BRUXELLES — Le 10 décembre 2025, le Parlement européen a été le théâtre d’une rencontre cruciale entre les dirigeants de l’opposition iranienne et des responsables politiques occidentaux. À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, une conférence de haut niveau organisée à Bruxelles a réuni Mme Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), ainsi qu’une coalition d’anciens ministres, de parlementaires et d’experts juridiques internationaux.
Les débats ont porté sur une double réalité alarmante : l’escalade sans précédent des exécutions par le régime iranien et la consolidation simultanée d’un mouvement de résistance organisé. Les intervenants ont décrit une crise des droits humains d’une ampleur sans précédent et ont présenté une « troisième voie » à la communauté internationale : un cadre politique qui rejette à la fois l’apaisement et l’intervention militaire étrangère, misant plutôt sur le peuple iranien pour démanteler la dictature religieuse.
https://www.ncr-iran.org/en/news/iran-resistance/eu-lawmakers-and-international-figures-call-for-accountability-in-iran-and-recognition-of-the-ncri-as-a-democratic-alternative/
Un régime qui bafoue les droits humains
La conférence s’est ouverte sur un constat alarmant des violences récentes du régime. Dans son discours d’ouverture, Mme Maryam Rajavi a présenté des statistiques montrant que le régime clérical a intensifié sa machine à tuer à des niveaux jamais atteints depuis des décennies. Elle a révélé qu’au cours du seul mois de novembre, le pouvoir judiciaire avait procédé à 335 exécutions.
Mme Rajavi a décrit un gouvernement qui « bafoue les droits humains au quotidien », soulignant le sort tragique de 18 prisonniers politiques condamnés à mort pour leur seule appartenance à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Elle a affirmé que cette intensification de la violence est un symptôme de désespoir plutôt que de force. « Jamais auparavant les mollahs n’ont eu autant besoin d’intensifier la répression, car jamais auparavant ils ne se sont sentis aussi proches d’être renversés », a-t-elle déclaré à l’assemblée.
Dominique Attias, présidente de la Fondation des juristes européens, a qualifié ces exécutions de « stratégie de terreur délibérée ». Elle a pointé du doigt la destruction systématique par le régime des charniers – profanant quelque 9 500 tombes datant des années 1980 – comme une « profanation ultime » visant à effacer les preuves des atrocités passées.
Stephen Rapp, ancien ambassadeur itinérant des États-Unis pour la justice pénale internationale, a apporté un éclairage juridique sur ces actions. Constatant que près de 2 000 exécutions ont été recensées cette année, Rapp a qualifié ces violences de crimes contre l’humanité. « Le schéma que nous observons aujourd’hui rappelle la logique de 1988 », a-t-il déclaré, faisant référence au massacre de 30 000 prisonniers politiques. Il a insisté sur le fait que les puissances occidentales doivent veiller à ce que la qualification erronée de l’OMPI comme organisation terroriste, qui a par le passé paralysé l’opposition, ne se reproduise « plus jamais ».
Exiger un changement de paradigme dans la politique de l’UE
L’un des thèmes centraux de l’événement était l’inadéquation des politiques européennes actuelles à l’égard de Téhéran. L’ancien député européen Struan Stevenson, qui animait la session, a rejeté l’utilité de frappes militaires limitées contre l’infrastructure du régime.
« Les frappes aériennes… ne peuvent pas déraciner l’épicentre de l’instabilité : la dictature cléricale de Téhéran », a affirmé Stevenson. Il a exhorté l’Union européenne à « mettre fin à la politique d’apaisement », appelant à la fermeture immédiate des ambassades iraniennes utilisées pour la répression et à la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste.
Cette préoccupation sécuritaire a été renforcée par le député européen Antonio López-Istúriz White, président de la délégation pour les relations avec le Mexique. Faisant référence à la tentative d’assassinat contre l’ancien vice-président du Parlement européen, Alejo Vidal-Quadras, à Madrid, il a averti qu’« aucune normalisation des relations UE-Iran n’est acceptable » tant que la répression transnationale se poursuit. M. López-Istúriz White a souligné que les réseaux supplétifs de Téhéran constituent une menace sécuritaire directe qui s’étend au-delà du Moyen-Orient et jusqu’en Europe même.
La « Troisième Option » et les Unités de Résistance
Malgré les condamnations, des intervenants ont présenté la « Troisième Option » du CNRI comme la seule voie viable vers la stabilité. L’ancienne eurodéputée Dorien Rookmaker a qualifié le régime de « mal absolu » et a plaidé pour l’adoption officielle du Plan en dix points de Mme Rajavi, qui envisage une république laïque et non nucléaire fondée sur l’égalité des sexes.
Kumi Naidoo, ancien secrétaire général d’Amnesty International, s’est concentré sur les facteurs démographiques à l’origine de ce mouvement. Il a décrit les Iraniennes et les Unités de résistance comme « le cœur battant de la lutte nationale ». Citant le cas de Zahra Tabari, une ingénieure de 67 ans condamnée à mort pour avoir brandi une banderole où l’on pouvait lire « Femme, Résistance, Liberté », Naidoo a affirmé qu’une telle répression extrême révèle la « faiblesse politique » du régime et sa peur de ses propres citoyens.
Rejeter le Shah et les mollahs
Un élément essentiel qui a marqué les débats a été le caractère tourné vers l’avenir de l’opposition. Le Dr Sina Dashti, médecin irano-suédois, a témoigné de la lutte générationnelle contre la tyrannie. Il a souligné que la société iranienne « rejette à la fois la monarchie et la théocratie », faisant remarquer que la répression des forces démocratiques par le Shah avait ouvert la voie à la dictature religieuse actuelle.
Mme Rajavi a appuyé cette position, déclarant que le peuple iranien aspire à une république démocratique qui rejette à la fois « l’autocratie du Shah et celle des mollahs ». Les intervenants se sont accordés à dire que l’expansion des Unités de résistance témoigne d’une volonté nationale de remplacer le régime théocratique par des élections libres et la séparation de l’État et de la religion.
Urgence juridique
L’événement s’est conclu par des appels urgents à une intervention juridique pour protéger les condamnés à mort. Mark Ellis, directeur exécutif de l’Association internationale du barreau, a averti que le régime s’efforce activement de « faire disparaître les preuves, de réduire les victimes au silence et d’instaurer l’impunité ». Il a exhorté les nations européennes à recourir à la compétence universelle pour poursuivre les responsables du régime, soulignant que les auteurs de ces crimes ne doivent pas croire que « le temps joue en leur faveur ».
L’avocate internationale des droits humains Azadeh Zabeti a insisté sur l’urgence de la crise. Elle a averti que l’exécution des 18 partisans de l’OMPI équivaudrait à des « assassinats politiques délibérés perpétrés par l’État », appelant la communauté internationale à reconnaître la feuille de route du CNRI comme la solution définitive à la crise.

