Intelligence Reports"Les Amis"Iran : Bernard Hourcade un apologiste assidu des pasdaran

Iran : Bernard Hourcade un apologiste assidu des pasdaran

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Iran Focus : Le géographe Bernard Hourcade ne se formalise pas quand il s’agit de présenter sa thèse qui est en fait l’apologie des Gardiens de la Révolution iranienne, cette armée fascisante au service du « Guide suprême ». Dans un papier paru dans la revue « Différence », (mars 2010) ce « spécialiste » qui en fait pratique le lobbying pour une politique de complaisance vis-à-vis Téhéran, a pourtant le mérite de jouer franc. Son motif : la levée des sanctions qui visent les dirigeants iraniens. « Il est clair que la pire des sanctions contre les plus radicaux du régime islamique serait la levée des sanctions, » affirme-t-il de sa manière indirecte habilement formulée.

 

Pour justifier sa démarche, Bernard Hourcade doit trouver le moyen de miroiter l’espoir d’une possible réforme du régime despotique. Une réforme qui cette fois émanerait étrangement des sinistres Gardiens de la Révolution (1). Comme si l’expérience de deux décennies de politique de complaisance de l’Occident dans le sillage du pseudo-pragmatisme et réformisme de Rafsandjani ou de Khatami ne suffisait pas. Comme si ce n’était pas ce mirage de réforme fantasmé par les Hourcades qui a anesthésié les Etats démocratiques observant passivement la monté du fascisme le plus terrible en Iran lors du dernier acte d’une mise en scène électorale bien rodée par le guide suprême et ses Gardiens de la révolution. Mais pour Monsieur Hourcade est-ce vraiment la recherche de la vérité qui importe? Ceux qui maintiennent si impertinemment l’idée d’une possible force émergente crédible du sein de la bête intégriste ne sont-il pas dans les faits, que des portes paroles d’un lobby officieux qui cherche à protéger des intérêts financiers, mis à mal dans l’éventualité des sanctions renforcé contre Téhéran?

Les « rationnels »

Il faut le reconnaître, la mission de Monsieur Hourcade n’est pas aisée. Car il a la difficile tâche, comme le dit une expression persane, de « colorer le moineau pour le vendre à la place d’un canari». A court d’effectif et par faute d’interlocuteur présentable à l’intérieur du régime, Bernard Hourcade a l’« original » idée d’aller bichonner les sulfureux Pasdarans pour en faire «l’avenir »  de la nation iranienne, sur qui l’Occident devrait compter et surtout éviter de sanctionner.
Bernard Hourcade qui se couvre de ridicule en avançant l’invraisemblable idée que « le président Ahmadinejad a perdu le soutien du Guide », (2) pose la question suivante : « l’avenir entre les mains des Pasdarans? » auquel il répond : « Une force politique, militaire, policière, économique et idéologique est par contre en train de s’affirmer, celle des Gardiens de la révolution (Pasdarans). » (…) « Il faut constater que les vétérans des Pasdarans, forment la seule force politique, idéologique et sociale ayant la capacité de s’imposer aux forces de répression au clergé, à l’appareil d’État et même aux Verts en proposant une politique radicale, mais rationnelle et capable de compromis, notamment en politique étrangère. »

L’habileté de Bernard Hourcade pour raconter tout et son contraire sur la situation iranienne, a de comparables que dans les pires propagandistes du régime de Vichy. Il faut avoir un sacré culot pour faire passer les fascistes pasdarans pour de « rationnels » protagonistes « capable de s’imposer aux forces de répression ». Comme si les pasdaran pouvaient être séparé du clergé et de son Guide suprême, comme s’ils n’ont pas fait régner la terreur depuis plus de 30 ans dans ce pays.

