Les indicateurs actuels suggèrent qu’une grande partie de la société iranienne ne fait pas face à une pénurie absolue de marchandises, mais à une grave détérioration de l’accès économique aux denrées alimentaires essentielles. L’exclusion des produits laitiers, de la viande, du poulet et de nombreux produits de base du panier de consommation des ménages à faibles revenus constitue un signal d’alarme majeur pour la sécurité alimentaire du pays.
L’effondrement du pouvoir d’achat et la réduction du panier alimentaire des ménages
L’inflation et la stagnation économique en Iran ont atteint un stade où leurs effets sont clairement perceptibles dans les habitudes de consommation de la population. Les rapports sur le marché du travail indiquent que la consommation de produits laitiers par habitant en Iran a chuté pour atteindre environ un cinquième de la moyenne mondiale.
Le prix du lait cru a plus que triplé en peu de temps, et les produits laitiers ont subi des hausses de prix dépassant les 100 %. Les premières victimes de cette tendance sont les familles de travailleurs et les catégories sociales à faibles revenus.
Parallèlement, la stagnation économique a restreint les opportunités de revenus. De nombreuses petites et moyennes entreprises ont vu leur activité ralentir, leurs ventes chuter ou ont dû fermer leurs portes. Le résultat de cette double tendance est évident : le coût de la vie augmente rapidement alors que les revenus ne suivent pas le rythme.
La famine se résume-t-elle à une absence de nourriture ?
Dans la littérature économique, la famine ne signifie pas nécessairement que les entrepôts sont vides. L’économiste et prix Nobel Amartya Kumar Sen a démontré dans ses travaux que bon nombre des grandes famines de l’histoire sont survenues alors que de la nourriture était disponible au sein de la société, mais qu’une grande partie de la population n’avait plus les moyens de l’acheter.
Cette définition souligne l’importance d’analyser l’inflation et la stagnation économique en Iran. Les marchés restent actifs et l’approvisionnement en marchandises se poursuit, mais l’écart entre les revenus et les dépenses se creuse rapidement. Lorsque les ménages sont contraints de réduire leur consommation de produits laitiers, de viande, de fruits et d’autres denrées essentielles, la société bascule dans une situation d’insécurité alimentaire.
Les signes de cette situation sont visibles à travers la hausse de la malnutrition, la baisse de la qualité de l’alimentation et l’augmentation des problèmes de santé publique. Les coûts de santé liés à la malnutrition exerceront également une pression supplémentaire sur les ménages dans les années à venir.
Une inflation chronique, fruit d’une économie politique en crise
Les statistiques des dernières années montrent que l’économie du pays est entrée dans un cycle d’inflation chronique. Les taux d’inflation dépassant 40 % et 50 %, autrefois considérés comme exceptionnels, sont désormais devenus une caractéristique ordinaire de l’économie.
Les causes de cette situation ne peuvent être attribuées uniquement aux sanctions ou à des facteurs extérieurs. Une structure économique centralisée, une corruption généralisée, une inefficacité chronique, l’instabilité des politiques et l’absence d’institutions responsables ont joué un rôle déterminant dans l’émergence de cette crise.
La bombe à retardement des inégalités et de la pauvreté
L’une des conséquences les plus alarmantes de l’inflation et de la stagnation économique en Iran est le creusement des inégalités entre les classes sociales. Les ménages à faibles revenus consacrent la majeure partie de leurs ressources à l’alimentation et au logement ; par conséquent, toute hausse des prix dans ces secteurs réduit directement leur niveau de vie.
À l’inverse, les catégories les plus aisées disposent d’une plus grande capacité à préserver leur patrimoine et à compenser les effets de l’inflation. Il en résulte une inégalité croissante et une érosion de la classe moyenne, pourtant considérée comme un pilier de la stabilité sociale et du développement économique.
La hausse de l’émigration, la baisse du taux de nuptialité, la dégradation de la qualité de l’éducation, l’augmentation de la pauvreté infantile et la réduction des investissements des ménages dans l’avenir de leurs enfants ne sont que quelques-unes des conséquences de cette situation. Une société où une grande partie de la population peine simplement à satisfaire ses besoins fondamentaux perd sa capacité de croissance et de développement durable.
L’avenir économique de l’Iran : entre survie et effondrement progressif
Certains analystes utilisent le concept d’« économie de survie » pour décrire la situation actuelle ; il s’agit d’une configuration où l’objectif premier du pouvoir en place n’est pas le développement et la prospérité, mais la prévention d’un effondrement économique total. Toutefois, un tel modèle impose un lourd tribut à la société.
Si l’inflation et la stagnation économique en Iran suivent leur trajectoire actuelle, elles pourraient entraîner une aggravation de l’insécurité alimentaire, de la malnutrition et de la pauvreté, ainsi qu’une intensification des crises sociales. S’il est peut-être prématuré de parler de famine au sens classique du terme, de nombreux indicateurs suggèrent que le pays s’engage sur une voie dangereuse, susceptible de conduire à une privation alimentaire plus généralisée.

