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Les Iraniens jouent avec le temps

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Le Figaro, 23 août – Par Delphine Minoui -Téhéran a appelé hier à une reprise des négociations sur son programme atomique mais n’a fait aucune concession sur la question clé de l’enrichissement de l’uranium.

Ni «oui» ni «non». C’est une longue réponse en demi-teinte qu’a donnée hier l’Iran à l’offre des grandes puissances sur son programme nucléaire. Selon les propos de Mohammad Saeedi, le vice-président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, cité par la presse iranienne, la contre-proposition de Téhéran au paquet de mesures incitatives constituerait «une occasion exceptionnelle» à une reprise des négociations. Dans une déclaration reprise par la télévision d’État, Ali Laridjani, le négociateur en chef dans le dossier nucléaire, a même invité les Occidentaux à les reprendre dès aujourd’hui. Mais, une fois de plus, Téhéran cherche à contourner la condition essentielle posée par le Conseil de sécurité de l’ONU : le renoncement à l’enrichissement de l’uranium.

Hier soir, les Chancelleries occidentales étaient plongées dans la lecture de l’épais pavé, mais, à la demande de leurs interlocuteurs iraniens, se voyaient dans l’impossibilité de fournir plus de détails à la presse sur son contenu. Sur des images diffusées par la télévision iranienne, on voyait Ali Laridjani remettre le document officiel aux diplomates représentant les États-Unis (dont les intérêts, à Téhéran, sont confiés à la Suisse), la Russie, la Chine, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

La courtoisie iranienne était au rendez-vous, avec thé et sucreries, dans l’enceinte protégée du Conseil suprême de sécurité nationale. Mais, comme souvent dans ce dossier, les Iraniens ont répondu… à l’iranienne, c’est-à-dire avec une multitude de détours. «La République islamique d’Iran est accusée d’essayer de gagner du temps, mais elle a donné sa réponse de manière raisonnable, juste et constructive aux exigences évoquées dans le paquet», a déclaré Laridjani.

PROGRAMME CLANDESTIN

Le négociateur iranien a saisi l’occasion pour réitérer la «déception de l’Iran» face à la machine onusienne. À la suite de l’offre de mesures incitatives, présentée le 6 juin par les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, Téhéran avait fait savoir qu’il remettrait sa réponse le 22 août. Entre-temps, il dit avoir été pris de cours par la résolution de l’ONU – adoptée le 31 juillet –, qui exige de la République islamique qu’elle suspende l’enrichissement de son uranium sous peine de sanctions.

Ces dernières semaines, les Iraniens avaient déjà profité du conflit opposant Israël au Hezbollah pour mettre en doute la crédibilité de l’ONU. L’accusant de «poursuivre d’autres objectifs que la paix dans le monde», le président Ahmadinejad a réclamé l’expulsion des États-Unis et de la Grande-Bretagne du Conseil de sécurité.

Aujourd’hui, la République islamique continue à arguer qu’elle ne viole aucune de ses obligations dans le cadre du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et qu’elle ne cherche qu’à produire de l’électricité, au nom d’un droit légitime à l’indépendance énergétique. Mais les Occidentaux, échaudés par le programme clandestin maintenu par Téhéran pendant des années, craignent que les Iraniens ne cherchent à développer l’arme atomique.

COMPROMIS

Ils se disent refroidis par l’attitude pleine de défi adoptée par le gouvernement iranien depuis l’élection du président Ahmadinejad il y a un an. «Nous nous sommes efforcés de jouer les colombes, soupire-t-on côté européen. Mais aujourd’hui, nous sommes à court d’arguments pour jouer les intermédiaires entre l’Iran et l’Amérique. Comment essayer de défendre les Iraniens quand ils refusent toute forme de compromis sur l’enrichissement d’uranium, quand ils comparent l’Holocauste à un mythe ou quand ils soutiennent le Hezbollah…»

À Téhéran, certains plaident pour un compromis. Des centres d’études (think-tanks) proches des milieux réformateurs s’évertuent à convaincre le régime de l’intérêt d’une suspension temporaire de l’enrichissement d’uranium (pendant un ou deux ans), puis de sa reprise progressive à un niveau faible, afin de regagner la confiance internationale. Seront-ils entendus ? «L’histoire moderne – guerre Iran-Irak, prise d’otages à l’ambassade américaine – a prouvé que l’Iran finit toujours par revenir à la sagesse», confiait récemment au Figaro le politologue Morteza Firouzi. «Mais il est également possible que certaines forces radicales, favorables à la bombe, cherchent à jouer avec le temps», ajoutait-il.

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