Le plaidoyer des pasdaran ou le comble de l’imposture

Le géographe français disculpe les pasdaran et prétend que ce sont « des groupes incontrôlés » qui ont été responsables de la répression post-électorale et que les pasdaran n’ont pas participé à la répression : « Pendant les grandes manifestations de 2009, les Pasdarans étaient déployés dans les rues des grandes villes, mais ils n’ont pas été sollicités. Ils ont déclaré que cette force révolutionnaire ne tirerait pas sur la foule. Seules les forces spéciales anti-émeute de la police, les milices Bassijis et surtout des groupes ”incontrôlés”  du Ansar hezbollah sont intervenus. »

Certes l’observateur novice de la politique iranienne peut être charmé par ces mensonges mais tout spécialiste étranger et surtout tout Iranien en prise à la répression sait que le système de répression du « Guide suprême » (3) est fondamentalement basé sur les Gardiens de la révolution, ces véritables Gestapos iraniens décrits comme « l’armée idéologique » (4) du régime, responsable de la sécurité intérieure. Et que les commandants des pasdaran sont à la tête de tous les organes de répression notamment les forces spéciales anti-émeute de la police, les milices Bassijis (5), qui n’est que la milice des pasdaran commandé par des officiers des pasdarans. Les Ansar hezbollah et les fameux Lebas Chakhsi (agents en civil) ne sont que des cadres des pasdarans ou des vétérans de ces derniers qui se déguisent en civil pendant la répression pour ne pas laisser aucune trace de l’implication des militaires dans les crimes. Dans de nombreuses cas la population a identifié tel agent en civil photographié, comme étant un colonel en exercice des pasdarans.

On se souviendra du communiqué publié à la veille  de la « journée Qods », le 18 septembre dernier, et relayé par l’agence officiel IRNA, dans lequel les Gardiens de la révolution menaçait l’opposition d’une répression « ferme » : « Les braves enfants de cette nation qui sont dans les organes de sécurité et la police, ou dans les Gardiens de la Révolution et le Bassij (milice), sont prêt à confronter avec fermeté tout dérapage et actions contre-révolutionnaires. » Au lendemain de la manifestation du 7 décembre un commandant des gardiens de la Révolution, Ayoub Hassanzadeh, avertissait les opposants en ces termes: « Nous sommes prêts sur un simple claquement de doigts [du Guide suprême] à affronter les ennemis de l’islam et les contre-révolutionnaires. »

Des affabulations en continu

Pour rendre crédible sa thèse sur les pasdaran, Bernard Hourcade s’adonne à une laborieuse et burlesque mise en scène, digne d’un polar noir à l’iranienne. Selon le dernier scénario du genre « bon flic, mauvais flic », qu’il aurait apprit chez ses amis iraniens, les pasdarans seraient « une force divisée. La division la plus nette se trouve entre les vétérans du ”Front ouest” et ceux du ”Front sud” ». Dans ce lamentable marketing pour vendre les pasdarans, les bons  seraient ceux du « Front ouest » sur qui il faut compter dans les « futurs jeux d’alliances et les possibles transitions politiques ».  Une autre manière de gagner du temps pour le régime en redonnant la fausse illusion qu’il a la capacité de se réformer. Cette illusion est aujourd’hui mise à mal par le soulèvement à l’intérieur et l’intransigeance du Guide suprême face à toute ouverture, qu’il conçoit à juste titre comme le début de la fin. (6)

La solution proposé par Bernard Hourcade pour résoudre la crise iranienne, c’est pour les entreprises étrangères d’investir massivement en Iran et répondre « aux demande de relations industrielles du gouvernement iranien ».  « Comment répondre à la demande d’ouverture de la société iranienne et même aux demandes de relations industrielles du gouvernement iranien sans être physiquement sur place ? La politique de la chaise vide est rarement efficace, » affirme-t-il. Ce qui fait défaut au peuple iranien, selon le géographe français qui ne finit pas de nous étonner avec ses extravagance, c’est qu’il n’y aurait pas assez d’« occidentaux » en Iran, grâce auxquelles les iraniens pourraient s’ouvrir à la « mondialisation » : « En effet, on estime que moins de 3 000 Occidentaux expatriés (diplomates et familles comprises) vivent en Iran ; autrement dit personne. Les entreprises étrangères sont rares et l’Iran vit en fait en marge de la mondialisation. » !

