La pénurie de 100 000 infirmiers au sein du système de santé iranien est devenue l’une des crises les plus graves auxquelles sont confrontés les services médicaux du pays. Abbas Ebadi, vice-ministre de la Santé chargé des affaires infirmières, a confirmé ce chiffre. Parallèlement, le ministère de la Santé a annoncé avoir besoin de recruter 60 000 personnes. Toutefois, l’Organisation administrative et de l’emploi n’a pas encore répondu à cette demande.
Abbas Ebadi s’est exprimé le 14 août sur la situation des effectifs infirmiers. Il a indiqué que le ministère de la Santé avait officiellement fait part de son besoin de recruter du nouveau personnel, une demande qui concerne l’ensemble du système de santé. Cependant, l’Organisation administrative et de l’emploi n’a pas encore communiqué le résultat de son examen du dossier.
Cette situation perdure alors même que la pénurie d’infirmiers constitue un problème majeur depuis des années. Les responsables du ministère de la Santé ont maintes fois alerté sur l’ampleur de la crise. Malgré ces avertissements, le processus de recrutement continue de se heurter à des restrictions et à des retards.
L’érosion du système de santé
Selon le vice-ministre chargé des affaires infirmières, le processus de recrutement est long. Il a prédit que le quota de recrutement serait fixé au cours du second semestre de l’année en cours. Une fois que l’Organisation administrative et de l’emploi aura annoncé sa décision, le quota sera finalisé et le processus de concours de recrutement pourra débuter.
D’après ses propos, entre 45 % et 50 % des postes ouverts aux concours de recrutement sont généralement réservés au personnel infirmier. Compte tenu de l’ampleur de la crise actuelle, ce chiffre soulève de sérieuses interrogations. Le système de santé fait face à un manque de 100 000 infirmiers. Parallèlement, les nouveaux recrutements doivent à la fois remplacer le personnel sortant et répondre à de nouveaux besoins.
M. Ebadi a précisé qu’au mieux, les recrutements de ces dernières années ont tout juste permis de compenser le nombre de professionnels quittant le système de santé. Les départs à la retraite et les départs pour diverses autres raisons expliquent en partie cette baisse des effectifs. Par conséquent, le recrutement de nouveau personnel ne se traduit pas nécessairement par une augmentation réelle de la capacité de prise en charge sanitaire.
Par ailleurs, les hôpitaux nouvellement construits nécessitent eux aussi du personnel. Augmenter le nombre de lits d’hôpitaux sans prévoir le personnel infirmier nécessaire ne crée pas une véritable capacité de prise en charge. Un lit d’hôpital sans infirmier constitue, en réalité, un élément incomplet et inutilisable du système de santé.
Pourquoi la pénurie de personnel infirmier menace-t-elle la santé publique ?
Le vice-ministre de la Santé chargé des affaires infirmières a établi une distinction entre la pénurie de personnel et la qualité des effectifs infirmiers. Il a toutefois souligné que l’une ou l’autre de ces défaillances pouvait compromettre la santé publique. Cet avertissement revêt une importance accrue dans un contexte marqué par un déficit de 100 000 infirmiers.
Les infirmiers constituent le premier maillon de la continuité des soins dans de nombreux services hospitaliers. La surcharge de travail, le manque d’effectifs et l’épuisement professionnel peuvent nuire à la qualité des soins. Ces conditions exercent également une pression accrue sur les infirmiers qui restent en poste.
M. Ebadi a également évoqué le recours à des « autorisations de recrutement fragmentaires » pour maintenir la situation actuelle. Cette description illustre clairement l’état du recrutement au sein du système de santé. Lorsque le recrutement sert uniquement à compenser les départs, le système de santé ne peut pas connaître une croissance durable.
La pénurie de personnel infirmier ne se résume pas à un chiffre dans des rapports administratifs ; elle est directement liée à la capacité de prise en charge des patients. Si cette situation perdure, la pression exercée tant sur les professionnels de santé que sur les patients continuera de s’intensifier.
Les chiffres mettent en lumière la crise du système de santé
M. Ebadi avait précédemment indiqué que l’Iran compte environ 0,9 à 0,95 infirmier par lit d’hôpital, alors que la norme fixée par le ministère de la Santé est de 1,8 infirmier par lit. Parallèlement, la lourdeur de la charge de travail, les difficultés financières, la précarité des contrats et les retards dans le versement des indemnités ont poussé certains infirmiers à quitter leur emploi ou à émigrer.
Selon les chiffres rapportés pour l’année 2025, environ 3 000 infirmiers ont quitté la profession : 1 800 ont abandonné leur poste, 800 ont démissionné et 380 ont émigré. Par ailleurs, quelque 1 600 infirmiers sont partis à la retraite.
La persistance de cette tendance, conjuguée aux heures supplémentaires obligatoires et aux gardes prolongées, a accru la pression sur les professionnels de santé et renforcé les inquiétudes quant à la qualité des services médicaux ainsi qu’à la capacité du système de santé iranien à répondre aux besoins de la population en matière de soins.

