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L’essor de l’Iran, effet collatéral de la guerre en Irak

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Reuters, Téhéran, 17 mars – En renversant Saddam Hussein il y a cinq ans, les Etats-Unis ont parallèlement et involontairement contribué au rétablissement du statut de puissance régionale de l’Iran.

L’armée américaine avait engagé ce mouvement de balancier régional en balayant les taliban à Kaboul après les attentats du 11 septembre 2001.

« La chute de ces deux régimes, sans que des Etats puissants ne leur aient succédé, a grandement bénéficié à l’Iran et a fait le ménage pour que l’Iran répande son influence », estime Vali Nasr, du Council on Foreign Relations de Washington.

A ce stade de la crise sur ses ambitions nucléaires, la république islamique ne peut totalement exclure une opération militaire américaine contre ses sites atomiques, et son économie largement dépendante du pétrole pourrait être vulnérable. Mais pour l’heure, les voyants sont au vert à Téhéran.

Avec l’effondrement de l’armée irakienne en 2003, l’Iran chiite se retrouve sans véritable rival militaire régional, ce qui a eu pour effet d’affaiblir le monde arabe et ses gouvernements essentiellement sunnites.

Dans le même temps, la flambée des cours du pétrole a alimenté un sentiment de toute-puissance, sur lequel joue le président Mahmoud Ahmadinejad.

« Toutes les 24 heures, nous gagnons 270 millions de dollars en devises fortes – une somme magique », souligne l’économiste iranien Saeed Leylaz. « L’Iran peut redistribuer ses pétrodollars pour acheter la loyauté à l’intérieur de ses frontières et, à l’extérieur, des partenariats stratégiques », explique-t-il.

VISITES À TÉHÉRAN

Au cours des cinq dernières années, l’Iran est devenu un acteur puissant du jeu irakien, veillant à ses relations avec les chiites, majoritaires et désormais au pouvoir à Bagdad, et d’autres factions. Ses alliances avec la Syrie, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien ont également étendu son influence.

Au point que les alliés arabes de Washington, comme l’Arabie saoudite ou l’Egypte, s’inquiètent de la puissance croissante de Téhéran. Tout en redoutant les effets déstabilisateurs d’une éventuelle intervention américaine en Iran, dont les perspectives se sont cependant considérablement estompées.

Publié en décembre, le dernier document de synthèse des agences américaines de renseignement, le National Intelligence Estimate (NIE), a surpris les observateurs en estimant que le régime de Téhéran avait suspendu son programme de recherches d’armes nucléaires en 2003 et qu’il ne l’avait probablement pas relancé depuis.

Conséquence directe: l’attention portée aux programmes d’enrichissement de l’uranium et de missiles balistiques s’est relâchée, alors même que certains analystes occidentaux les jugent plus significatifs.

« Nous n’avons pas modifié notre évaluation de la menace, mais le NIE nous a coupé l’herbe sous le pied », résume un diplomate européen qui explique que le rapport de synthèse du renseignement américain a compliqué la formation d’un consensus aux Nations unies pour sanctionner durement l’Iran.

Ces derniers mois, plusieurs dirigeants du monde arabe se sont rendus à Téhéran. Ahmadinejad a effectué lui des visites remarquées en Irak, en Arabie saoudite, aux Emirats arabes unis et au Qatar.

« Cela démontre que quelle que soit l’opinion que portent les Arabes sur les dirigeants iraniens, ils doivent prendre en compte le fait qu’après la chute de Saddam, l’Iran est en train d’émerger comme une puissance majeure dans la région », poursuit ce diplomate.

Pour les Etats-Unis, cette évolution relève de l’insupportable: en 2002, George Bush avait classé l’Iran parmi son « axe du mal ». Il l’accuse aujourd’hui d’ingérence en Irak, au Liban, dans les territoires palestiniens.

Mais Washington, qui partage avec l’Iran le souci d’éviter une partition de l’Irak, a dû se résoudre à engager un dialogue avec Téhéran pour tenter de stabiliser le pays. A trois reprises au cours de l’année écoulée, les diplomates américains en poste à Bagdad ont rencontré leurs homologues iraniens.

Ces discussions formelles n’ont toutefois pas conduit à un dialogue plus large sur les relations irano-américaines, envenimées depuis le renversement du shah et l’établissement d’une république islamique en 1979.

Pour Vali Nasr, du Council on Foreign Relations de Washington, les Etats-Unis, avec leur forte présence militaire en Irak, en Afghanistan et dans le Golfe, bloquent encore les ambitions iraniennes.

« En dernière analyse, estime-t-il, l’Iran ne peut confirmer son statut actuel ni le nouvel équilibre qui s’est fait jour dans la région sans amener les Etats-Unis à cesser d’y résister. Ahmadinejad croit que l’Iran peut obtenir gain de cause par l’agression et le harcèlement. Je ne suis pas certain que tous les dirigeants iraniens soient convaincus qu’il s’agisse d’une stratégie prudente. »

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