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Pourquoi Reza Pahlavi ne parvient-il pas à se taire ?

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Reza Pahlavi, souvent désigné dans le discours politique iranien comme le « fils du shah », a affirmé, lors d’une intervention au Parlement suédois le 13 avril, que ce qui se passe en Iran est une révolution contre la révolution de 1979. Autrement dit, Reza Pahlavi prétend que, lors des soulèvements récents de 2022 à 2025, le peuple iranien poursuit des revendications et des idéaux en opposition directe avec ceux de 1979. D’un point de vue scientifique et sociologique, une telle affirmation est-elle même valable ? Que signifie réellement une révolution ? La sociologie a-t-elle déjà identifié un tel phénomène dans ses archives historiques ?

Une révolution est toujours une action menée contre l’ordre et le système politique en place, en réaction à des crises actuelles – et non une réaction à une révolution historique passée et révolue.

De ce point de vue, l’expression « révolution contre une révolution » est conceptuellement contradictoire. Une révolution est un événement historique et ne peut, par elle-même, faire l’objet direct d’une action politique. Ce qui peut devenir la cible de protestations ou de révolutions, c’est le système politique issu de ces révolutions. Cette distinction est essentielle à l’analyse de nombreuses transformations historiques. Par exemple, lors de la Révolution française, les événements postérieurs à 1789 – y compris la Terreur, voire la restauration de la monarchie – ne sont jamais interprétés comme une révolution contre la révolution, mais plutôt comme différentes phases de sa consolidation ou de sa déviation. On observe le même schéma lors de la Révolution russe, où les événements postérieurs à 1917, de la guerre civile au stalinisme, sont perçus non comme une négation de la révolution, mais comme sa réinterprétation, voire sa déviation.

Analyse historique de la révolution de 1979

Si l’on étend ce cadre théorique à l’Iran, il apparaît clairement que la révolution de 1979 doit également être comprise comme un processus historique impliquant un ensemble de revendications et de coalitions sociales, et non comme un point final et statique pouvant faire l’objet d’une négation ou d’une affirmation absolue.

Cependant, l’une des caractéristiques importantes des révolutions réside dans le décalage entre leurs idéaux initiaux et leurs aboutissements institutionnels. De nombreux théoriciens de la révolution ont souligné que, lors de la consolidation du pouvoir, les révolutions connaissent souvent un retour à la concentration du pouvoir ou une restriction des libertés. Ce phénomène n’est pas exceptionnel, mais relève de la logique interne des révolutions, car, en période d’instabilité, les forces politiques se tournent vers la centralisation pour préserver l’ordre. Dans ces circonstances, le fossé entre les attentes de la société et les performances du système politique se creuse, créant ainsi un terreau fertile pour de nouvelles contestations. Comme l’a montré la révolution iranienne, Khomeiny a exploité une opportunité historique créée par la répression des forces sociales radicales et révolutionnaires par le shah, s’est approprié la révolution populaire et le mouvement des forces démocratiques, et a imposé une dictature moyenâgeuse au peuple iranien – une dictature sans aucun lien avec la révolution populaire.

Dans ce contexte, les soulèvements et les transformations sociales de l’Iran contemporain peuvent être analysés comme une réaction à cette trahison historique perpétrée par Khomeiny et les vestiges de son système politique. Les revendications qui animent aujourd’hui la société iranienne – libertés civiles, droits civiques, démocratie et émancipation des femmes – non seulement ne contredisent pas les slogans initiaux de la révolution de 1979, mais les reflètent souvent dans un contexte nouveau.

Du point de vue de la sociologie historique, les transformations sociales s’opèrent de manière cumulative et par strates. Aucune révolution ne surgit ex nihilo, et aucun mouvement n’est jamais totalement détaché de son passé. Même les mouvements qui se définissent par opposition au passé sont, dans les faits, nourris par des concepts, des expériences et des discours antérieurs.

Pourquoi une révolution contre une révolution n’a-t-elle jamais lieu ?

Un autre point important est que les révolutions se forment généralement en réaction à une injustice perçue et à la perte de légitimité du système politique en place. Ces concepts relèvent de la situation présente, et non du passé historique. Lorsque le fossé entre les attentes de la société et l’action du gouvernement se creuse, la capacité de mobilisation sociale s’accroît, rendant possibles les mouvements de protestation, voire les mouvements révolutionnaires. Là encore, l’enjeu principal réside dans l’ordre établi. Même si cet ordre trouve ses racines dans une révolution, ce qui est contesté, c’est la structure et le fonctionnement actuels d’une dictature fasciste, et non la révolution elle-même en tant qu’événement historique.

On peut donc affirmer que la description par Reza Pahlavi d’une révolution contre la révolution de 1979 constitue une simplification, voire une distorsion conceptuelle, qui ignore la complexité des transformations sociales. Soit il ne comprend absolument rien au changement social, soit il feint délibérément l’ignorance. En négligeant la distinction entre révolution et système post-révolutionnaire, cette expression tente de suggérer une rupture totale, alors que les données théoriques et historiques indiquent au contraire une forme de continuité et de réinterprétation entre les revendications actuelles du peuple et celles de 1979.

Pourquoi Reza Pahlavi ne parvient-il pas à se taire ?Du point de vue de la science politique et de la sociologie, les révolutions ne sont pas perçues comme des aboutissements, mais comme le point de départ de processus de transformation sociale de longue durée. Ces processus peuvent comporter des périodes de progrès, de régression, de déviation ou de reconstruction, mais ils demeurent toujours interdépendants. Dès lors, les développements actuels en Iran doivent également être compris comme faisant partie intégrante de ce processus historique – un processus entamé en 1979 et toujours en cours.

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