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Iran: avoir un chien, une mode clandestine en République des mollahs

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TEHERAN, 11 juin 2013 (AFP): Par Mitra AMIRI – Les Iraniens promènent leur chien en cachette car il risque d’être confisqué et son propriétaire mis à l’amende: avoir un chien est vu par les autorités comme une mode importée de l’Occident contraire aux moeurs islamiques.

Promener son chien dans un lieu public ou le transporter en voiture est interdit, sous peine de voir l’animal saisi et le véhicule confisqué, selon de nouvelles mesures draconiennes adoptées le mois dernier.

L’engouement pour les chiens ne cesse d’augmenter dans la République islamique, même si les coutumes musulmanes les considèrent comme « najes » (impur en farsi) lorsqu’ils vivent à l’intérieur du domicile.

« On vend de plus en plus de chiens ces dernières années », explique Soroush Mobakari, propriétaire d’une animalerie dans un centre commercial de Téhéran. « Nous vendons 15 à 20 chiens par mois, mais je connais des confrères qui en vendent bien plus », ajoute le vétérinaire de 34 ans.

Mais les transactions se sont plus si faciles. Depuis 2010, il est interdit de les exposer dans les animaleries, qui n’ont plus le droit de passer d’annonces dans la presse.

« Comme on n’a plus le droit d’avoir des chiens dans le magasin, je les amène une fois la vente conclue avec le futur propriétaire », explique M. Mobakari.

Depuis une dizaine d’années, les Iraniens aisés se sont entichés des chiens de compagnie, comme d’un signe extérieur d’une certaine opulence et d’ouverture aux moeurs occidentales.

Certains « veulent un chien comme ils veulent une voiture de luxe », observe le Dr Mobaraki.

Voir des chiens de salon habillés de tenues de créateurs occidentaux ou promenés en laisse dans les quartiers cossus du nord de Téhéran a suscité la colère des religieux les plus intransigeants.

En juin 2010, un important religieux, le Grand Ayatollah Naser Makarem Shirzi, a qualifié cette mode d' »imitation aveugle » de la culture occidentale.

« Beaucoup d’Occidentaux préfèrent leur chien à leur femme ou enfant », a-t-il dit, avertissant qu’elle mènerait à l’affaiblissement des valeurs familiales.

Dans la foulée, le gouvernement interdisait aux médias de publier la moindre publicité sur les animaux de compagnie et imposait une amende aux propriétaires pris la main en laisse.

En 2011, des députés avaient demandé sans succès l’interdiction des chiens dans les appartements car ils posaient un « problème culturel » et représentaient un danger pour la santé publique.

Les restrictions ont été accrues en mai et en plus d’une simple amende, les propriétaires risquent désormais la saisie de leur animal.

La police « agira contre ceux qui promènent leur chien dans les rues, les voitures transportant des chiens seront également saisies », a annoncé le chef adjoint de la police nationale, Ahmad Reza Radan.

La Société iranienne contre la cruauté envers les animaux a dénoncé des « arrestations généralisées de chiens » emmenés dans « des lieux inconnus » et, selon des propriétaires, affamés jusqu’à la mort.

La légalité de la répression est contestée par les militants de la cause animale. « Aucune loi n’interdit la possession ou le transport des chiens », a affirmé dans une lettre ouverte la société iranienne contre la cruauté envers les animaux.

La saisie d’un animal de compagnie peut seulement intervenir en cas d’infraction aux règles d’hygiène, et avec un « ordre judiciaire », assure Bahman Keshavarz, ancien responsable de l’Association des avocats iraniens, au quotidien Bahar.

Mais les propriétaires prennent leurs précautions: Nahal, 28 ans, a choisi de promener son Loulou de Poméranie, Toranj, tard le soir. « Pour moi, ce n’est pas qu’un animal de compagnie, mais un membre de la famille », assure à l’AFP Nahal, qui n’est pas près d’y renoncer.

Une autre propriétaire, qui souhaite conserver un anonymat complet, dit ne plus oser promener son chien dans les endroits publics.

Depuis l’interdiction de la publicité, les ventes se font aussi par internet. On trouve désormais sur la toile de nombreuses offres émanant d’éleveurs ou de particuliers.

Certains vétérinaires doivent faire des visites à domicile pour les soins ou les vaccinations car les propriétaires ne veulent plus se déplacer.

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