Alors que se multiplient les informations faisant état d’un accord final entre le régime iranien et les États-Unis, les signes d’une profonde crise politique au sein de l’appareil dirigeant deviennent eux aussi plus manifestes. Les désaccords sur les termes d’un éventuel accord ont dépassé le cadre des discussions à huis clos pour s’étendre aux rassemblements de rue, aux tribunes officielles du régime et aux médias affiliés à ses différentes factions.
Dans la soirée du 13 juin, des groupes de partisans de la ligne dure ont organisé des rassemblements nocturnes à Téhéran et dans plusieurs autres villes pour s’opposer fermement au processus de négociation et aux responsables qui y participent. Sur la place Ibn Sina à Téhéran, le rassemblement a été marqué par des slogans tels que : « Ghalibaf, Araghchi, qu’en est-il du sang de mon Guide ? », « Araghchi, ayez honte, laissez l’Amérique tranquille », « Mort à Araghchi, infiltré déshonorant » et « Ghalibaf, Araghchi, démissionnez, démissionnez ».
La colère des manifestants proches du régime a atteint un tel niveau que certains intervenants et participants ont accusé les responsables gouvernementaux et l’équipe de négociation de « trahison », les prenant à partie dans des termes d’une virulence inhabituelle. Devant le ministère des Affaires étrangères, un manifestant a violemment invectivé Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères du régime, le tenant pour responsable des blocages politiques du pays.
Parallèlement, plusieurs membres du Parlement ont rejoint le camp des opposants à l’accord. Le député Amirhossein Sabeti a indiqué que 16 parlementaires avaient pris part au rassemblement de protestation ; il a affirmé que le projet d’accord était encore plus défavorable que l’accord sur le nucléaire de 2015 (JCPOA) et qu’il ignorait les « lignes rouges du Guide suprême ». Il a averti que tout recul du régime sur des questions telles que le détroit d’Ormuz constituerait une « trahison ».
Dans le même contexte, Mahmoud Nabavian, vice-président de la Commission de la sécurité nationale du Parlement, a lu des extraits de ce qu’il a présenté comme l’accord final entre Téhéran et Washington lors d’une émission diffusée en direct. Il a affirmé qu’en vertu du texte proposé, le régime iranien renoncerait à une partie de son influence et de son autorité dans la région et au niveau du détroit d’Ormuz, une démarche qui, selon lui, contredit les positions publiquement exprimées par le Guide suprême du régime, Ali Khamenei.
Hamid Rasaei, un parlementaire, a également pris à partie Araghchi à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux laissant entendre qu’un accord était imminent. Faisant référence au partage du message d’Araghchi par Donald Trump, Rasaei a qualifié cet acte d’erreur politique de la part du ministre des Affaires étrangères, demandant : « Pourquoi publiez-vous un texte dont Trump se félicite ? »
En revanche, certains médias et courants politiques proches du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont exprimé leur inquiétude face à l’escalade de ces conflits. Le journal public *Javan*, affilié au CGRI, a averti dans un éditorial que certains rassemblements étaient devenus des tribunes pour attaquer les institutions du régime et que des intervenants avaient même appelé à dissoudre le Conseil suprême de sécurité nationale et à prendre des mesures contre de hauts responsables. Le journal a évoqué les « germes de division et de discorde » au sein des partisans du régime.
Alors que ces différends s’intensifiaient, Gholamhossein Mohseni Ejei, chef de l’appareil judiciaire du régime, a mis en garde contre les divisions internes et a appelé à empêcher l’infiltration d’« éléments malveillants » dans les rangs du régime. Parallèlement, il a réitéré la méfiance totale du régime envers les États-Unis, une position reflétant les efforts de la classe dirigeante pour contenir la crise interne.
Dans le même temps, Ahmad Alamolhoda, représentant d’Ali Khamenei à Machhad, a fustigé tout optimisme à l’égard des États-Unis, soulignant qu’« aucun accord ne sera acceptable s’il n’est pas approuvé par le Guide ». Il a comparé les relations entre le régime iranien et les États-Unis à l’histoire de « la souris et du chat », qualifiant de leurre toute confiance envers Washington.
Simultanément, Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal public *Kayhan* et représentant d’Ali Khamenei au sein de la publication, a critiqué le gouvernement et l’équipe de négociation, demandant sur quelle base l’Iran renoncerait à des leviers de pression tels que la fermeture du détroit d’Ormuz. Ses propos reflétaient les inquiétudes des factions ultraconservatrices quant à d’éventuelles concessions dans le cadre d’un nouvel accord. Ces développements surviennent alors que divers responsables du régime ont, ces dernières semaines, mis en garde à maintes reprises contre les dangers de la « discorde » et de la « division ». Le président iranien Masoud Pezeshkian avait précédemment appelé à éviter d’étaler les différends internes sur la place publique, tandis qu’un message attribué à Mojtaba Khamenei, lors des cérémonies marquant l’anniversaire de la mort de Rouhollah Khomeini, soulignait également la nécessité de préserver l’unité au sein du régime.
Toutefois, ce qui s’observe aujourd’hui dans la rue, au Parlement, dans les médias d’État et sur les tribunes officielles témoigne d’une réalité différente. Les manifestations de groupes proches du Front Paydari, les contre-attaques des médias affiliés au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les mises en garde répétées de hauts responsables et les efforts déployés pour endiguer la crise révèlent tous un approfondissement des fractures au sein de la structure du pouvoir.
Le signe d’une crise plus profonde
La guerre verbale et politique entourant un éventuel accord avec les États-Unis ne se résume pas à un simple différend tactique sur les négociations ; elle reflète une crise plus profonde au sommet de
l’appareil dirigeant. Les pressions liées à la guerre, à l’impasse économique, aux craintes quant aux conséquences de concessions lors des négociations et à la rivalité entre factions pour l’avenir du régime ont atteint un stade où elles deviennent de plus en plus difficiles à dissimuler. En conséquence, plus le régime se rapproche d’une décision concernant un accord, plus ses divisions internes deviennent visibles et plus l’affrontement entre factions rivales s’intensifie. De nombreux observateurs voient dans cette situation le signe d’une érosion de la cohésion au sein de la structure du pouvoir en Iran.

