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Le trafic d’armes iraniennes au centre d’un rififi diplomatique en Afrique

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AFP: Par Laurence BOUTREUX- La saisie d’une cargaison d’armes, fin octobre au Nigeria, n’en finit pas de semer le trouble dans les relations entre Téhéran, Banjul et Dakar, car ces armes convoyées clandestinement depuis l’Iran étaient officiellement adressées à la présidence de Gambie, au grand dam du Sénégal.

« Il y a beaucoup de choses que je ne vous dirai pas à ce sujet, la diplomatie ne se fait pas au grand jour », a averti le chef de la diplomatie sénégalaise, Madické Niang, cette semaine, devant la presse à Dakar.

D’emblée, l’affaire a eu une dimension internationale.

Elle débute en Afrique le 10 juillet quand un navire du groupe français CMA-CGM accoste dans le plus grand port du Nigeria, à Lagos, et y dépose des conteneurs embarqués au port iranien de Bandar Abbas.

Officiellement, il s’agit de matériel de construction. Mais les douanes découvrent qu’au moins dix conteneurs recèlent des grenades, obus de mortiers et munitions d’armes lourdes.

Le commerçant désigné par CMA-CGM comme l’expéditeur s’est réfugié à l’ambassade d’Iran à Abuja. Cet homme d’affaires iranien, Azim Aghajani, est aussi un membre des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime iranien, selon la justice nigériane. Le 25 novembre, il sera inculpé et placé en détention préventive pour trafic illégal d’armes, avec trois Nigérians.

En raison de son programme nucléaire controversé, l’Iran est sous le coup de sanctions des Nations unies qui lui interdisent de vendre des armes.

Le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki – entre-temps limogé -, explique d’abord que c’est « une société privée » qui a vendu ces armes à « un pays d’Afrique de l’Ouest » et qu’elles devaient seulement « transiter par le Nigeria ». Puis différentes sources confirment que le destinataire était la Gambie, petit pays ouest-africain quasiment enclavé dans le Sénégal.

Le ministre sénégalais Madické Niang a fait valoir cette semaine, que les documents de la cargaison portaient l’adresse « State house, Kanilai, Gambie », soit celle du président gambien Yahya Jammeh dans son village natal.

D’où « l’inquiétude » de Dakar: « ces armes pouvaient notamment venir au Sénégal, aux mains de combattants qui ne veulent pas la paix », a déclaré M. Niang, en référence aux rebelles indépendantistes de Casamance, une région du Sénégal au sud de la Gambie. Les rebelles du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) auraient des bases arrières en Gambie.

Ces dernières années, l’Iran avait beaucoup resserré ses liens à la fois avec la Gambie et le Sénégal, le président Mahmoud Ahmadinejad s’y rendant plusieurs fois. Téhéran y gagnait des soutiens diplomatiques tandis que les deux pays africains bénéficiaient d’importants financements iraniens.

Mais l’affaire des armes a débouché sur une sévère brouille diplomatique.

Le 22 novembre, la Gambie a rompu toutes relations avec l’Iran.

Puis, le 14 décembre, Dakar a rappelé son ambassadeur à Téhéran. « On nous a dit que ce sont des privés iraniens (qui ont organisé l’opération) mais cela ne peut pas se faire à l’insu d’un Etat organisé », a protesté M. Niang.

Le même jour, Banjul a démenti catégoriquement que les armes lui étaient destinées et a accusé le président sénégalais, Abdoulaye Wade, d’avoir « la haine de la Gambie ».

A Dakar, un député sénégalais de la mouvance présidentielle, Mamour Cissé, affirmait au contraire sur la radio RFM: « Yahya Jammeh a été pris la main dans le sac. Il est obligé de prendre des initiatives pour avoir un profil plus correct quand l’enquête du Conseil de sécurité » aboutira.

La semaine dernière, des pays occidentaux au Conseil de sécurité avaient accusé l’Iran d’utiliser des méthodes de plus en plus complexes pour la contrebande d’armes, avec de nouveaux itinéraires « préoccupants » en Afrique.

 

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