IranIran (actualité)Avantage à la Norvège !

Avantage à la Norvège !

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Iran Focus, Londres, 7 novembre – Lorsque l’Iran est en colère, on le sait. On peut s’en apercevoir à la façon dont les hauts dirigeants et religieux réitèrent leurs diatribes contre l’Occident, ou bien lorsque des articles clonés paraissent simultanément dans deux douzaines de journaux et d’agences de presse officiels dénonçant tous un nouveau complot contre l’Iran.

La cible des invectives diplomatiques de Téhéran cette fois n’est pas le président des Etats-Unis, George W. Bush, en pleine campagne pour les élections de mi-mandat qui laissent aux dirigeants iraniens un peu de répit pendant que les gros titres et les débats en Amérique se focalisent sur l’Irak.

Les religieux iraniens ne dirigent pas non plus leur colère sur les diplomates du Conseil de Sécurité réunis actuellement en petit comité à New York pour élaborer le texte d’une autre résolution sur l’Iran. Les ayatollahs ne sont pas tellement perturbés par la perspective de sanctions incertaines qui subsisteraient dans le texte après les objections répétées et les amendements de la Chine et de la Russie.

Les radicaux au pouvoir à Téhéran dirigent plutôt leurs foudres sur la nation sereine et pacifique norvégienne, adversaire improbable de la théocratie islamique d’Iran. Cependant, la Norvège a réveillé le courroux des ayatollahs en invitant le leader de l’opposition iranienne, Maryam Radjavi, à Oslo, dans cette nation scandinave riche en pétrole, pour des pourparlers sur l’Iran.

Radjavi préside une coalition de groupes dissidents que Téhéran considère comme sa bête noire. Ainsi, le fait de la recevoir constitue pour les ayatollahs l’acte le plus proche du péché mortel.

L’ambassadeur de Norvège a été immédiatement convoqué par le ministère des Affaires étrangères pour entendre un sermon enragé, tandis que l’ambassadeur iranien à Oslo exécutait la démarche habituelle en proférant des menaces contre la Norvège lors d’une réunion avec Olav Akselsen, qui préside la commission parlementaire des affaires étrangères. Inviter Radjavi, a averti l’ambassadeur devant Akselsen très surpris, engendrerait une « détérioration sérieuse des relations » entre Téhéran et Oslo.

Le parlementaire norvégien n’a trouvé aucune consolation dans le fait d’entendre ces mots de la bouche d’un homme représentant ce que les Etats-Unis appellent « le parrain le plus actif dans le monde du terrorisme d’Etat ». Lorsque ces paroles sont arrivées aux oreilles des médias, le gouvernement norvégien s’est senti obligé de réagir.

« Aucune ambassade n’a le droit d’interférer dans les réunions que le parlement ou tout autre organisme a décidé d’organiser, c’est inacceptable », a déclaré à la presse le secrétaire d’Etat norvégien pour les affaires étrangères, Raymond Johansen, ajoutant que de telles « menaces ne mèneraient à rien ».

Johansen a tourné les menaces de Téhéran au ridicule en disant que Téhéran n’avait pas grand-chose sur quoi se venger. « Nous n’entretenons pas de relations particulièrement cordiales [avec Téhéran »>. Ils ont un ambassadeur ici et nous en avons un là-bas », a-t-il affirmé.

Pour Radjavi, les efforts effrénés de Téhéran pour annuler sa visite sont en fait du pain béni. Sa visite, qui a débuté lundi, a fait l’objet d’une couverture médiatique peu courante, la télévision nationale norvégienne ayant tourné un reportage sur son arrivée en gros titres de son bulletin d’information du soir.

L’agence de presse norvégienne, NTB, a cité Radjavi disant aux membres de la commission des affaires étrangères du parlement de Norvège mardi : « Les mollahs ne sont pas une menace uniquement pour le peuple iranien, mais pour l’humanité toute entière ».

A Téhéran, le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki était visiblement consterné. Il a déclaré mardi à un homme politique français en visite que le groupe de Radjavi « tentait de saper les relations entre l’Iran et la France », selon l’agence de presse officielle iranienne.

Tout en demandant à Paris d’imposer des restrictions sévères à Radjavi, le haut diplomate iranien a fait part de ses inquiétudes concernant le fait que « certains Etats membres de l’UE aient organisé des rencontres » avec le chef de l’opposition.

D’autres hauts responsables iraniens ont répété les inquiétudes du ministre des Affaires étrangères, dont le président du parlement, le ministre de la Justice et le porte-parole du président Mahmoud Ahmadinejad.

Ces déclarations surviennent peu de temps après un autre incident diplomatique qui a éclaté le mois dernier entre Téhéran et Bruxelles, lorsque Radjavi a été reçue par le Sénat belge.

Téhéran ressent très bien cette pression. Le mois dernier, Kazem Jalali, haut député du Majlis d’Iran, a annoncé que la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du parlement avait mené une enquête sur la politique de la théocratie vis-à-vis des Moudjahidine du peuple, principal groupe de la coalition de Radjavi.

« Nous avons examiné les activités du groupe et la politique de l’Iran à son égard et nous avons étudié également les dispositions et mesures que l’Iran peut adopter pour renforcer la sécurité du pays face aux actions de ces contre-révolutionnaires », a déclaré Jalali à la presse après une longue réunion de la commission avec le chef des services secrets iraniens et ses adjoints.

Sur un autre front, l’Iran fait pression sur ses alliés au gouvernement irakien pour expulser les milliers de membres des Moudjahidine du peuple résidant dans une base sous protection américaine à l’est de l’Irak.

Palpable, l’angoisse de l’Iran est justifiée. Contrairement à l’image forte que les leaders iraniens essaient à tout prix de cultiver, l’avenir du régime clérical est incertain. Son économie chancelante n’est pas parvenue à améliorer la souffrance quotidienne de l’Iranien moyen, malgré les bénéfices record du pétrole. Le mécontentement, soulevé par l’incompétence du gouvernement et sa répression sévère, est de plus en plus important. Sur la scène internationale, Téhéran ne s’est jamais retrouvé aussi isolé depuis la mort de l’ayatollah Khomeiny en 1989. La dernière chose que les dirigeants iraniens ne peuvent supporter, c’est de voir leur pire ennemi sous les projecteurs.

La Norvège n’est pas une puissance européenne majeure, ni un Etat membre de l’Union Européenne. Mais en refusant de réagir aux intimidations diplomatiques de Téhéran cette semaine, Oslo montre l’exemple aux autres gouvernements occidentaux.

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