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Mise au jour d’un réseau de corruption financière opérant dans l’ombre des sanctions contre l’Iran

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L’affaire des « sociétés fiduciaires » dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Elle est devenue l’un des signes les plus marquants de l’opacité économique du régime iranien. Les autorités judiciaires ont annoncé l’ouverture de 59 dossiers visant des dirigeants de ces sociétés. Des poursuites ont été ordonnées dans 43 de ces cas. Par ailleurs, 22 prévenus ont été incarcérés et Interpol a émis des notices rouges à l’encontre de 15 personnes.

Le chef de l’Organisation d’inspection générale d’Iran a déclaré qu’environ 11 milliards de dollars de ressources avaient été mis à la disposition de ces sociétés fiduciaires. L’agence de presse officielle IRNA écrit : « Les sociétés fiduciaires sont considérées comme un mécanisme d’urgence au sein de l’économie iranienne, mis en place en raison des sanctions. »

Que sont les sociétés fiduciaires ?

Ces sociétés sont apparues dans le contexte d’un durcissement des sanctions internationales. Les restrictions sur les ventes de pétrole et la fermeture des circuits bancaires classiques ont poussé le régime à recourir à des intermédiaires. Ces derniers vendaient du pétrole ou des produits destinés à l’exportation. La tâche de transférer les fonds était ensuite confiée à des réseaux situés en dehors du système bancaire formel.

Ce mécanisme permettait de maintenir les exportations malgré les sanctions. Lorsque l’identité de l’acheteur et de l’intermédiaire, le compte bancaire et le circuit de transfert des fonds restent dissimulés, toute possibilité d’audit public disparaît — sans compter qu’une telle surveillance économique est quasi inexistante au sein de la structure de gouvernance iranienne.

Non-rapatriement de milliards de dollars en devises étrangères

Ces dernières semaines, différents chiffres ont été avancés concernant les devises étrangères non rapatriées. L’un d’eux fait état d’environ 11 milliards de dollars de ressources détenues par les sociétés fiduciaires. Un autre chiffre, d’environ 1,6 milliard de dollars, a été cité en lien avec des fonds détournés. Il convient de ne pas confondre ces deux montants. Un responsable de l’Organisation d’inspection générale a explicitement déclaré que la totalité de ces 11 milliards de dollars ne relevait pas nécessairement d’agissements illicites.

Un montant de 94 milliards d’euros d’obligations de change non réglées a également été évoqué. Toutefois, ce chiffre englobe l’ensemble des obligations de change de 20 676 personnes physiques et morales. Aucune transparence n’a été apportée concernant ces 94 milliards d’euros. Parallèlement, l’existence de dizaines de dossiers judiciaires et de ressources se chiffrant en milliards de dollars, contrôlées par des réseaux corrompus, soulève de sérieuses questions quant au système de surveillance.

Qui a choisi les intermédiaires pour la corruption et la captation de rentes ?

La question économique la plus importante dans cette affaire ne concerne peut-être pas les sociétés fiduciaires elles-mêmes. L’enjeu majeur réside dans le choix de ces entités. Un intermédiaire a besoin de décisions de gestion et d’autorisations pour accéder à des centaines de millions de dollars de ressources pétrolières. Par conséquent, l’enquête ne peut se limiter à la simple arrestation des intermédiaires ; il est impératif d’identifier les signataires des contrats.
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Cette question revêt une importance accrue. Un rapport publié, citant l’ancien PDG de NICO (la branche de commerce international de la NIOC), révèle que pour une transaction pétrolière d’une valeur de 200 millions de dollars, seules des garanties à hauteur d’un million de dollars avaient été obtenues. Une telle situation pourrait témoigner de graves lacunes dans le contrôle et d’une implication en coulisses de structures de pouvoir, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Pourquoi la transparence est-elle cruciale dans l’affaire des sociétés fiduciaires ?

L’affaire des sociétés fiduciaires démontre également que les sanctions n’ont pas seulement imposé un coût externe à l’économie iranienne. Les mécanismes opaques engendrés par ces sanctions ont aussi favorisé l’émergence de réseaux d’intermédiaires. Plus ces réseaux se développent, plus l’écart se creuse entre les revenus réels du pays et les ressources susceptibles d’être auditées.

La question fondamentale demeure : quelle structure a confié des milliards de dollars de revenus pétroliers à un réseau d’intermédiaires opaques ?

Mise au jour d'un réseau de corruption financière opérant dans l'ombre des sanctions contre l'IranD’un point de vue économique, la corruption s’enracine lorsque seul le bénéficiaire des fonds est visible, tandis que le décideur agissant en coulisses reste dans l’ombre. Le public est en droit de savoir quelle part des ressources nationales a été mise à la disposition de qui, et quelle proportion n’a pas été restituée. Il ne fait aucun doute que, dans le flou entretenu par les médias d’État et les figures influentes du pouvoir, des efforts sont déployés pour maintenir l’acteur principal — le CGRI — dans l’ombre et dissimuler l’implication de cette organisation.

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