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Iran: le pouvoir tente de stopper la chute du rial sans ramener le calme

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TEHERAN, 6 oct 2012 (AFP) – L’Iran, soumis à des sanctions de plus en plus sévères, a tenté d’enrayer la chute du rial qui a perdu 40% de sa valeur cette semaine, en imposant samedi aux changeurs officiels un taux réduit fixe pour le dollar mais sans réussir à ramener le calme sur un marché déboussolé.

Les changeurs de Téhéran ont refusé d’appliquer ce taux jugé irréaliste. « Nous avons reçu l’ordre de l’Association des changeurs (sous le contrôle de la Banque centrale, NDLR) d’acheter le dollar à 25.000 rials et de le revendre à 26.000, mais personne ne veut travailler à ce taux et nous ne faisons pas de transactions », a indiqué un changeur à l’AFP.

La monnaie iranienne a perdu 40% en une semaine face aux principales devises, tombant mercredi à 36.000 rials pour un dollar et provoquant des troubles dans le centre de Téhéran où changeurs et marchands du Bazar ont baissé leurs rideaux pendant deux jours.

Les bureaux de change ont rouvert samedi, mais refusaient généralement de vendre ou acheter des dollars, a constaté l’AFP. Le marché des pièces d’or était également suspendu de facto.

Le site de l’Association des changeurs cotait de son côté le billet vert autour de 28.000 rials, mais plusieurs sites spécialisés ont suspendu samedi toute cotation des principales devises.

Dans la rue, quelques changeurs illégaux proposaient autour de 30.000 rials par dollar.

Le taux bancaire officiel du billet vert est de 12.600 rials, mais ce taux fixe, inchangé depuis plusieurs mois, est réservé à quelques administrations ou entreprises dans des secteurs jugés essentiels pour l’économie iranienne.

Les autres entreprises ou les particuliers doivent se procurer les devises sur le marché parallèle.

L’Iran fait face depuis plusieurs mois à une pénurie croissante de devises qui empêche la Banque centrale de soutenir le rial sur le marché libre, conséquence des sanctions bancaires et pétrolières occidentales de plus en plus sévères contre le programme nucléaire controversé de Téhéran.

L’effondrement du rial a provoqué mercredi des manifestations de protestation spontanées dans le quartier des changeurs dans le centre de Téhéran, dégénérant en échauffourées avec les forces de l’ordre qui ont annoncé l’arrestation de 16 personnes.

La situation était calme samedi, mais l’envolée du rial des derniers jours a provoqué une hausse immédiate de nombreux produits importés ou même d’origine locale.

Un déodorant corporel importé vendu 68.000 rials mercredi était annoncé à 105.000 rials samedi dans un magasin de cosmétique du Bazar a constaté l’AFP.

Un autre magasin refusait samedi de vendre un réfrigérateur d’une marque asiatique, passé de 10 à 20 millions de rials en un mois, en affirmant vouloir attendre que « les prix se stabilisent », selon un autre témoignage rapporté par l’agence Fars.

Cette nouvelle dégradation brutale de la situation des prix a avivé un mécontentement palpable depuis plusieurs mois au sein de la population, qui y voit le résultat des sanctions internationales contre l’Iran mais aussi d’une mauvaise gestion de la situation par le pouvoir.

Car si le prix des produits importés a doublé ou triplé depuis le début de l’année du fait de l’effondrement de la monnaie iranienne qui a perdu 60% de sa valeur en un an, celui des produits locaux de consommation courante, notamment alimentaires, a suivi la même tendance.

« En mars, on payait 1,5 million de rials chaque semaine pour acheter des légumes, cet été c’était 2 millions, et vendredi c’était 3 millions », se plaignait samedi un père de famille interrogé par l’AFP.

Plusieurs responsables du régime ont mis en cause cette semaine la gestion du gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad, qui s’est défendu en incriminant les sanctions occidentales mais aussi les interventions des autres branches du pouvoir, notamment le Parlement.

Pour autant, en dépit de cette insatisfaction croissante de la population et des tensions qu’elle provoque au sein du régime, « il n’y a pas d’évidence aujourd’hui que l’on s’approche d’un point de rupture », estime Cliff Kupchan, analyste de l’Iran pour l’Eurasia Group, un centre américain d’évaluation des risques politiques pour les milieux d’affaires.

La répression des mouvements de protestation et la mise en place prévisible d’une économie de plus en plus étatisée menacent plutôt la stabilité de l’Iran à long terme, a-t-il estimé dans une analyse diffusée vendredi.

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