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En Turquie, les réfugiés iraniens vivent dans la peur du régime de Téhéran – Reportage

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AFP: Par Nicolas CHEVIRON – Torturés dans les geôles iraniennes ou menacés de mort, Behzad, Siyavashi et Ali ont, comme des centaines d’opposants iraniens, trouvé refuge en Turquie. Mais ils n’y ont pas trouvé la paix et vivent dans la crainte des agents de la République islamique.

Alors qu’en Iran, l’opposition s’apprête à commémorer l’anniversaire de la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin 2009, Behzad (un nom d’emprunt) vit reclus dans son appartement de Nevsehir, une ville du centre de la Turquie.

"Les tortures que j’ai vécues et celles dont j’ai été témoin, ce sont des choses qu’un animal n’aurait pas faites à un autre animal", déclare le jeune homme, dont le seul tort, affirme-t-il, est d’avoir participé en juillet à une manifestation d’étudiants contestant le résultat des élections.

Montrant des photos de son dos zébré d’hématomes, Behzad égrène la liste des tortures qu’il a subies durant quatre mois de prison: séances de coups, insomnies forcées, eau glacée, sévices sexuels, pendaison simulée…

"Au bout d’un moment, j’aurais tout avoué, je n’en pouvais plus. Ils voulaient obtenir des confessions au sujet de mon père, qu’il avait des liens avec l’Amérique et Israël… Et ils m’ont forcé à le faire", explique-t-il.

Des aveux qui lui ont permis de recouvrer la liberté. Dans les semaines qui ont suivi, Behzad a traversé la frontière irano-turque à cheval, avec des contrebandiers, comme de nombreux exilés iraniens.

Selon les statistiques du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), quelque 4.000 demandeurs d’asile et réfugiés iraniens, dissidents, mais aussi homosexuels, convertis aux christianisme, baha’is, sont enregistrés en Turquie, leur principale porte de sortie.

Le nombre des demandes, 1.828 entre juillet et mars, n’a pas vraiment progressé depuis la présidentielle mais leur nature a évolué, indique le HCR.

"Beaucoup des nouveaux venus sont des journalistes, des universitaires et/ou des gens perçus par le régime comme soutenant l’opposition", déclare Metin Corabatir, porte-parole du HCR en Turquie.

Bloqué à Nevsehir, une des 32 "villes satellites" turques hébergeant des demandeurs d’asile, Behzad connaît des jours difficiles en attendant que l’Onu statue sur son sort et qu’un pays occidental l’accueille.

Handicapé par une jambe raide, souvenir du coup de matraque d’un policier lors d’une manifestation, souffrant de troubles psychologiques, le jeune homme vit dans le dénuement.

Mais son principal problème, c’est la peur. "Ici j’ai peur de tout: de la police, des agents iraniens et de tous les Iraniens qui sont ici, qu’ils fassent un rapport sur moi. Parfois j’ai peur de sortir de chez moi", affirme-t-il.

Pour lui, la présence d’agents iraniens traquant les dissidents en Turquie ne fait pas de doute: fin novembre, un réfugié iranien est arrivé à Nevsehir et le lendemain, il avait disparu, ne restait de lui que ses valises, encore fermées, relate-t-il.

"Un soir vers minuit, trois hommes ivres ont essayé d’enfoncer la porte de ma maison en poussant des hurlements. Heureusement mes voisins du dessous, des Turcs, sont intervenus", raconte pour sa part son ami Siyavash.

Emprisonné plusieurs mois en Iran, Siyavash montre sur ses cuisses des brûlures causées par des chocs électriques.

Condamné à mort pour blasphème, Ali est arrivé en Turquie en septembre. Résolu à dire dans ce pays ce qu’il devait taire en Iran, le jeune dissident affirme avoir déjà été menacé.

Après avoir rencontré un journaliste, "dans une rue déserte, vers minuit, j’ai été menacé par trois Iraniens, qui m’ont mis un couteau sous la gorge. Ils m’ont dit que c’était ma dernière interview… ", se souvient-il.

Interrogée par l’AFP, la police locale a indiqué qu’elle déconseillait aux réfugiés iraniens de s’adresser aux médias, pour éviter qu’ils soient victimes de représailles.

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