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La dernière lettre d’Ali Akbar Daneshvarkar offre un témoignage personnel depuis les couloirs de la mort en Iran

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Le régime iranien tente de faire taire la voix des dissidents par le biais d’exécutions brutales. Mais dans le cas d’Ali Akbar « Shahrokh » Daneshvarkar, le régime a totalement échoué. Fin 2025, après la confirmation de sa condamnation à mort, Shahrokh a envoyé un long message retraçant son évolution politique au fil des décennies.

Le 30 mars 2026, les autorités iraniennes ont exécuté Daneshvarkar aux côtés de Mohammad Taghavi ; tous deux étaient membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Selon les rapports entourant cette affaire, ces exécutions ont fait suite à des mois de détention, d’interrogatoires et de procédures judiciaires.

Le dernier message de Daneshvarkar, rédigé après la réaffirmation de sa condamnation à mort en novembre 2025, se présente à la fois comme des mémoires et une déclaration politique. Dans cette lettre, il raconte son enfance, son soutien initial à la République islamique après la révolution de 1979, sa désillusion progressive vis-à-vis du système politique et, finalement, sa décision de soutenir l’OMPI.

« Je suis Shahrokh Daneshvar », commence la lettre. « Né le 4 septembre 1966 à Téhéran. J’ai étudié le génie civil à l’université Khajeh Nasir et, à l’heure actuelle, je suis sous le coup d’une condamnation à mort. »

Tout au long du texte, Daneshvarkar dépeint sa vie comme une quête de justice et une opposition à l’oppression. Il évoque ses parents comme des personnes qui lui ont appris « à être sensible à l’oppression et à chercher à aider les autres ». Il décrit également des périodes passées dans des zones rurales, notamment dans des villages de la région de Bashagard et près de Konarak, dans la province du Sistan-et-Baloutchistan.

Son récit oscille entre souvenirs personnels et tournants politiques. Jeune homme, dit-il, il a participé à des activités liées au régime iranien, tant pendant qu’après la révolution. Il a fréquenté les mosquées et les cours de séminaires islamiques, a travaillé sur des campagnes d’alphabétisation et a pris part à des activités en lien avec la guerre Iran-Irak.

Pourtant, il décrit un sentiment croissant de conflit intérieur à mesure qu’il était témoin de la violence et de la répression. « Cette quête de vérité et cette volonté de lutter contre l’oppression qui m’animent ne m’ont pas permis de passer indifféremment à côté du massacre des prisonniers », a-t-il écrit.

Daneshvarkar affirme que cette période l’a conduit à remettre en question le principe du *Velayat-e Faqih* — la doctrine du pouvoir clérical qui constitue le fondement idéologique de la République islamique.

« Que signifie le *Velayat-e Faqih* ? » a-t-il demandé dans sa lettre. « Cela signifie que je suis une brebis et que le Guide suprême doit être mon berger. »

Cette lettre offre également un aperçu des frustrations éprouvées par certains Iraniens qui, par le passé, soutenaient une politique réformiste au sein même du cadre politique existant. Daneshvarkar décrit l’élection de l’ancien président Mohammad Khatami en 1997 comme un moment où il a cru qu’une réforme progressive pouvait être possible.

« Cela semblait être une belle idée : celle qu’à force de réformes par étapes, le régime puisse être réformé », a-t-il écrit.

Selon son témoignage, cette conviction s’est finalement effondrée après des années de déception. Il qualifie les efforts de réforme d’« impasse » et affirme avoir fini par conclure que le système politique lui-même ne pouvait être changé de l’intérieur.

Les réflexions de Daneshvarkar reviennent à plusieurs reprises sur des moments de troubles nationaux, et plus particulièrement sur les manifestations d’envergure nationale de décembre 2017 et novembre 2019, au cours desquelles les forces de sécurité ont tué au moins 1 500 civils.

Il met ces événements en contraste avec les positions adoptées par certaines figures de l’opposition situées en dehors du régime. Dans son message, il critique Reza Pahlavi pour avoir prôné une « lutte non violente » après la répression de 2019, arguant qu’une telle approche ne correspondait pas au niveau de force déployé par les autorités étatiques.

Daneshvarkar écrit qu’à ce stade, il estimait que peu de groupes d’opposition appelaient ouvertement au renversement du gouvernement. Il explique que cette prise de conscience l’a orienté vers l’OMPI, et ce, malgré ce qu’il décrit comme des années passées à entendre des représentations négatives de cette organisation.

« J’avais entendu tant de choses négatives au sujet des Moudjahidines que j’étais terrifié à l’idée même de m’en approcher », a-t-il écrit.

La lettre énumère plusieurs questions qu’il se posait initialement au sujet de l’OMPI, notamment concernant les années passées en Irak, ses positions idéologiques et sa structure interne. Selon son propre récit, sa perception a évolué après avoir examiné les discours et les positions politiques associés à l’organisation ainsi qu’à ses dirigeants, Massoud Rajavi et Maryam Rajavi.

Daneshvarkar fait référence à maintes reprises au « Plan en dix points » de Maryam Rajavi, le décrivant comme une plateforme politique répondant aux préoccupations relatives à la liberté et à la gouvernance. Il met également en lumière des déclarations de Mme Rajavi soulignant son attachement à « la liberté du peuple iranien ».

L’un des thèmes récurrents du texte réside dans la distinction établie par Daneshvarkar entre les mouvements politiques axés sur le pouvoir et ceux qu’il considérait comme axés sur la liberté.

« Khatami, avec son « dialogue national », cherche toujours à obtenir une part du pouvoir aux côtés de Khamenei », a-t-il écrit. « Reza Pahlavi a publié un « livret d’urgence » dans lequel il subordonnait toutes les nominations et révocations à son propre avis royal. »

Par contraste, il a décrit l’OMPI comme étant vouée à « la liberté du peuple ».

Les dernières sections de la lettre adoptent un ton plus personnel et introspectif. Daneshvarkar décrit son parcours politique comme « la voie de l’évolution » et écrit que chaque étape de sa vie l’a poussé davantage vers la confrontation avec ce qu’il percevait comme de l’oppression.

« Chaque jour qui passe, je deviens plus fier, plus inébranlable et plus résolu sur la voie que j’ai empruntée », a-t-il écrit.

Il conclut par une déclaration qui fait écho aux slogans historiquement utilisés par les opposants tant à la monarchie qu’au régime des mollahs.

« Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême », a-t-il écrit.

La dernière lettre d’Ali Akbar Daneshvarkar offre un témoignage personnel depuis les couloirs de la mort en IranDans les dernières lignes de sa déclaration, Daneshvarkar affirme qu’il « donnerait une fois de plus sa vie pour la liberté » du peuple iranien et a juré de « tenir bon jusqu’au bout ».

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