BRUXELLES — Le 10 décembre 2025, le Parlement européen s’est retrouvé au cœur d’un tournant majeur dans le débat sur l’Iran. À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, une conférence de haut niveau a réuni des parlementaires de tous bords politiques, d’anciens Premiers ministres et des défenseurs des droits humains afin d’aborder la crise qui s’aggrave à Téhéran.
Organisée à Bruxelles, la conférence a été marquée par le discours d’ouverture de Mme Maryam Rajavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Cette rencontre a permis aux responsables politiques européens de déclarer que l’ère de la complaisance envers le régime clérical est révolue et d’exhorter l’Union européenne à reconnaître officiellement le droit du peuple iranien à renverser la dictature religieuse et à instaurer une démocratie laïque.
Un « moment exceptionnel »
La conférence s’est ouverte dans un contexte de crise profonde du régime, décrite par les intervenants comme étant en pleine déliquescence. Mme Maryam Rajavi a qualifié la situation actuelle de « moment exceptionnel », marqué par un effondrement économique, un isolement régional et une crise de légitimité irréversible pour les mollahs au pouvoir.
« Le régime n’a qu’une seule issue : la chute », a déclaré Mme Rajavi. Elle a soutenu que l’effondrement de l’« Axe de la résistance » régional de Téhéran et l’extension des manifestations à l’échelle nationale ont privé le Guide suprême de toute capacité de réforme. Elle a toutefois averti que cette faiblesse a poussé le régime vers une brutalité sans précédent.
Mme Rajavi a rapporté que le pouvoir judiciaire a procédé à « 335 exécutions » pour le seul mois de novembre, un chiffre qu’elle a cité comme preuve que le régime « bafoue les droits humains au quotidien ». Elle a souligné la menace immédiate qui pèse sur 18 prisonniers politiques actuellement dans le couloir de la mort, condamnés uniquement pour leur soutien à l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
« Jamais auparavant les mollahs n’ont eu autant besoin d’une répression accrue, car jamais auparavant ils ne se sont sentis aussi proches d’être renversés », a déclaré Rajavi à l’assemblée.
L’échec de la politique d’apaisement
Un thème récurrent chez les intervenants a été l’échec catégorique des stratégies diplomatiques occidentales qui privilégient le dialogue à la responsabilité. L’ancien Premier ministre belge et député européen Guy Verhofstadt a été sans détour, affirmant que des années d’apaisement n’ont « absolument rien donné ».
Verhofstadt a cité le meurtre de plus de 2 600 manifestants au cours des seize derniers mois comme preuve que le régime est imperméable à toute modération. Il a exhorté l’UE à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sur la liste des organisations terroristes et à mettre en œuvre des sanctions spécifiquement liées à l’exécution des prisonniers politiques.
Le sénateur italien et ancien Premier ministre Matteo Renzi a appuyé ce point de vue, suggérant que la brutalité du régime – illustrée par le meurtre de 46 prisonniers en seulement cinq jours – est le symptôme d’une faiblesse extrême. « Il faut admettre qu’il est impossible » de modérer le régime, a conclu Renzi. Il a soutenu que la seule voie viable est de soutenir le mouvement démocratique mené par Rajavi, dont la crédibilité est désormais reconnue tant en Iran qu’à l’étranger.
La « Troisième Option » : Non au Shah, non aux mollahs
Face à l’échec de la diplomatie et au caractère indésirable de la guerre, la conférence s’est cristallisée autour de la « Troisième Option » du CNRI : un changement de régime par le peuple iranien. Point crucial, les intervenants ont insisté sur le fait que ce mouvement rejette toute forme de dictature, passée et présente.
« La société iranienne ne retournera ni à la dictature du Shah ni ne restera prisonnière du joug clérical », a déclaré Rajavi.
Le député européen Leoluca Orlando a mis en lumière les soixante ans d’histoire de résistance de l’OMPI, rappelant que l’organisation avait combattu la SAVAK du Shah, tout comme elle combat aujourd’hui les Gardiens de la révolution des mollahs. Il a déclaré que ce double rejet démontre que les Iraniens refusent l’autocratie, « quel que soit le symbole qu’elle arbore – couronne ou autorité cléricale ».
Le député européen Pekka Toveri a appuyé cette affirmation, déclarant que l’avenir de l’Iran « est celui d’une république démocratique et laïque ». Il a averti que la communauté internationale se devait de respecter la vision du peuple iranien d’un avenir libéré de tout pouvoir héréditaire ou divin. M. Toveri a également souligné que la résistance n’est pas spontanée ; il a décrit les Unités de résistance de l’OMPI comme « une lutte structurée pour le changement démocratique », capable de coordonner des frappes sous surveillance létale.
L’ancien député européen Ryszard Czarnecki a cité des opérations spécifiques, telles que l’autodafé de la propagande du régime, comme preuve que « le peuple iranien ne capitulera pas ».
Craintes d’un nouveau massacre
L’urgence de la session a été accentuée par la crainte que Téhéran ne prépare une purge massive similaire au massacre de prisonniers politiques de 1988. Le député européen Francisco Assis a averti que la récente augmentation des condamnations à mort est le signe avant-coureur d’un « nouveau massacre potentiel ». Il a affirmé que l’Europe ne peut se permettre de répéter l’« échec » du silence survenu il y a des décennies et a appelé à la suspension des relations diplomatiques.

