Les dirigeants du régime iranien traversent l’une des crises les plus graves depuis la révolution de 1979. Selon Reuters, cette crise est due d’une part au mécontentement croissant de la population et d’autre part à l’impasse des négociations nucléaires – une situation qui renforce l’isolement et la division de l’Iran.
Le 27 septembre, les Nations Unies ont rétabli les sanctions contre le régime iranien, suspendues dans le cadre de l’accord de 2015. Cette décision intervient après l’échec des négociations menées à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, entre le régime iranien et trois pays européens (Royaume-Uni, France et Allemagne).
Selon quatre responsables iraniens et deux sources informées interrogées par Reuters, sans progrès dans les négociations, l’isolement économique de l’Iran s’aggravera et la colère populaire risque de croître. Cependant, ils ajoutent que céder aux exigences occidentales pourrait également creuser les divisions au sein du régime et l’obliger à renoncer à son principe fondamental : ne jamais se soumettre à la pression occidentale.
En réaction, Abbas Goudarzi, porte-parole du bureau du Parlement iranien (Majlis), a annoncé que la possibilité de se retirer du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et de poursuivre le développement de l’arme nucléaire était à l’étude, sous la supervision de la Commission de sécurité nationale et en coordination avec d’autres institutions du régime.
Menace de frappes israéliennes
Le régime des mollahs en Iran est confronté à un dilemme crucial. Son existence même est menacée. La population ne peut plus supporter de nouvelles pressions économiques ni une nouvelle guerre.
Ces inquiétudes se sont accrues avec la possibilité de nouvelles frappes israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes en cas d’échec de la diplomatie nucléaire. En juin, un jour avant une nouvelle ronde de négociations avec les États-Unis, des frappes aériennes israéliennes, suivies de trois frappes américaines, ont secoué Téhéran et déclenché une guerre de 12 jours.
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont averti qu’en cas de reprise de l’enrichissement d’uranium, ils frapperont à nouveau l’Iran.
Sanctions et incertitudes à Téhéran
Le 28 août, les trois pays européens ont activé le mécanisme de rétorsion et accusé le régime iranien de violation de l’accord de 2015. Le rétablissement des sanctions a été mis en œuvre après l’échec des tentatives de report lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Des responsables du régime ont déclaré que ces sanctions les inciteront à adopter une position plus ferme sur le dossier nucléaire. Cependant, les analystes estiment que la menace de frappes israéliennes limite la marge de manœuvre de Téhéran. Néanmoins, Hossein Shariatmadari, représentant du guide suprême Ali Khamenei dans le journal Kayhan, principal quotidien étatique, a écrit : « Puisque les autorités ne sont pas prêtes à se retirer du TNP, le parlement devrait adopter en urgence un projet de loi interdisant les inspections de l’AIEA. »
Selon des sources, les divergences au sein des élites dirigeantes concernant la gestion de la crise se sont accentuées. Certains réclament une position plus dure, tandis que d’autres mettent en garde contre le risque d’accélérer le déclin du régime. Parallèlement, avec le renforcement de la politique de « pression maximale » de Trump, certains décideurs à Téhéran estiment que « maintenir le statu quo – ni guerre, ni accord, mais poursuite des négociations – est la meilleure option ».
Les sanctions de l’ONU restreignent encore davantage le commerce iranien. Ces sanctions comprennent de sévères restrictions sur les exportations de pétrole, le secteur bancaire et financier, un embargo sur les armes, l’interdiction de l’enrichissement et du retraitement de l’uranium, des limitations aux programmes de missiles, la saisie des avoirs et l’interdiction de voyager pour les responsables iraniens.
Colère populaire et pression économique
Face à ces défis, la méfiance de la population envers le régime, due aux problèmes économiques, s’accroît. Le taux d’inflation officiel est de 40 %, mais certaines estimations le situent à plus de 50 %. Les médias locaux ont rapporté une forte hausse des prix des produits alimentaires, du logement et des services publics.
Un professeur d’école primaire à Téhéran a déclaré à Reuters : « Nous avons déjà du mal à joindre les deux bouts. De nouvelles sanctions signifient une pression économique accrue. Comment allons-nous survivre ? »
Les dirigeants iraniens craignent que cette insatisfaction populaire ne se transforme en
manifestations et ne fragilise encore davantage leur position, tant intérieurement qu’à l’international. Jusqu’à présent, le régime a évité l’effondrement économique grâce à la Chine, son principal acheteur de pétrole. Mais avec le retour des sanctions de l’ONU, l’avenir des exportations de pétrole et du commerce extérieur de l’Iran est plus incertain que jamais.

