L’Humanité, 25 mai – Iran. Après une forte controverse, deux candidats réformateurs à la présidentielle ont finalement survécu à la censure du Conseil des gardiens.
Face au tollé suscité par la censure du Conseil des gardiens à légard de la quasi-totalité des candidats réformateurs à lélection présidentielle du 17 juin prochain, le guide suprême iranien, layatollah Ali Khamenei, est intervenu lundi pour demander le réexamen des candidatures de Mostapha Moïn et Mohsen Mehralizadeh. Lorgane de surveillance a finalement reconnu « la compétence » des deux principaux candidats réformateurs et les a remis en selle.
Une crise évitée de justesse
La tentative de liquidation des réformateurs avait commencé dimanche, lorsque sur les 1 014 candidatures déposées pour la succession à la présidence de Mohammad Khatami, le Conseil des gardiens nen avait validé que six : celles de lancien président conservateur Akbar Hachemi Rafsandjani, de quatre conservateurs durs et de Mehdi Karoubi, réformateur ultra-modéré quasiment dépourvu de la moindre chance. Tous les autres candidats réformateurs avaient été évincés, à commencer par celui qui avait le plus de chances de contester la victoire aux conservateurs, Mostapha Moïn. « Il sagit dun coup dÉtat, et le gouvernement qui sera mis en place sera le fruit dun coup dÉtat », avait réagi un dirigeant de la formation politique de Mostapha Moïn, le Front de participation islamique iranien (FPPI). Cette manoeuvre, visant à assurer aux conservateurs la mainmise sur lensemble du pouvoir, a provoqué de vives réactions dans le camp des réformateurs. « La disqualification illégale des candidats transforme ce scrutin en une élection qui nest ni libre, ni équitable, ni ouverte », a déclaré lundi le FPPI, annonçant quil ne participerait pas aux élections. Dans la nuit de lundi à mardi, luniversité de Téhéran a connu sa première manifestation détudiants, tandis que le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi annonçait quelle ne voterait pas le 17 juin. Finalement, ces menaces de boycottage massif ont mis sous pression un régime qui a lui-même fait de la participation un enjeu de légitimité, et lont obligé à mettre de leau dans son vin.
Les réformateurs peinent à convaincre
Le repêchage de Mostapha Moïn et Mohsen Mehralizadeh pourrait bien ne pas faire les affaires de lancien président Akbar Hachemi Rafsandjani, un conservateur qui prône un rapprochement avec lOccident. Mais encore faudrait-il que lélectorat surmonte la profonde désillusion des espoirs placés dans les gouvernements réformateurs.
En 1997, Khatami avait suscité un immense enthousiasme et avait remporté une très large victoire à lélection présidentielle. Il sétait engagé à démocratiser le système, mais sest heurté à lopposition des conservateurs, qui lont empêché de mener à bien son programme de réformes. En 1999, le gouvernement na même pas eu les moyens de sopposer à la violente répression de la révolte étudiante, qui exigeait un régime libre, la démocratie et la laïcité. Dès lors, les illusions quavait suscitées cet espoir réformiste ont commencé à sétioler. La résistance des conservateurs, les rejets répétés des lois, les assassinats dintellectuels progressistes et les arrestations de journalistes ont eu raison de lélectorat des réformateurs. Ces derniers ont subi une cuisante défaite aux élections municipales de 2003, puis aux législatives de 2004, marquées par un taux dabstention considérable, révélateur de leffondrement de lélan populaire en faveur des réformateurs.
Aujourdhui, ceux susceptibles de donner la victoire aux réformateurs semblent une fois de plus peu disposés à aller voter. Pour nombre dentre eux, les reformateurs et les conservateurs sont « turban blanc et blanc turban », puisque tous deux soutiennent le principe du régime théocratique.
Marianne Cramer

