Ces dernières années, l’économie iranienne a connu une baisse du pouvoir d’achat des ménages. Les données officielles et les rapports indépendants témoignent de l’ampleur de cette pression. La hausse des prix des denrées alimentaires, la réduction de la consommation de produits de première nécessité et la détérioration des indicateurs démographiques dressent un tableau préoccupant des conditions de vie. L’analyse de diverses sources révèle que la pauvreté ne se limite plus au seul revenu des ménages ; elle affecte également les habitudes de consommation, la santé, le mariage et la natalité.
La pauvreté à travers les chiffres de l’inflation : quel est le bon chiffre ?
L’inflation constitue l’une des principales crises affectant les moyens de subsistance, avec un taux en glissement annuel avoisinant les 88 %. Ce chiffre concorde avec les données publiées par le Centre de statistiques d’Iran pour le mois de juillet, indiquant une inflation annuelle de 87,9 % à cette période.
La pression sur les prix alimentaires a également été considérable. En août, Reuters rapportait que l’inflation globale atteignait 66 % et que les prix des denrées alimentaires avaient augmenté d’environ 128 %. Les chiffres officiels de juin faisaient également état de fortes hausses des prix alimentaires : +138,8 % pour le pain et les céréales, et +151,9 % pour le lait, le fromage et les œufs.
Comment la pauvreté s’est-elle invitée à la table des familles ?
La réduction de la consommation alimentaire est l’un des signes les plus manifestes de la pauvreté et de la baisse du pouvoir d’achat. Un rapport sur le marché iranien des produits laitiers indique que la consommation par habitant est passée d’environ 130 kilogrammes en 2010 à près de 40 kilogrammes cette année, soit une chute de près de 70 %.
Ce même rapport, s’appuyant sur des données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), précise que l’offre de viande rouge en Iran s’est élevée à environ 623 000 tonnes l’année dernière. Ce volume était inférieur d’environ 20 % à celui de 2024. L’offre de viande a également diminué de près de 39 % par rapport à 2010.
Cette tendance risque d’entraîner une dégradation de la qualité de l’alimentation et d’accroître la pression sur les ménages à faibles revenus. La pauvreté ne se résume plus alors à une question de revenus, mais devient un enjeu plus large touchant à la qualité de vie.
Pauvreté et détérioration des indicateurs démographiques
La pression économique s’est accompagnée d’évolutions démographiques significatives. Selon les chiffres arrêtés à mars 2026, le nombre de naissances a chuté pour atteindre environ 892 000. Ce chiffre représente le total annuel de naissances le plus bas enregistré depuis sept décennies.
Le taux de fécondité a également reculé pour s’établir à 1,35 enfant par femme. Ce niveau est bien inférieur au seuil de renouvellement de la population, situé aux alentours de 2,1 enfants. Les données publiées révèlent par ailleurs une baisse du nombre de mariages, passé de 470 000 à environ 432 000.
Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’établir les causes exactes du recul des mariages et de la natalité. Toutefois, des rapports économiques et sociaux désignent le coût du logement, la situation de l’emploi et les dépenses courantes comme des facteurs influençant les décisions familiales. Le lien entre la pauvreté et la crise démographique constitue donc un enjeu qu’il est impossible d’ignorer.
Pétrole : du recul des exportations à l’annonce d’un arrêt total
Un autre volet du rapport consacré à l’inflation, à la hausse des prix, à la pauvreté et aux conditions de vie difficiles concerne les exportations de pétrole. Abdolnasser Hemmati, gouverneur de la Banque centrale sous le régime iranien, a déclaré lors d’une interview télévisée le 19 août 2026 : « Les exportations de pétrole de l’Iran sont tombées à zéro. » Il a précisé que le pays n’exportait pas de pétrole dans les conditions actuelles.
La situation du pétrole iranien est toutefois plus complexe. L’agence Reuters a rapporté que les expéditions iraniennes vers la Chine avaient chuté à environ 534 000 barils par jour en août 2026, alors que la moyenne des exportations en 2025 s’élevait à environ 1,4 million de barils par jour.
Il convient donc de distinguer les « exportations actuelles via des voies observables », les « cargaisons stockées » et les « revenus pétroliers accessibles ». La déclaration de Hemmati confirme l’arrêt des exportations pétrolières dans le contexte actuel. Les données de suivi des pétroliers indiquent également une forte baisse des flux de pétrole iranien vers la Chine. En somme, les éléments disponibles corroborent l’existence d’une crise plus large affectant les revenus pétroliers.
Une société confrontée à l’érosion du pouvoir d’achat
Dans leur ensemble, ces données mettent en évidence une tendance commune. Une forte inflation, une baisse de la consommation alimentaire, un recul des mariages et une chute de la natalité se produisent
simultanément. Ces indicateurs montrent que la pauvreté en Iran ne se résume pas à une simple baisse des revenus ; elle affecte directement l’alimentation des familles, les décisions des ménages et les perspectives d’avenir de la population. Ce qui est le plus préoccupant, c’est la persistance de ces tendances. Une société confrontée simultanément à une forte hausse des prix, à une réduction de la consommation de biens essentiels et à une détérioration des indicateurs démographiques voit sa capacité économique et sociale s’éroder progressivement. Les statistiques disponibles dépeignent une société qui paie, au quotidien, le prix de la crise économique.

