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L’escalade des exécutions en Iran met la politique de l’UE sous surveillance

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Une conférence organisée au Parlement européen à Bruxelles le 22 avril 2026 a remis sur le devant de la scène l’escalade du recours aux exécutions en Iran et la réponse de l’Union européenne à cette crise. Intitulée « Iran : Agir pour mettre fin aux exécutions – Quelle est la position de l’UE ? », cette rencontre a réuni des députés européens de différents partis, des personnalités politiques et des représentants internationaux afin d’aborder ce que les participants ont décrit comme un moment critique dans la trajectoire intérieure et extérieure de l’Iran.

La réunion s’est déroulée dans un contexte d’augmentation des exécutions en Iran, visant notamment les prisonniers politiques. Les intervenants ont fait référence à plusieurs reprises à des cas récents, dont l’exécution de personnes identifiées comme membres de l’opposition, ainsi qu’à des chiffres plus généraux indiquant une forte hausse des peines capitales au cours du mois précédent.

Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a prononcé le discours d’ouverture. Elle a décrit la situation actuelle comme une confrontation décisive entre la société iranienne et le régime en place. D’après ses propos, les autorités de Téhéran considèrent la dissidence interne et l’opposition organisée comme une menace plus grave qu’un conflit extérieur. Elle a cité les activités de résistance en cours en Iran, notamment une attaque présumée contre un site clé du pouvoir en début d’année, comme preuve de l’intensification des tensions internes.

Mme Rajavi a également évoqué les récentes exécutions comme s’inscrivant dans un contexte de répression plus large, les décrivant comme des mesures visant à maintenir l’ordre face à l’agitation croissante. Son discours comprenait des appels à une évolution de la politique européenne, notamment la reconnaissance d’un cadre politique provisoire annoncé par les groupes d’opposition et la fermeture des missions diplomatiques iraniennes en Europe.

En ouvrant la conférence, le député européen espagnol Javier Zarzalejos a souligné que le soutien aux principes démocratiques en Iran constituait une position de longue date au sein du Parlement européen. Il a décrit la récente vague d’exécutions comme faisant partie d’une stratégie systématique, suggérant que l’ampleur et le calendrier de ces actions reflétaient une stratégie plus vaste des autorités iraniennes. Il a déclaré que ces événements soulevaient des questions quant à la pertinence de la position actuelle de l’UE.

Le député européen lituanien Petras Auštrevičius, qui présidait la session, a établi un lien entre la situation en Iran et les préoccupations sécuritaires européennes. Il a souligné que l’évolution de la situation en Iran, notamment ses capacités militaires et ses activités régionales, a des répercussions au-delà de ses frontières. Il a également cité des chiffres indiquant que plusieurs prisonniers politiques avaient été exécutés ces dernières semaines, y voyant un indicateur de la dynamique interne du régime.

Plusieurs intervenants ont abordé directement la question de la politique de l’UE. Le député européen portugais Francisco Assis a évoqué ce qu’il a qualifié de « crise morale » dans les réponses politiques européennes, suggérant que les stratégies d’engagement actuelles n’ont pas suffisamment pris en compte les préoccupations relatives aux droits de l’homme. Il a appelé à ce que tout futur accord avec l’Iran soit conditionné à des améliorations mesurables en matière de droits de l’homme, notamment l’arrêt des exécutions.

D’autres participants sont revenus sur le contexte historique des relations UE-Iran. Le député européen espagnol Antonio López-Istúriz White a souligné des décennies d’engagement auprès des administrations iraniennes successives, faisant valoir que les espoirs de réforme ne s’étaient pas concrétisés. Il a noté que différentes factions politiques iraniennes avaient été approchées en tant que partenaires potentiels, mais que la répression persistait.

Le député européen italien Leoluca Orlando s’est concentré sur le cadre idéologique du régime iranien, notamment sur les relations entre religion et État. Il a suggéré que cette structure a contribué aux contraintes politiques et sociales, notamment aux restrictions des libertés civiles et de la participation politique.

Le député européen italien Carlo Ciccioli a présenté une perspective historique de la répression en Iran, en se référant à des estimations du nombre de victimes des répressions passées contre les manifestations. Tout en reconnaissant que les chiffres exacts restent sujets à controverse, il a cité des témoignages faisant état de violences à grande échelle contre les manifestants au fil du temps. Il a décrit la situation actuelle comme s’inscrivant dans une tendance plus large plutôt que comme un événement isolé.

La question des avenirs politiques alternatifs pour l’Iran a également été abordée. Plusieurs intervenants ont évoqué le Plan en dix points du CNRI, qui propose une gouvernance fondée sur des élections démocratiques, la séparation de la religion et de l’État, l’égalité des sexes et une politique de non-nucléaire. Les partisans de ce plan lors de la conférence l’ont présenté comme une alternative structurée au système actuel.

Dans le même temps, certains participants ont abordé les différents points de vue concernant l’avenir politique de l’Iran. Des discussions au sein des institutions européennes, impliquant des personnalités liées à l’ancienne monarchie iranienne, ont été évoquées. Lors de la conférence, des voix critiques ont fait valoir que de tels échanges risquaient de négliger les perspectives des groupes actuellement actifs en Iran.

L’ancien Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a formulé l’une des critiques les plus directes de la politique de l’UE, la jugeant inefficace face aux conflits régionaux et à la répression interne en Iran. Il a souligné ce qu’il a qualifié de décalage entre les valeurs européennes affichées et les mesures politiques concrètes mises en œuvre, notamment en matière d’exécutions.

D’autres intervenants ont mis en lumière la dimension humaine du problème. Anna Strolenberg, représentante des Pays-Bas, a partagé des témoignages de femmes iraniennes touchées par les événements récents, dont certaines avaient perdu des proches. Son discours s’est concentré sur des expériences personnelles et la persistance de l’activisme malgré les pertes.

Herta Däubler-Gmelin, ancienne ministre fédérale allemande de la Justice, a établi des parallèles avec des expériences historiques, rappelant l’opposition à l’ancienne monarchie et mettant en garde contre le risque de revenir à d’anciens modèles politiques. Elle a souligné l’importance du pluralisme et des cadres juridiques dans tout système futur.

Tout au long de la conférence, des appels à des actions concrètes ont été lancés. Il a notamment été proposé de désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste, de réévaluer les relations diplomatiques et d’accorder une plus grande importance au respect des droits humains dans l’élaboration des politiques.

L’escalade des exécutions en Iran met la politique de l’UE sous surveillanceBien qu’aucune décision politique officielle n’ait été annoncée lors de cet événement, la diversité des points de vue présentés a reflété un débat en cours au sein des institutions européennes sur la manière de réagir face à l’évolution de la situation en Iran. Les discussions ont mis en lumière à la fois l’urgence de la situation et la diversité des opinions quant à la conduite à tenir.

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