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N’oublions pas la dissidence iranienne

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Le Monde: EDITORIAL – On les a oubliés depuis l’écrasement du  » printemps iranien  » de 2009. On a oublié ces femmes et ces hommes courageux qui ne réclamaient qu’une chose : le respect du suffrage universel. On a oublié comment le régime – le  » guide  » Ali Khamenei et le président Mahmoud Ahmadinejad – a volé le résultat d’élections qui donnaient la victoire aux réformateurs.

Ceux qui ont osé protester, descendre mains nues dans la rue pour demander à la République islamique d’Iran qu’elle applique ses propres lois, ceux-là ont été condamnés à la prison, à la torture, au viol – parfois à l’exécution sommaire.

Et il s’est trouvé d’autres Iraniens tout aussi braves pour défendre leurs compatriotes, dire l’histoire de ces démocrates qui croupissent dans les prisons de cette autocratie à prétention religieuse, et notamment dans la plus sinistre d’entre elles, Evin, à Téhéran. Celle-ci est hélas aussi célèbre aujourd’hui qu’elle l’était du temps du régime du chah, et pour la même raison : la barbarie des traitements qui y sont appliqués aux détenus.

Le Parlement européen a eu la bonne idée, vendredi 26 octobre, de saluer deux d’entre ces grands patriotes iraniens et de leur décerner son prix Sakharov 2012. Le Russe Andreï Sakharov (1921-1989), Prix Nobel de la paix 1975, immense physicien, fut l’un des pères de la dissidence soviétique. Il bravait un système, un régime, un appareil policier. Distingués par le Parlement européen, l’avocate Nasrin Sotoudeh et le cinéaste Jafar Panahi paient aujourd’hui pour le même crime.

La première, militante des droits de l’homme, est emprisonnée à Evin, condamnée à onze ans de détention et à vingt ans d’interdiction d’exercer son métier, au seul motif qu’elle a voulu défendre les victimes de la répression de 2009. Le second, cinéaste de renommée mondiale, est assigné à résidence, condamné à six ans de prison, interdit d’exercer sa profession pour vingt ans, parce qu’il préparait un film sur la répression de 2009.

Dans l’Iran de 2012, on embastille une avocate, on fait taire un artiste. C’est la marque d’un régime qui doute de sa légitimité à un point tel qu’il lui faut écraser ceux qui incarnent la force du droit et celle de l’esprit.

Le Parlement européen avait songé à décerner son prix à deux des jeunes femmes du groupe de rock russe Pussy Riot. Celles-ci ont été condamnées à deux ans de camp pour avoir chanté en février une  » prière punk  » contre le président Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, toutes deux mères de jeunes enfants, ont été envoyées cette semaine dans les colonies pénitentiaires les plus dures du régime.

Avec l’approbation pleine de bonté de la Sainte Eglise orthodoxe et ce commentaire, vendredi, de M. Poutine :  » Il est normal que le tribunal ait prix une telle décision, car il ne faut pas saper les fondements de la morale. « 

Le président russe est l’un des soutiens du régime de Téhéran. Entre autocraties, il faut bien être solidaires.

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/10/28/n-oublions-pas-la-dissidence-iranienne_1782029_3208.html

 

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