IranDroits de l'hommeIran: les cyberdissidents en ligne de mire

Iran: les cyberdissidents en ligne de mire

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ImageAP:  "Qu’est-ce que la liberté?", demandait Omidreza Mirsayafi sur son blog. Emprisonné en Iran pour des propos critiques à l’égard du régime, il est mort en prison le mois dernier à 29 ans après une surdose de médicaments. Il est considéré comme la première victime connue de la "cyber-guerre" opposant des blogueurs critiques aux autorités iraniennes.

La cyberdissidence se développe depuis plusieurs années en Iran, les blogs et réseaux sociaux sur Internet devenant le principal vecteur de toutes formes d’expressions, de la dissidence politique radicale aux vidéos et aux musiques "underground". Le rôle de "faiseur d’opinion" des blogueurs pourrait s’accentuer à l’approche de l’élection présidentielle du 12 juin.

"Omidreza est le symbole du combat pour la liberté d’expression en Iran", souligne Jillian York, du Centre Berkman pour l’Internet et la société à l’université de Harvard, qui a échangé des courriels avec Mirsayafi les mois qui ont précédé sa mort. Mirsayafi n’était pas un blogueur connu en Iran. C’était "juste un blogueur ordinaire", explique Farhad Moradian, un émigré juif iranien qui vit en Israël, où il tient un blog.

Le jeune homme s’intéressait aux mathématiques et à la physique au lycée et s’est ensuite orienté vers le journalisme. Il a écrit pour plusieurs journaux sur des sujets culturels. Pour mieux gagner sa vie, il a également travaillé au noir comme technicien informatique.

Mirsayafi a commencé en 2006 son blog, baptisé simplement "Rouznegar" ("rédacteur de journal") et consacré à la vie quotidienne à Téhéran, à la culture et à la musique. Mais il a aussi abordé des questions politiques, ses écrits devenant progressivement plus mordants.

Il a franchi la ligne jaune aux yeux des autorités dans un message du 22 juin 2007 où il critiquait nommément des hauts responsables et surtout le défunt Guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ruholla Khomeini.

"Vivre dans un pays dont le leader est Khomeini est écoeurant. Vivre dans un pays dont le président est (Mahmoud) Ahmadinejad est une grande honte", écrivait-il. Et de conclure: "Vivre dans un pays qui s’autoproclame République islamique est une honte." Mirsayafi savait que ses écrits pouvaient lui valoir des ennuis. Mais il pensait que son blog était trop obscur pour attirer l’attention, expliquent ses proches.

Il a raconté ce qui lui est arrivé ensuite dans une lettre écrite en début d’année au secrétaire général de Nations unies Ban Ki-moon. Le 22 avril 2008, quatre fonctionnaires du Tribunal révolutionnaire ont fouillé la maison de Téhéran où il vivait avec ses parents, et saisi "mon ordinateur et mes affaires", a-t-il précisé dans sa missive. "Et j’ai été arrêté."

Accusé d’outrage envers les dirigeants iraniens et le pays, il a été placé à l’isolement à la prison d’Evin, à Téhéran. Après 40 jours, il a été libéré. Son blog a été fermé.

Le 2 novembre, il a comparu devant le Tribunal révolutionnaire, qui l’a condamné à 30 mois de prison. Il a pu dans un premier temps rester en liberté après avoir fait appel, mais a été arrêté le 7 février, sans avertissement ni explication, selon son avocat, pour être à nouveau incarcéré à Evin.

Mirsayafi, qui souffrait d’arythmie cardiaque, luttait également contre la dépression en prison, où il a parfois parlé de mettre fin à ses jours, raconte Shiva Nazar Ahari, secrétaire du Comité des reporters sur les droits de l’Homme à Téhéran.

Le 18 mars, il a fait une surdose de tranquillisants qui lui avaient été fournis par la prison et a seulement été traité dans la clinique de l’établissement au lieu d’être transféré dans un hôpital, selon un médecin.

Pour Reporters sans frontières, la mort de Mirsayafi "rappelle tristement que le régime iranien est l’un des plus durs au monde pour les journalistes et blogueurs". Jennifer Windsor, directrice de Freedom House, une organisation pro-démocratie basée à Washington, a de son côté évoqué un climat "dangereusement inhospitalier" pour les blogueurs.

Les autorités iraniennes mènent des cyber-raids depuis des années. Elles ont d’abord cherché à bloquer des blogs et des sites bien précis. Mais des propriétaires de sites ont réussi à contourner les contrôles grâce à des astuces techniques. Les arrestations ont ensuite commencé après l’élection à la présidence de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui briguera en juin un nouveau mandat de quatre ans.

Selon RSF, 68 blogueurs sont emprisonnés dans le monde, dont deux en Iran et près de 50 en Chine. Des dizaines d’autres "dissidents" sont également détenus dans les geôles iraniennes. AP

 AP 14.04.2009

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