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Washington pourrait privilégier des frappes « ciblées » à une campagne de bombardement en Iran

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Le Monde, 1 octobre – Par Luc Vinogradoff – Le journaliste américain Seymour Hersh, auteur de plusieurs articles sur la stratégie militaire de la Maison Blanche en Iran, affirme, dans le New Yorker paru lundi 1er octobre, que Washington pourrait abandonner l’idée d’un bombardement de grande envergure visant des installations nucléaires au profit de frappes « ciblées » contre des infrastructures des Gardiens de la révolution.

Citant de nombreuses sources gouvernementales et sécuritaires sous couvert d’anonymat, Hersh affirme que la modification des plans américains s’est opérée cet été, sous l’impulsion du vice-président Dick Cheney. « Le but des plans était une large campagne de bombardement, avec des cibles comprenant des sites nucléaires connus ou suspectés ainsi que des cibles militaires. Maintenant, on insiste sur des frappes ‘chirurgicales’ contre des installations des Gardiens de la révolution à Téhéran et ailleurs d’où sont lancées, selon l’administration, des attaques contre les Américains en Irak », écrit Hersh.
LES PRÉPARATIFS ONT AUGMENTÉ « DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE »
Le journaliste estime que ce recadrage stratégique résulte de trois causes. « Premièrement, le président et ses conseillers ont conclu que leur campagne pour convaincre le public américain que l’Iran était un danger nucléaire imminent n’a pas marché, contrairement à celle menée avant la guerre en Irak (…). Deuxièmement, la Maison Blanche a finalement adopté le consensus, partagé par la communauté de renseignements américaine, que l’Iran est encore à cinq ans d’obtenir une bombe. Enfin, il y une reconnaissance grandissante, à Washington et au Proche-Orient, que l’Iran est le grand vainqueur géopolitique de la guerre en Irak. »
Si les préparatifs pour une intervention militaire ont augmenté « de manière significative », selon les dires du journaliste – « ils envoient tout le monde vers la cellule iranienne », affirme un ancien responsable de la CIA –, une action militaire américaine ne peut pas être qualifiée d’imminente. Ainsi, Hersh précise qu’au cours de son enquête, on lui a répété à de nombreuses reprises que « le président n’a pas signé ‘l’ordre exécutif’ nécessaire pour entreprendre une opération militaire en Iran ». « Et un ordre de ce calibre pourrait même ne jamais être signé », ajoute-t-il.

« MENER UNE ACTION MILITAIRE EN IRAN LE PLUS VITE POSSIBLE »

Pourtant, le gouvernement américain n’a pas cessé de lancer des mises en garde à l’encontre de Téhéran, que ce soit sur le nucléaire ou sur la situation irakienne. Dernièrement, M. Bush avait dénoncé, lors d’un discours en août, le lien entre les extrémistes chiites et Téhéran, demandant au régime iranien « de mettre fin à ces actions ». « Jusqu’à ce qu’ils le fassent, nous prendrons les mesures nécessaires pour mettre nos troupes en sécurité. » Quant au rôle de l’Iran en Irak, la mesure la plus concrète a été l’adoption d’un texte, le 26 septembre, appelant à désigner les Gardiens de la révolution comme groupe terroriste.

« La position du président, et son corollaire – si beaucoup des problèmes américains en Irak peuvent être imputés à Téhéran, alors la solution est d’affronter les Iraniens – se sont solidement imposés au sein de l’administration », note l’auteur de l’article. Parmi les plus fervents adeptes de cette option, on retrouve M. Cheney qui, selon un ancien responsable des renseignements, cherche désespérément à « mener une action militaire en Iran le plus vite possible », alors que M. Bush doit quitter la présidence dans moins de quatorze mois.

« GUERRE RÉGIONALE DE VINGT ANS »

D’autres figures de premier plan, comme le général David Petraeus, ont également apporté des éléments démontrant la présence grandissante de Téhéran sur le sol irakien, confortant par la même occasion l’administration dans son choix. « Personne ne s’était rendu compte du degré de participation de l’Iran », a-t-il affirmé dans son rapport présenté en septembre. Selon lui, Téhéran mène « une guerre par procuration contre l’Etat irakien et les forces de la coalition ».

Seule inconnue, la réaction du régime iranien à une campagne de bombardement sur son sol. L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Zbignew Brzezinski, cité dans l’article, prédit « une guerre régionale de vingt ans ». « Cette fois, contrairement à l’Irak, nous allons jouer le rôle de victime. Le but du jeu semble d’essayer à forcer les Iraniens à jouer plus gros que leur mise. »

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