Le « Bonaparte iranien » ou l’envoutement nauséabond

L’envoutement de Bernard Hourcade pour les pasdarans « bon musulmans » ne date pas d’aujourd’hui. Déjà, en mai 2008 il écrivait dans la tribune du Monde sous l’intitulé «Il ne faut pas avoir peur de l’Iran » : « On voit aussi émerger une nouvelle génération de politiciens… Ces jeunes qui avaient 20 ans à la révolution et ont connu la guerre en ont aujourd’hui 45-50. Ce sont des laïques, bons musulmans. Beaucoup viennent des anciens gardiens de la révolution (pasdarans), l’armée idéologique, ou des bassidjis, les milices volontaires. Leur arrivée dans la vie politique n’est pas une militarisation en soi, c’est normal dans un pays où des millions de jeunes se sont battus. Ils ont différentes approches. » (Le Monde, 4 mai 2008)

Bernard Hourcade s’employait déjà à blanchir les pasdaran (en les distinguant des mollahs) et à leur dessiner un avenir, notamment pour un certain « Bonaparte iranien » : « Alors, ces anciens combattants qui ont rêvé d’un Iran islamique fort se sentent floués par les mollahs qui ont laissé aller les choses et par Ahmadinejad, qui a isolé un peu plus le pays. (…) Quel est le but de cette troisième voie ? Etablir un Iran moderne sans perdre son identité. (…) Ce n’est pas un parti, mais des personnalités comme Ali Larijani, l’ex-négociateur du dossier nucléaire, ou Mohsen Rezaï, chef des pasdarans durant la guerre. Le plus marquant est le maire de Téhéran, Mohammad-Bagher Qalibaf. Candidat malheureux en 2005 à la présidence, il se présentera sans doute en 2009. A 23 ans, sur le front, il commandait 15 000 hommes à la bataille de Khoramchahr. C’est un Bonaparte iranien, avec une vision dynamique des relations avec l’étranger. » (Ibid.)

On a bien vu ce qui est arrivé à la présidentielle de 2009, le Bonaparte s’est transformé en sujet docile et ne se présenta pas sur ordre du Guide suprême. Rappelons que Mohammad Bagher Qalibaf a été commandant des forces de sécurité et à se titre chargé de la répression pendants de longue années. Depuis l’insurrection et le durcissement de la répression il apparaît fréquemment aux côtés du guide suprême et d’Ahmadineajd.

Le 23 juillet 2009, dans les pages du Figaro, Bernard Hourcade, parlait de la «nouvelle génération biologique» des pasdarans, comparant honteusement cette force fascisante à des « anciens résistants de la Seconde Guerre mondiale ».

« Ce sont de vraies élections » et « Ahmadinejad est plus populaire qu’on ne le croit»

À la veille de l’élection frauduleuse du 12 juin 2009, Bernard Hourcade vantait sordidement les mérites d’Ahmadinejad et des élections iraniennes, déclarant au Figaro : « Ce sont de vraies élections, ce qui est rare dans la région, et elles sont donc totalement imprévisibles. »  «Ahmadinejad est plus populaire qu’on ne le croit» et « les déçus du président iranien sont moins nombreux qu’on ne le croit malgré l’échec économique et le fort taux de chômage de l’Iran. Sur le plan scientifique, il a valorisé les succès techniques de l’Iran : le nucléaire, le lancement de satellite et de missiles. Même si les gens sont opposés à lui, ils se souviennent que c’est l’homme qui a mis un satellite sur orbite. (Le Figaro, 11 juin 2009).

Les propos de Monsieur Hourcade sont une insulte à l’intelligence des Iraniens. Ses analyses superficielles n’ont-elles pas été suffisamment désavouées par le courage et l’intelligence des jeunes iraniens et par la férocité de la répression commandée par les gardiens de la révolution? Jusqu’à quand les médias se réfèrent à des personnes discréditées pour créditer des thèses qui viennent réconforter une dictature aux abois.

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(1 ) Le corps des pasdaran est la colonne vertébrale du  système basée sur le pouvoir absolue du Guide suprême, « Velayat-e-Faghih » L’histoire des pasdaran est précisément celle de l’émergence du Velayat-eFaghih. Le khomeynisme est incarné par une idéologie obscurantiste se caractérisant par la répression, la misogynie, la discrimination et l’expansionnisme en vue de la création d’un empire islamiste mondial. Chaque caractéristique de cette entité moyenâgeuse se concrétise dans une des instances du corps des pasdaran. Son rôle décisif au sein de toutes les instances militaire, sécuritaire, politique et économique explique la nature de la théocratie : une dictature militaire et policière. En même temps, les pasdaran puisent leur dynamisme dans le bellicisme généré par la théorie du Velayat-Faghih qui prône la domination universelle. (« Les Gardiens de la Révolution, l’armée intégriste et terroriste », par Mehdi Abrichamtchi, Edition Jean Picollec)

