La crise actuelle de l’Iran dépasse les simples défaillances de gouvernance ; elle trouve sa source dans une structure politique fermée qui a privé la société de son droit de choisir. Dans ce contexte, il est impossible de surmonter la crise en remplaçant quelques responsables ou en revenant à une monarchie héréditaire. La question fondamentale est plutôt de savoir quelle force est capable de canaliser le potentiel de contestation populaire vers une transition démocratique durable.
Les limites des manifestations spontanées et l’importance de la résistance organisée
Aujourd’hui, la société iranienne subit de lourdes pressions économiques, une corruption systémique, des crises environnementales et la répression des libertés civiles. Malgré le fossé grandissant entre la population et le pouvoir en place, miser uniquement sur des manifestations spontanées ne saurait garantir la chute d’un régime autoritaire ; en effet, un appareil répressif centralisé est capable d’épuiser et de contenir des mouvements dépourvus de continuité et d’organisation.
Pour combler cette lacune, l’existence d’une résistance organisée est essentielle. Les « Unités de résistance » affiliées à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) jouent un rôle clé en reliant les mouvements de contestation civils et sociaux dispersés — qu’il s’agisse d’ouvriers, d’enseignants, de femmes ou d’étudiants — et en les transformant en un mouvement national, soutenu et déterminé, malgré une répression féroce.
Un plan en dix points pour l’avenir de l’Iran
Les organisations désireuses de jouer un rôle dans l’avenir de l’Iran doivent définir l’ordre politique alternatif qu’elles préconisent. À cet égard, le plan en dix points de Maryam Radjavi propose des principes clairs pour la période suivant la fin du régime religieux actuel. Parmi ses dispositions figurent :
- La tenue d’élections libres et l’instauration d’une république fondée sur le suffrage universel.
- La séparation de la religion et de l’État, ainsi que la pleine égalité entre les sexes.
- L’abolition de la peine de mort et la garantie de la liberté d’expression, de la liberté d’association et de l’indépendance de la justice.
- L’égalité juridique et l’autonomie pour les groupes ethniques et les nationalités d’Iran.
- Le renoncement aux armes nucléaires et la recherche d’une coexistence pacifique avec la communauté internationale.
Pourquoi la monarchie n’est-elle pas une solution adaptée ?
Reconnaître la souveraineté du peuple implique que toute force politique tire sa légitimité exclusivement d’élections libres, et non d’une lignée familiale ou d’un soutien étranger. Dès lors, un retour au modèle monarchique ne peut être considéré comme une option démocratique. Reza Pahlavi, fils du Shah déchu, a fait son entrée sur la scène politique en s’appuyant sur son statut héréditaire ; ses partisans ont peu montré de volonté d’examiner le bilan de la dictature précédente, notamment les agissements de la SAVAK — la brutale police secrète du Shah — et le recours à la torture durant cette période. Par ailleurs, la rhétorique et les symboles associés à ce mouvement ne sont pas pleinement compatibles avec une culture politique démocratique.
Réduire le paysage politique iranien à un choix binaire entre le régime actuel et la monarchie Pahlavi occulte la diversité des forces démocratiques et républicaines. En pratique, cette polarisation profite au régime iranien, car elle justifie sa survie en agitant auprès de la population la menace d’un retour à l’ancienne dictature. Parallèlement, le mouvement monarchiste cherche à se présenter comme la seule alternative viable à l’étranger, marginalisant ainsi une « troisième voie » qui rejette les deux formes de dictature : celle du Shah et celle des mollahs.
La nécessité d’un changement de politique de la part des puissances étrangères
Ces dernières années, les pays occidentaux ont oscillé entre deux approches inefficaces : l’apaisement envers le régime de Téhéran ou la promotion de personnalités dépourvues de base organisée à l’intérieur du pays. Une stabilité durable ne pourra être atteinte que si la communauté internationale reconnaît le droit du peuple iranien à opérer un changement et soutient les principes démocratiques, sans recourir à une intervention militaire ni imposer des dirigeants désignés de l’extérieur.
Une transition démocratique en Iran repose sur la convergence de trois facteurs clés : un profond mécontentement social, une résistance intérieure organisée et un plan clair pour transférer le pouvoir au peuple. La véritable alternative pour l’avenir de l’Iran n’est ni un retour au passé ni le maintien du statu quo, mais l’instauration d’une république démocratique fondée sur la souveraineté populaire.
En réalité, la démocratie fondée sur la volonté du peuple constitue la seule véritable option pour le Moyen-Orient d’aujourd’hui et pour le reste du monde. Les gouvernements occidentaux doivent reconnaître que seule une telle organisation politique peut garantir une stabilité durable dans la région et que les intérêts de la communauté internationale ne peuvent être préservés que par l’avènement de la démocratie en Iran.

