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Iran – Lettre d’un des plus anciens prisonniers politiques au régime : « Vous n’avez aucun moyen de vous échapper… »

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Saïd Massoouri est l’un des plus anciens prisonniers politiques en Iran. Il a été arrêté en 2001 dans la ville de Dezfoul (sud-ouest de l’Iran) et a été accusé d’avoir des relations avec l’Organisation des Moudjahiddine du peuple d’Iran (OMPI). Durant ces 23 dernières années, ce prisonnier politique a été détenu dans la prison d’Ahwaz (sud-ouest de l’Iran), dans le sinistre prison d’Evin (à Téhéran) et dans la prison de Rajaï Shahr (à Karadj) et Ghezel Hessar (à Karaj). Le régime vient de vider Rajaï Shahr et a transféré les prisonniers à Evine et à Ghezel Hessar. C’est depuis cette dernière prison qu’il vient d’adresser une lettre ouverte à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de 2022 en Iran. S’adressant au régime, l’intitulé de sa lettre est le suivant : « Il n’y a aucun moyen de vous échapper… les mois de Chahrivar (correspondant au mois de septembre et anniversaire du soulèvement) arrivent… ».

Voici la traduction de cette lettre écrit avec l’encre du courage :

Après 23 ans derrière les barreaux, je pense avoir vu et vécu les pires conditions et crimes du pouvoir dans les prisons, ignorant que pouvait jamais exister un gouffre tel que Ghezel Hesar, mieux appelé « Ghezel Okhdoud ».

Okhdod signifie une fosse où des croyants (des chrétiens-ndt) étaient jetés et brûlés vifs (par un despote, selon le Coran-ndt).

La densité de la population qui affluait dans les fosses était si grande que les mères, les enfants, les vieux et les jeunes étaient entassés et brûlés dans le feu des criminels, et leur crime n’était que l’innocence.

Ghezal Hasar est un trou noir dans lequel, par la volonté du Guide suprême et les services d’un esclave criminel comme Ejeï (le chef du judiciaire-ndt), ils entassent les gens, jeunes et vieux, et les brûlent par le feu de leur crime.

Il n’y a aucune possibilité de nutrition, de sanitaire, de traitement de santé, et même un demi-mètre d’espace pour s’asseoir. Ils ont placé 15 à 16 personnes dans une pièce d’environ 9 mètres, et n’ont pas le droit de protester. Pas d’eau, pas de nourriture, pas de vêtements humains décents. Ils ne donnent rien aux prisonniers, à tel point que le personnel pénitentiaire est contraint d’abandonner ses chambres et sa nourriture pour les donner aux prisonniers, car un pseudo-humain appelé Hayat ol-Ghaib (Hechmatollah Hayat-ol Ghaib, directeur général des prisons-ndt) s’engage à faire disparaitre et effacer toute vie d’Iraniens, et toute dignité humaine, pour rendre service et agiter la queue devant le cannibal Ejeï pour qu’il lui jette des miettes de pain. Il veut combler le déficit budgétaire et gagner de l’argent pour le gouvernement de Raïssi, en pliant et écrasant les prisonniers sans défense dont les cris n’arrivent nulle part (la vente de la prison de Rajaï Shahr est également pour cette raison). …. Je crache sur toi, espèce de pseudo-humain.

Mais s’ils pensent être à l’abri de la colère et du ressentiment du peuple iranien, ils se trompent : le peuple iranien, jeunes et vieux, filles et garçons, enseignants et travailleurs, étudiants et retraités, attendent l’occasion. Si ce n’est pas à Chahrivar (septembre), ce sera à Mehr (octobre), si ce n’est pas à Mehr, ce sera à Aban (novembre).

Vous ne vous échapperez pas… les Chahrivars (correspondant au mois anniversaire du soulèvement-ndt) arrivent… »

Si je veux décrire les crimes qui ont lieu dans cette prison, cela restera impensable pour le bon sens, incompréhensible même pour nos compatriotes qui ne sont pas encore allés en prison.

En ce moment, plusieurs jeunes attendent d’être exécutés derrière les portes en fer et les murs en béton des cellules d’à côté, et même hier soir, plusieurs personnes ont été emmenées au dispensaire, couvertes de sang. Il y avait un ordre de ne pas s’occuper d’eux, même au point de désinfecter leurs plaies. Ils les ont donc simplement menottés, attachés et mis dans des cellules d’isolement de l’autre côté… alors qu’ils continuaient à saigner…

Même si ces prisonniers s’en prenaient à nous les prisonniers politiques pour nous tuer afin de reporter leurs exécutions, en faisant ouvrir une nouvelle affaire de meurtre (ce qui est la coutume), on ne peut les blâmer. Parce que c’est leur seul moyen d’échapper ou au moins de retarder leur exécution. Puisqu’il n’existe aucune instance de justice, et les exécutions sont uniquement destinées à réprimer et à intimider et point une question juridique… Il n’y a ni justice, ni droit à la défense, ni d’avocat. Tout est barbarie.

Cette prison est un petit exemple de ce que j’ai dit auparavant. La disparition de toute forme de vie humaine et de dignité. Nous sommes prêts à être tués en prison. Tout comme nos jeunes dans la rue, c’est le prix de la liberté et la liberté a un prix et non une excuse !

Les septembres et les novembres arrivent donc.

Mort au fascisme religieux

Vive la liberté et la démocratie

Saïd Massouri

Septembre 2023

Ghezal Hessar

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