(2) Ahmadinejad est issu des pasdaran. La grande majorité des ministres, conseillers et vice-présidents d’Ahmadinejad sont issus des pasdaran ayant trempé durant de nombreuses années dans la répression. Après les ministres, l’ensemble des adjoints et des directeurs de services dans les ministères ont été choisis parmi les pasdaran. La primauté des pasdaran sur les autres organes, trouvant après l’élection présidentielle de 2005 toute sa dimension, explique aussi l’orientation de cette dictature : radicalisation et crispation à l’intérieur (en vue de l’homogénéisation de la population), blocage de la moindre velléité de réforme, destruction de tous les ponts pour empêcher un repli éventuel sur la question nucléaire et l’ingérence dans les affaires irakiennes. On comprend mieux aussi le statut et le rôle d’Ahmadinejad. Ahmadinejad représente le militarisme total et sans faille d’un régime dont l’essence même est incarnée par les pasdaran. (ibid)

(3) Le Vali-e-Faghih et le corps des pasdaran sont complémentaires. Le premier a besoin du second pour la répression et l’exportation de la révolution et les pasdaran ont besoin du Vali-e-Faghih pour se maintenir en place. Le régime du Velayat-e-Faghih est une dictature militaire et policière au sein duquel le Corps des gardiens fonctionne comme le bras protecteur du régime. Ce dernier est essentiellement dépendant de ce corps qui constitue l’organe central du recours à la force et de la répression. (ibid)

(4) Cet organe idéologique des mollahs, créé dans un premier temps pour réprimer les opposants et contrôler l’armée héritée du Chah, ressemble en bien des aspects aux SS de l’Allemagne du IIIe  Reich : tous deux sont des Forces armées idéologiques ; tous deux ne prennent des ordres que du « chef suprême » [le Führer ou le Valy- e-Faghih]. Ils ne rendent compte qu’à lui et sont les principaux éléments de la répression. (ibid)

(5)  Le 5 août 1980, le Bassidj est intégré dans le corps des pasdaran par une loi du Majlis. Dès lors le Bassidj perd son statut de force indépendante pour se transformer en unité des pasdaran et devient sa source principale de recrutement. Il sera transformé en un organe paramilitaire pouvant intervenir jusque dans les villages les plus reculés pour établir, si nécessaire, la répression. Cette force utilise les voyous et les éléments les plus frustrés de la société contre les forces populaires. Si le corps des pasdaran joue un rôle comparable à celui des SS, le Bassidj fonctionne comme les SA, troupe d’assaut d’Hitler. A travers le Bassidj, les pasdaran ont créé des antennes de contrôle et de surveillance dans tous les ministères, administrations, entreprises privées ou publiques, banques, usines privées ou publiques, écoles, universités, même dans les bureaux de gouverneurs, les mairies, les villages et les tribus nomades…(ibid)

(6) Les interlocuteurs étrangers du régime ont sous-estimé pendant des années l’intégrisme islamiste dirigé par Téhéran. Sans se rendre compte des conséquences de toute complaisance. L’ascension des pasdaran et le développement de leurs projets sont les fruits amers de toute une histoire de négligence, consciente ou inconsciente, du danger que représente la propagation de l’intégrisme iranien. C’est aussi le fruit de l’illusion des «miracles » que pourrait produire la politique de complaisance, une analyse superficielle et l’incompréhension de la nature de ce phénomène. L’histoire des dérives vis-à-vis des mollahs se résumée à : Prétendre que des négociations avec des mollahs ouvriraient le champ à une faction modérée du régime. Or l’expérience des 16 années de présidence de Rafsandjani et de Khatami a démontré qu’il n’existe aucune faction modérée, que cette hypothèse est purement chimérique;  Prétendre que l’intégrisme des mollahs pourrait être endigué par des négociations, or les négociations pour persuader les mollahs de suspendre leurs activités nucléaires leur ont uniquement donné des délais précieux pour faire avancer leurs projets. (ibid)

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