Les difficultés de subsistance auxquelles est confronté le peuple iranien ont contraint la société à adopter ce que l’on appelle une « économie de survie ». Selon le site d’information d’État Entekhab, en date du 3 août, une économie de survie est « une économie dans laquelle les individus monétisent la moindre opportunité, non par intérêt pour un mode de vie minimaliste ou une consommation durable, mais afin de gérer leurs dépenses quotidiennes face à la hausse du coût de la vie ».
Auparavant, les plateformes de vente en ligne servaient principalement à l’achat et à la vente de maisons, de voitures et de placements. Aujourd’hui, cependant, la consultation des annonces sur ces plateformes révèle une tout autre réalité financière des ménages iraniens. Ces annonces témoignent de l’évolution des modes de consommation et de la montée des pressions économiques, reflétant l’appauvrissement croissant de la société iranienne.
Le 4 août, l’agence de presse d’État Rokna a publié un article intitulé « Annonces insolites sur Divar (site de petites annonces) : de la vente de cheveux à la location d’ordinateurs portables ! », dans lequel on peut lire :
« La multiplication des annonces en ligne proposant des articles insolites, comme des cheveux humains, des chaussures d’occasion et des flacons de parfum vides, témoigne des mutations économiques et des difficultés financières que rencontre la société. »
De même, le 2 août, le site d’information étatique Khabarfarsi a publié un article intitulé « Une publicité insolite pour un flacon de parfum vide attire l’attention », déclarant : « Sur un tel marché, trois phénomènes se produisent simultanément. Premièrement, la consommation se détourne de la propriété, les gens privilégiant la location à l’achat. Deuxièmement, les biens conservent leur valeur jusqu’à la fin de leur durée de vie utile, même les flacons vides et les vêtements usagés se retrouvant sur le marché. Troisièmement, la crédibilité financière et les documents officiels eux-mêmes deviennent des actifs négociables, ce qui signifie que ce qui n’était auparavant qu’un instrument administratif ou juridique acquiert désormais une valeur marchande grâce à la publicité. Cette situation peut être qualifiée d’économie de survie. »
Comment se développe une économie de survie ?
Les sociologues utilisent le terme « économie de survie » pour décrire une situation dans laquelle les familles sont contraintes de transformer chaque bien utilisable en source de revenus pour couvrir leurs dépenses quotidiennes. Dans ces conditions, la distinction entre biens de consommation et actifs d’investissement disparaît. Tout objet, même de faible valeur économique, devient quelque chose qui peut être vendu ou loué.
La dépréciation des actifs négociables
L’un des changements les plus significatifs mis en évidence par ces annonces en ligne est la dépréciation des actifs mis sur le marché. Auparavant, les maisons, les voitures et l’or étaient les principaux indicateurs de la vente de biens des ménages.
Cette évolution indique que les ménages tentent de convertir leurs dernières ressources économiques en liquidités. Par conséquent, les biens sont utilisés jusqu’à la fin de leur durée de vie utile avant d’être revendus et remis sur le marché.
Vendre des biens personnels : un signe de difficultés financières
La vente de cheveux naturels illustre également cette tendance. Bien que des marchés d’achat et de vente de cheveux humains existent dans de nombreux pays, la multiplication de ces annonces en Iran, concomitante à la dégradation de la situation économique, a attiré l’attention de nombreux observateurs.
D’un point de vue sociologique, ce changement suggère qu’en période de grave crise économique, les individus mettent sur le marché même leurs biens personnels et non conventionnels.
Quand la solvabilité devient une marchandise
L’aspect le plus frappant de ces annonces est sans doute la location de titres de propriété, de garanties de cautionnement et de bulletins de salaire, autant d’éléments désormais intégrés à l’économie de survie. Il ne s’agit plus ici de la vente d’un bien matériel, mais bien de la crédibilité financière et juridique des individus elle-même, qui acquiert une valeur économique.
Du point de vue des sciences sociales, cette situation reflète une incertitude économique croissante. Face aux difficultés rencontrées par les familles pour obtenir des garanties, des cautions ou accéder à des services financiers, des marchés informels émergent pour louer leur crédibilité financière. Outre l’accroissement de la vulnérabilité économique, cette tendance peut engendrer des opportunités d’exploitation et favoriser l’expansion de l’économie informelle.
D’un point de vue sociologique, ces évolutions s’observent généralement lors des périodes où l’écart entre les revenus et les dépenses des ménages se creuse et où une part croissante des revenus est consacrée aux besoins essentiels.
Les annonces publiées sur les plateformes en ligne peuvent donc être considérées comme un indicateur informel des conditions de vie de la société et de l’émergence de ce que l’on appelle une économie de survie.
Au-delà de leur intérêt informatif, ces publicités reflètent des mutations profondes des modes de consommation, des stratégies de subsistance des ménages et des mécanismes de survie au quotidien — autant d’évolutions dont l’étude est essentielle pour comprendre la situation sociale et économique du pays.

