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Un ex-responsable iranien condamné à la prison à vie en Suède

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AFP – La justice suédoise a condamné jeudi à perpétuité un ancien responsable d’une prison iranienne pour son rôle dans des exécutions de masse de milliers d’opposants par le régime iranien en 1988, une première dans le monde.

Âgé de 61 ans, Hamid Noury, qui occupait à l’époque des fonctions d’assistant du procureur dans une prison près de Téhéran, a été reconnu coupable de « crimes aggravés contre le droit international » et de « meurtres », selon le tribunal de Stockholm. « L’accusé a, dans son rôle d’assistant du procureur de la prison de Gohardasht à Karaj, près de Téhéran, conjointement, et en collusion avec d’autres, été impliqué dans les exécutions, qui ont eu lieu après une fatwa du guide suprême de l’Iran », l’ayatollah Khomeini, selon le jugement.

Même si l’accusé comme fonctionnaire pénitentiaire avait un rôle considéré comme subalterne, c’est la première fois qu’un fonctionnaire iranien est jugé et condamné pour cette purge sanglante visant principalement des membres du mouvement armé d’opposition des Moudjahidine du Peuple (MEK), honni par Téhéran. Sous un alias, Hamid Noury a « été chercher les prisonniers, les a amenés au comité » chargé de les condamner à mort « et les a escortés jusqu’au site d’exécution », a jugé le tribunal de Stockholm, qui a suivi les réquisitions du parquet pour la perpétuité.

Un dessin montrant Hamid Noury, un responsable iranien jugé pour sa participation présumée à des exécutions de masse ordonnées par Téhéran en 1988, le 23 novembre 2021. Illustration Anders HUMLEBO / TT NEWS AGENCY / AFP
Un dessin montrant Hamid Noury, un responsable iranien jugé pour sa participation présumée à des exécutions de masse ordonnées par Téhéran en 1988, le 23 novembre 2021. Illustration Anders HUMLEBO / TT NEWS AGENCY / AFP

Entamé en août 2021, le procès a tendu les relations entre la Suède et l’Iran et suscite l’inquiétude de représailles visant les prisonniers occidentaux détenus par le régime islamique, dont deux citoyens suédo-iraniens se trouvant dans le couloir de la mort. Tout au long des audiences étalées sur neuf mois, Hamid Noury, souvent théâtral et souriant, avait rejeté les témoignages d’anciens détenus l’accusant d’avoir participé à une série d’exécutions.

Il dénonçait un complot monté par les Moudjahidine du peuple visant, selon lui, à discréditer le régime de Téhéran, affirmant également qu’il était en congés durant la période concernée et qu’il travaillait dans une autre prison.

Des groupes de défense des droits humains estiment qu’au moins 5.000 prisonniers ont été exécutés à l’été 1988 lors de sentences prononcées à la chaîne par des « comités de la mort ». Les MEK avancent eux un bilan de 30.000 victimes.

Arrêté à l’aéroport

L’arrestation d’Hamid Noury fin 2019 à l’aéroport de Stockholm, à l’occasion d’une visite en Suède, faisait suite à des plaintes déposées par des opposants iraniens auprès de la justice suédoise, dotée d’une compétence universelle pour les crimes contre l’humanité. Le procès a donné lieu à une mobilisation quotidienne d’opposants iraniens proches des Moudjahidine du Peuple, venus manifester sous les fenêtres du tribunal de Stockholm.

Près de 300 personnes étaient à nouveau rassemblées jeudi, a constaté une journaliste de l’AFP. « En mémoire de ceux qui ont été massacrés, nous jurons de rester jusqu’au bout! », « Qui est le meurtrier du massacre de 1988? C’est Raïssi! C’est Raïssi! », criait la petite foule en farsi. L’affaire est particulièrement sensible en Iran, des militants des droits de l’Homme accusant des hauts responsables en poste aujourd’hui d’avoir été des membres de ces comités, dont l’actuel président Ebrahim Raïssi.

Interrogé en 2018 et en 2020 à ce sujet, M. Raïssi avait nié avoir été impliqué, mais il avait rendu « hommage » à l' »ordre » donné par l’ayatollah Khomeini. Téhéran a réclamé à de nombreuses reprises la libération d’Hamid Noury au gouvernement suédois, Stockholm répondant que sa justice est « totalement indépendante ».

Préoccupée par une récente série d’arrestations d’Européens en Iran « sans raison apparente », la Suède déconseille depuis fin juin à ses ressortissants de se rendre dans le pays. La principale inquiétude concerne l’universitaire irano-suédois Ahmedreza Djalali, condamné à la peine de mort en Iran en 2017 pour des accusations d’espionnage.

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