Depuis le début de la guerre, le 28 février 2026, le régime iranien a clairement cherché à transformer le conflit en un instrument de sa propre survie. Loin de se consacrer principalement à l’affrontement avec un ennemi extérieur, le climat de guerre a été mis à profit pour réprimer la société et gérer les crises internes du régime.
Sous couvert de la guerre, des milliers de jeunes manifestants ont été arrêtés et un grand nombre de participants au soulèvement de Dey ont été exécutés, tout comme dix membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Parallèlement, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et les forces du Bassidj sont restés déployés dans les rues pendant des mois pour prévenir de nouvelles manifestations, tandis que le régime prenait une série de mesures — notamment le maintien de la suspension du Majlis (parlement) — pour empêcher l’aggravation de ses divisions internes.
Toutefois, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’instabilité du régime est devenue de plus en plus manifeste. L’une des manifestations les plus claires de cette instabilité est la lutte intestine croissante au sein de l’appareil dirigeant. La signature du protocole d’accord avec les États-Unis a créé une profonde fracture au sommet du gouvernement, une division visible jusque lors de la cérémonie funéraire de l’ancien Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei. Lors d’une cérémonie censée symboliser l’unité, un groupe de partisans du régime a scandé « Mort aux capitulards » à l’encontre de Masoud Pezeshkian et de Mohammad Bagher Ghalibaf, et a jeté des pierres sur le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
Fracture au sommet du gouvernement suite à l’accord
Quelques heures seulement après la signature du protocole d’accord, le Guide suprême du régime iranien, Mojtaba Khamenei, a officiellement déclaré qu’il avait « fondamentalement un point de vue différent ». Cette position a concrètement scindé l’Assemblée des experts — l’instance chargée de désigner le Guide suprême du régime — en deux camps. Des dizaines de ses membres ont publié une déclaration s’opposant au protocole d’accord, et ces divisions se sont propagées au sein du CGRI, du Bassidj et parmi leurs commandants. Parallèlement, les responsables des prières du vendredi liés au régime se sont succédé pour dénoncer les termes du mémorandum, tandis que les médias d’État sont devenus des tribunes pour attaquer le gouvernement. Les menaces de mort à l’encontre du président, les menaces de destruction du bâtiment du ministère des Affaires étrangères et les attaques verbales répétées témoignent tous d’une crise qui ne peut plus être ramenée à un simple différend politique ordinaire.
Ces divisions ne sont pas un phénomène nouveau, mais le fruit d’un processus d’érosion de longue haleine qui affecte l’ensemble de la structure du régime depuis des années. C’est pourquoi la crise actuelle ne constitue ni un désaccord passager ni un problème aisément résoluble ; elle trouve au contraire ses racines dans la nature, la stratégie et le système de gouvernance du régime iranien.
Dans cette optique, la guerre ne représente pas seulement une confrontation militaire pour le régime iranien ; elle constitue un moyen de différer l’éclatement des crises internes, de réprimer la société et de retarder l’heure de vérité face à des divisions désormais visibles jusqu’au sommet de l’État. Toutefois, l’expérience des derniers mois montre qu’à mesure que retombe l’atmosphère de guerre, ces crises accumulées ressurgissent et se manifestent avec une intensité accrue.

