IranNucléaireKhalilzad : «Le temps joue pour l'Iran»

Khalilzad : «Le temps joue pour l’Iran»

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Le Figaro, 25 février – Zalmay Khalilzad, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a accordé un entretien au Figaro alors que le Conseil de sécurité examine depuis jeudi un troisième train de sanctions pour convaincre Téhéran de suspendre son programme d’enrichissement de l’uranium. Le nouveau projet de résolution et le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique font l’objet d’une réunion des Six (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) aujourd’hui à Washington. Zalmay Khalilzad, l’un des néoconservateurs ayant milité pour le renversement de Saddam Hussein, évoque aussi la situation dans les deux pays où il fut ambassadeur, l’Irak (2005 à 2007) et l’Afghanistan (2003-2005), dont il est originaire.

LE FIGARO. Croyez-vous à l’impact des sanctions contre l’Iran ?
Zalmay KHALILZAD. Les résolutions existantes ont eu un impact. Les restrictions sur les transactions financières ajoutent aux difficultés économiques auxquelles l’Iran est confronté. La nouvelle résolution contre laquelle les Iraniens se battent mettra une pression supplémentaire.

LE FIGARO. Combien de temps accordez-vous à la diplomatie ?
Je ne veux pas faire de prévision sur ce point. Nous avons dit que nous voulions résoudre ce problème par la diplomatie et plus tôt nous y parviendrons, mieux cela vaudra. D’un certain point de vue, le temps ne joue pas en notre faveur : les Iraniens projettent maintenant de mettre au point une nouvelle génération de centrifugeuses, plus efficaces, et s’ils maîtrisent la technologie pour produire de la matière fissile ils auront accès à un uranium enrichi supérieur (utilisable à des fins militaires aussi bien que civiles, comme l’indique le dernier rapport de l’AIEA, NDLR). Compte tenu du fait que l’Iran a eu un programme d’armement nucléaire, en violation de ses obligations à l’égard du traité de non-prolifération, compte tenu de la politique du régime, de sa rhétorique, de ses associations avec certains groupes, de la situation de l’Iran dans une région instable, il serait trop risqué de le laisser acquérir la capacité de se doter d’armes nucléaires.

En revanche, nous comprenons le désir de l’Iran de se doter d’un programme nucléaire civil pour la production d’électricité et nous voulons travailler avec lui sur la fourniture de combustible pour ses réacteurs, à condition qu’il suspende ses activités d’enrichissement et de retraitement de l’uranium, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

Je crois donc que le monde ne demande pas trop. Il ne demande même pas de mettre fin à ce programme, mais de le suspendre afin de négocier une solution sur l’enrichissement et le retraitement.
LE FIGARO. L’option militaire est-elle encore sur la table ?
Comme le président Bush l’a dit et répété, il ne retire aucune option, mais il a aussi dit et répété que nous sommes dans une phase diplomatique.

LE FIGARO. Un dialogue direct entre Washington et Téhéran fait-il partie des options ?
Là où le dialogue peut être utile, nous sommes prêts à l’envisager comme l’ont dit le président et la secrétaire d’État, Condoleezza Rice. Si les Iraniens se mettent en conformité avec les résolutions du Conseil de sécu¬rité, en d’autres termes, s’ils suspendent (leurs activités d’enrichissement), nous serions disposés à nous asseoir et à discuter avec eux de tout, y compris de la question nucléaire. La secré¬taire d’État pourrait elle-même participer à un tel dialogue. Il y a des gens qui disent que l’Iran souhaite un dialogue avec les États-Unis. Si ce désir est sérieux, alors le prix qui est demandé à l’Iran n’est pas très élevé.

LE FIGARO. En Irak, qu’attendez-vous de l’ONU ?
L’été dernier, à notre initia¬tive, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité une résolution prévoyant un rôle élargi de l’ONU dans trois domaines : la réconciliation interne, car il faut aider les Irakiens à surmonter leurs divisions ; la réconciliation régionale, qui facilitera la première, car l’Irak est entre les mondes arabe, perse et turc, entre chiites et sunnites ; enfin le problème des réfugiés et des personnes déplacées.

LE FIGARO. Une partie des moyens militaires mobilisés en Irak seront-ils redéployés en Afghanistan ?
Il appartiendra au président d’en décider. Nous sommes actuellement en train d’augmenter nos forces en Afghanistan de quelque trois mille hommes. Des efforts sont en cours pour accroître les capacités militaires de l’Alliance. L’annonce d’une augmentation de la participation de la France est bienvenue. Mais il faut aussi agir pour améliorer la coordination du civil et du militaire et la future nomination d’un représentant des Nations unies, avec la stature et le mandat nécessaires, va dans ce sens. Le mandat de l’ONU en Afghanistan sera renouvelé en mars et nous verrons à quels ajustements procéder.

LE FIGARO. Êtes-vous optimiste ?
Les Afghans ont besoin de bons programmes et de bons dirigeants conscients de leur responsabilité. Il leur faut une justice pour faire face à la corruption et une volonté de traiter le problème des narcotiques. Je suis préoccupé par certaines tendances mais confiant qu’avec les bonnes décisions de la part du pouvoir et le soutien continu de la communauté internationale ces obstacles pourront être surmontés.

LE FIGARO. Vous avez démenti votre éventuelle candidature à la présidence afghane. Qu’est-ce qui pourrait vous faire changer d’avis ?
Je ne suis pas candidat. Quand je quitterai mon poste d’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, j’irai travailler dans le secteur privé aux États-Unis.

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