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M. Poutine opposé à un usage de la force contre l’Iran

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Le Monde, 17 octobre – Par Natalie Nougayrède – En visite en Iran, mardi 16 octobre, Vladimir Poutine a apporté son soutien au programme nucléaire iranien et s’est posé en adversaire résolu d’un recours à la force militaire contre Téhéran. « Nous ne devrions même pas songer à un usage de la force dans cette région », a déclaré le président russe.

M. Poutine participait, à Téhéran, au sommet des chefs d’Etat des cinq pays riverains de la Caspienne (Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie, Turkménistan). La déclaration finale engage les participants à ce sommet régional à ne pas utiliser l’un ou l’autre de leurs
territoires « pour mener une agression ou une action militaire contre l’une des parties ». Ce qui semble viser la coopération d’ordre militaire tissée entre les Etats-Unis et l’Azerbaïdjan, stratégiquement situé.

Les cinq pays ont en outre souligné le droit, « sans discrimination », de tout pays signataire du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) de « mener des recherches et d’utiliser l’énergie nucléaire dans des buts pacifiques », ce dont la République islamique d’Iran veut se prévaloir.

M. Poutine a ensuite eu des entretiens bilatéraux avec le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, puis avec le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a la haute main sur le programme nucléaire.

Avant ce voyage, le chef du Kremlin s’était démarqué des Occidentaux en déclarant, le 10 octobre, qu' »aucune donnée objective » ne permettait de conclure que Téhéran cherche à fabriquer une arme atomique. Il a par la suite appelé à la « patience » vis-à-vis de l’Iran, et affirmé que l' »intimidation » était vouée à l’échec.

La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, avait réagi en accusant l’Iran d’avoir menti sur ses recherches nucléaires. Un porte-parole du département d’Etat a indiqué, lundi, que les Etats-Unis attendaient de M.Poutine qu’il « transmette les préoccupations partagées par tous sur le fait que l’Iran ne se conforme pas aux demandes de la communauté internationale sur son programme nucléaire ».

Unis dans leur critique des Etats-Unis, les pouvoirs russe et iranien entretiennent des relations complexes. Celles-ci trouvent une part d’explication dans l’Histoire, si l’on se souvient de l’invasion par l’Union soviétique du nord de l’Iran en 1941, ou encore de l’assassinat par la foule de l’ambassadeur du tsar à Téhéran, Alexandre Griboïedov, en 1829…

Mais, en effectuant la première visite d’un dirigeant du Kremlin en Iran depuis le sommet de Téhéran de 1943 (Staline, Roosevelt, Churchill), Vladimir Poutine signale un retour de la Russie dans une région où sa diplomatie s’était effacée depuis une vingtaine d’années.

Annoncé d’abord en 2005, le voyage de M. Poutine en Iran avait été reporté à plusieurs reprises. Le déplacement a fait l’objet d’une certaine dramatisation côté russe, Moscou expliquant que le président Poutine se rendait en Iran en dépit d’informations faisant état de risques d’attentat contre lui dans ce pays.

MÉFIANCE RÉCIPROQUE

« Poutine va en Iran pour montrer l’importance de poursuivre la diplomatie », a souligné un porte-parole du Kremlin, ajoutant que Téhéran serait incité à coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui doit rendre un rapport sur cette question avant la fin novembre. A la demande de Moscou, le Conseil de sécurité de l’ONU ne se penchera sur aucune sanction nouvelle contre Téhéran avant l’écoulement de ce délai.

La capacité du président russe à infléchir le comportement iranien semble cependant limitée. La méfiance est palpable entre Moscou et Téhéran, depuis que la République islamique a rejeté, en 2006, une offre d’enrichissement d’uranium sur le territoire russe.

A Téhéran, M.Poutine n’a publiquement fourni aucune assurance quant à la mise en route de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, que les Russes construisent depuis 1995 sur les rives du Golfe, mais où les retards se sont accumulés. Seule l’agence de presse officielle iranienne Irna a affirmé que le chef du Kremlin aurait dit que « la Russie s’engage à finir la centrale de Bouchehr et à fournir le combustible ».

Source d’irritation pour Washington, Moscou a intensifié ces dernières années ses livraisons d’armement à l’Iran, notamment des systèmes de défense antiaérienne utiles pour la protection des sites nucléaires.
Sur le plan énergétique, la Russie bénéficie des tensions entre l’Iran et les Etats-Unis, qui contribuent à préserver sa position dominante pour l’évacuation des hydrocarbures d’Asie centrale et de la Caspienne vers les marchés mondiaux.

A l’issue de sa visite à Téhéran, M.Poutine a invité le président Ahmadinejad à se rendre en Russie.

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