Suite à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre le régime iranien, l’impact des attaques ne se limite pas aux dégâts causés aux infrastructures ; le marché du travail est également plongé dans une période d’instabilité généralisée. Une vague de licenciements, la fermeture d’entreprises en ligne, une inflation galopante, une flambée des loyers et une forte baisse du pouvoir d’achat exercent désormais une pression immense sur les familles de la classe ouvrière et sur une grande partie de la société iranienne.
L’économie iranienne, déjà fragilisée par une inflation structurelle élevée, est aujourd’hui encore davantage mise à rude épreuve par la hausse des prix. Selon certaines sources, le taux de change du dollar américain a atteint le niveau sans précédent de 1,9 million de rials. Parallèlement, d’après la Banque centrale iranienne, l’inflation avoisine les 70 % et le coût de la vie a franchi des seuils critiques. Les données officielles montrent également que l’inflation alimentaire a dépassé les 60 %, que les loyers ont de nouveau augmenté dans de nombreuses villes et que le revenu des ménages de la classe ouvrière est tombé à environ 200 dollars par mois. Alors que, selon un décret gouvernemental, le salaire minimum pour un travailleur ayant un enfant s’élève à environ 127 dollars, un montant qui diminue quotidiennement en raison de la hausse du dollar.
Comment la guerre a déstabilisé le marché du travail iranien
Les attaques militaires et les perturbations des infrastructures industrielles et de communication ont plongé l’économie iranienne, déjà fragile et instable, dans une nouvelle phase : arrêt des chaînes de production, rupture des chaînes d’approvisionnement, baisse de la capacité de production des usines, fermeture des entreprises en ligne et vague de licenciements.
Le coup le plus dur porté aux travailleurs par la guerre, combiné au déni de leurs droits, aurait touché jusqu’à 2 millions de personnes. D’une part, la guerre a provoqué une flambée de l’inflation, notamment dans les secteurs de l’alimentation, du logement et des médicaments ; d’autre part, les salaires de nombreux travailleurs ont été suspendus ou réduits. Dans les usines endommagées, les employés sont mis en congé forcé sans solde, les avantages sociaux tels que les primes annuelles, les allocations logement et les cotisations d’assurance ne sont souvent pas versés, et les licenciements sont devenus monnaie courante.
Face à une inflation galopante, le pouvoir d’achat de la population chute brutalement, tandis qu’une hausse de 50 à 60 % du prix des matériaux de construction annonce une nouvelle flambée des prix de l’immobilier.
Avant même la guerre, la part des femmes dans l’emploi n’excédait pas 20 %, et leur situation est aujourd’hui bien pire que celle des hommes. Selon les autorités, seules 147 000 personnes ont été jugées éligibles aux allocations chômage, dont un tiers seulement sont des femmes. La plupart d’entre elles sont également bloquées dans de longues files d’attente pour le traitement de leur demande. En raison de la faiblesse du fonds et de diverses restrictions, les allocations chômage ne représentent souvent que la moitié du salaire antérieur, ce qui est insuffisant pour payer un loyer. La moitié des travailleurs, hommes et femmes confondus, exercent leur activité dans des secteurs non couverts par la législation du travail.
Dépendance à Internet et coupures de réseau
L’une des différences majeures entre cette guerre et les crises précédentes réside dans le coup porté directement à l’économie numérique. Les coupures généralisées d’Internet ont contraint une grande partie des entreprises en ligne à cesser leurs activités. En Iran, ces coupures ne se limitent pas à des restrictions de communication ; pour de nombreuses femmes et de nombreux ménages travaillant à domicile ou en ligne, elles signifient de fait une exclusion totale du marché du travail.
Plus d’un million d’emplois, petits et grands, liés à Internet ont été gravement affectés par les interruptions prolongées du réseau, de même que de nombreuses entreprises à domicile, majoritairement gérées par des femmes.
La hausse des loyers absorbe les salaires
Le journal d’État Ham-Mihan a rapporté que de nombreux ménages ont été contraints de quitter la capitale en raison du coût de la vie élevé, ce qui illustre la pression structurelle du marché du logement sur la classe ouvrière urbaine. Dans le discours officiel des institutions du régime iranien, des mesures telles que les bons alimentaires et l’assurance chômage sont présentées comme des politiques de soutien. Cependant, dans une économie où le pouvoir d’achat a chuté d’au moins 50 % en un an, ces aides ne contribuent que très peu à atténuer la pression sur les moyens de subsistance.
Répression accrue des mouvements sociaux en temps de guerre
L’interdiction des activités syndicales, la suspension de facto du droit du travail et le climat d’insécurité engendré par la guerre ont réduit les possibilités de répondre aux difficultés rencontrées par les travailleurs, tandis que toute forme de protestation ouvrière est réprimée.
La pression qui pèse actuellement sur la santé mentale des travailleurs n’est pas simplement le résultat de la guerre ou des crises récentes, mais plutôt la conséquence d’années de crises économiques cumulées, de privatisations, de la prolifération des contrats précaires, de l’insécurité de l’emploi et de l’érosion du pouvoir d’achat des salaires. Au cours des dernières années, ces pressions se sont intensifiées en raison de la guerre, de ses répercussions économiques et de la répression des mouvements sociaux, touchant non seulement les travailleurs eux-mêmes, mais aussi leurs familles.
Cette situation a pour conséquence une chute sévère du pouvoir d’achat et le déplacement d’une partie de la classe moyenne vers des zones urbaines plus abordables ; une tendance qui démontre que le rétrécissement de la classe moyenne et l’expansion des catégories à faibles revenus sont devenus des problèmes structurels au sein de la société.
Le comportement du secteur privé dans le contexte actuel ne saurait être dissocié des politiques adoptées par le gouvernement et les institutions chargées des affaires du travail. Dans la structure actuelle, le gouvernement et le ministère du Travail apparaissent, en pratique, davantage enclins à protéger les intérêts des grands employeurs et des entreprises économiques qu’à défendre les droits des travailleurs.
Perspectives pour l’économie de la classe ouvrière dans le contexte de l’après-guerre
Dans de telles conditions, on peut évoquer la perspective d’une certaine forme de misère économique et sociale ; toutefois, l’expérience historique enseigne que ces mêmes pressions peuvent également créer les conditions propices à l’émergence de nouvelles formes de solidarité et de soulèvements populaires.

