirmé à maintes reprises être opposé à la torture et n’avoir joué aucun rôle direct dans de telles pratiques. Toutefois, les plaignants et leurs avocats soutiennent que les documents disponibles et les témoignages brossent un tableau bien différent.
Une identité révélée après quatre décennies
D’après les documents judiciaires, Parviz Sabeti a passé plus de quarante ans à tenter d’échapper à l’attention des médias et du public. Cette situation a perduré jusqu’en février 2023, date à laquelle une photographie le montrant lors d’un rassemblement de partisans du Shah déchu, à Los Angeles, a été publiée. Cette image a de nouveau attiré l’attention des médias sur son identité et son lieu de résidence.
Ces dernières années, des informations ont également fait état des liens politiques de Parviz Sabeti. Certaines sources l’ont présenté comme un conseiller en sécurité auprès de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran ; cette révélation a ramené son nom au cœur des débats au sein de la scène politique iranienne et de la diaspora.
Désormais, suite à la décision d’un tribunal fédéral américain, une affaire restée en sommeil pendant des années entre dans une nouvelle phase. Les plaignants soutiennent que le temps écoulé ne doit pas faire obstacle à l’examen des allégations de torture et de violations des droits humains.
Bien que des décennies se soient écoulées depuis la période d’activité de la SAVAK, les victimes de cette organisation continuent d’exiger que ses responsables rendent des comptes. De nombreux défenseurs des droits humains soulignent également que la responsabilité des actes de torture et des crimes politiques ne saurait être effacée par le temps ou par la prescription, et que la justice, même tardive, doit pouvoir suivre son cours.

