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Les soupçons sur le caractère militaire du nucléaire iranien se multiplient

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Lemonde.fr, 26 mars – par Laurent Zecchini – Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté récemment une troisième série de sanctions destinées à forcer l’Iran à interrompre son programme nucléaire, Le Monde a eu accès à des documents attestant que Téhéran a poursuivi un programme nucléaire militaire après 2003, contrairement à ce qu’affirmait un rapport de la direction nationale du renseignement américain, publié le 3 décembre 2007.

Le 25 février, le directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le Finlandais Olli Heinonen, avait présenté des preuves de l’existence de ce programme militaire nucléaire iranien. Une lettre adressée courant 2004 à Gholam Reza Aghazadeh, vice-président de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (AEOI), par l’ingénieur Mahdi Khaniki, l’un des principaux interlocuteurs de l’AIEA et ancien ambassadeur d’Iran en Syrie, confirme ses accusations.

Ce document dresse un état des lieux des relations de Téhéran avec les inspecteurs de l’agence de Vienne. Mahdi Khaniki rappelle notamment que les inspecteurs de l’AIEA – qui agissent sous la direction de M. Heinonen – ont exigé de voir les contrats portant sur l’acquisition de pièces détachées entrant dans la mise au point des centrifugeuses. Assemblées en « cascade », ces centrifugeuses permettent d’enrichir l’uranium, éventuellement jusqu’à obtenir une qualité militaire.

« Lors d’une réunion qui s’est déroulée le 31 janvier 2004 en présence du Dr Rohani (Hassan Rohani, principal négociateur du programme nucléaire iranien jusqu’à fin 2005), celui-ci a décidé que ces contrats devaient être préparés conformément aux souhaits de l’AEOI, de façon à ce qu’ils soient prêts à être fournis à l’AIEA. » « Il faut noter, ajoute-t-il, que le représentant du ministère de la défense et d’assistance aux forces armées a indiqué lors de cette réunion que les contrats avaient été rédigés pour une présentation (à l’AIEA). »

« Or, poursuit Mahdi Khaniki, des parties de ces contrats, que j’ai moi-même vues au ministère de la défense, étaient biffées de lignes noires et les quantités ne figuraient pas ; il semble donc que ces contrats provoqueront plus de questions que ceux qui devraient (normalement) être présentés à l’Agence (l’AIEA). » Et de conclure : « Naturellement, j’ai demandé au préalable à l’ingénieur Mohamadi de préparer le nombre nécessaire de contrats (corrigés) et j’espère qu’il l’a déjà fait. »
Pour les spécialistes du dossier iranien, cette lettre représente une preuve évidente de l’implication du ministère de la défense iranien dans le dossier nucléaire. Ce qui conforte les soupçons sur le caractère militaire de ce programme, tout en attestant des efforts des Iraniens pour en dissimuler la nature.

Selon des sources proches d’un service de renseignement, ce courrier s’inscrit dans le cadre du « Projet 13 », dont l’intitulé est « projet pour la disparition des menaces ». Ce projet aurait vocation à tromper les inspecteurs de l’AIEA. Le Centre de recherche en physique (PHRC) de Lavizan Shian a ainsi été rebaptisé « AMAD », et ses « départements » sont devenus des « projets », afin de brouiller les pistes. Dans un deuxième temps, probablement en 2006, l’appellation « AMAD » a également été supprimée. Depuis, il n’est plus fait mention que du « Centre » pour désigner la direction du programme nucléaire militaire.

Les services de renseignement américains ont capté, à la mi-décembre 2006, une conversation entre deux fonctionnaires non identifiés tenue au ministère de la défense à Téhéran et faisant état de divergences entre responsables de l’AEOI et du ministère de la défense. L’un des deux interlocuteurs fait référence au « Centre » et souligne : « L’AEOI s’occupait de ses intérêts, et sa politique se situait à 180 degrés de la nôtre. Actuellement, comme pour la CTBTO (Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires), je pense que le ministère de la défense doit avoir le dernier mot, parce qu’ils (les dirigeants de l’AEOI) savent qu’au bout du compte nous avons l’intention de conduire des tests. » Le doute subsiste sur la nature de ces « tests », mais cette référence renforce les soupçons.

Les informations rendues publiques par Olli Heinonen, en février, à Vienne, contredisent une partie des conclusions du rapport des services américains en décembre 2007. Pour expliquer cette incohérence, certains diplomates français évoquent un « dysfonctionnement majeur » au sein de l’administration américaine.

D’autres sources avancent que, courant 2007, les services de renseignement américains, ainsi que le Pentagone, se sont inquiétés du climat va-t-en-guerre qui régnait alors à Washington, et du risque de voir le président George Bush ouvrir un nouveau front militaire contre l’Iran. Le rapport du mois de décembre aurait alors eu pour but de couper court à la tentation de l’exécutif américain de recourir à la force.

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