IranIran (actualité)«Persepolis» projeté en catimini à Téhéran

«Persepolis» projeté en catimini à Téhéran

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Le Figaro, 20 février – Par Delphine Minoui – Considéré comme «anti-iranien», le film d’animation de Marjane Satrapi a été projeté discrètement dans une petite salle, non sans être passé sous le coup de la censure.

Encore un drôle de miracle à Téhéran. Condamné par le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad comme «islamophobe» et «anti-iranien», le film d’animation Persepolis a réussi à se glisser furtivement, jeudi dernier, sur l’écran du centre Ressaneh, un petit centre culturel de la capitale iranienne. Une projection exclusive, en présence de quelque 70 personnes, avec comme support… une copie piratée du DVD, sous-titrée en persan.

Le long-métrage en noir et blanc, nommé pour les oscars décernés dimanche à Los Angeles, raconte les tribulations de son auteur, Marjane Satrapi une Iranienne aujourd’hui installée en France , dans cet Iran post-révolutionnaire, qui vient de fêter ses 29 ans à Téhéran.

Arrestations, assassinats politiques, enrôlement des jeunes dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), douleur de l’exil et déchirement des familles. La jeune dessinatrice de la BD éponyme, dont l’adaptation cinématographique fut primée au dernier Festival de Cannes, n’a rien laissé au hasard.

Elle y raconte, avec réalisme et humour, ses «galères» de jeunesse, partagées par des millions d’autres jeunes Iraniens de l’époque : l’obligation de porter le foulard du jour au lendemain, l’achat de cassettes de musiques rock, vendues sous le manteau, les soirées clandestines.

LE HACHOIR DE LA CENSURE

Les blogueurs effrontés de Téhéran, qui se sont empressés de relayer l’info de la projection sur leurs webzines, disent avoir à la fois «pleuré» et «ri aux éclats» en retrouvant «un peu d’eux-mêmes» dans Marji, surnom donné à la dessinatrice par sa grand-mère. Limité à une seule séance, et projeté discrètement sans publicité tapageuse, le film n’a néanmoins pu échapper au hachoir de la censure : plusieurs scènes à contenu sexuel ont été coupées afin d’obtenir le feu vert des autorités culturelles pour cette projection.

Histoire, sûrement, de tempérer le succès du film, et d’acheter leur pardon auprès des durs du régime, ils avaient également fait appel à un critique de cinéma connu pour ses positions conservatrices. Lors du débat qui suivit la projection du dessin animé, Hossein Moazzezinia s’est empressé de louer les qualités techniques et d’écriture du film, tout en déplorant une vision «partiale» de l’époque, et en reprochant à Persepolis d’être, à certains égards «peu fiable et malhonnête».

D’après lui, «On ne peut ignorer le fait que des millions de gens ont soutenu l’imam (Khomeyni). Il n’est pas vrai (de dire) que la révolution a été prise en otage par une minorité.» Les spectateurs, eux, en redemandent déjà. Et ceux qui n’ont pas pu assister à la projection pourront se consoler en allant dénicher une copie DVD, qui se vend déjà au marché noir pour deux dollars.

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