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Une année 2014 peu prometteuse pour les droits humains en Iran

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Blogs.nouvelobs: Par Sara Narani – L’année 2013 a été particulièrement déplorable pour les droits de l’homme en Iran. L’année 2014 sera-t-elle d’un meilleur augure avec la présidence de Hassan Rohani, considéré comme « modéré » ? Pour l’heure, rien n’indique un changement de tendance. Le dernier rapport d’Ahmed Shaheed, le Rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran, estime que la situation des droits humains y demeure préoccupante. L’opposition et les défenseurs des droits de l’homme en Iran ne décèlent pas non plus de signe de modération. Au contraire, depuis l’arrivée de Rohani à son poste actuel, la situation a empiré, particulièrement par la multiplication des exécutions.

 

Si le régime, acculé par les sanctions, a été contraint d’infléchir quelque peu sa politique nucléaire sur la scène internationale, à l’intérieur du pays, c’est l’inverse qui prévaut. En augmentant les mesures liberticides et le nombre des exécutions, les autorités ont voulu rappeler à la population et aux opposants qu’aucun « dérapage démocratique » ne sera autorisé. Le souvenir du soulèvement populaire de 2009 est encore frais dans la mémoire des mollahs, qui savent que leur régime peut être rapidement balayé en cas de moindre libéralisation.

Pour exercer sa politique, le régime utilise plus de 60 organes répressifs (pasdaran, Bassidj, agents en civil, ainsi que toute une panoplie de services de renseignement). Dans un rapport publié par le CNRI en début de l’année 2014, on peut observer les divers aspects de cette répression dont nous nous proposons ici d’en détailler certains.

 

Les exécutions

1- En 2013, au moins 660 exécutions ont été répertoriées en Iran, dont les deux-tiers, soit 430, ont eu lieu après l’élection présidentielle du 14 juin. 25 femmes ont été pendues. L’exécution de deux jeunes de 20 et 23 ans en public, pour avoir volé l’équivalent de 35 euros, l’exécution de plusieurs jeunes âgés de 12, 15 et 17 ans au moment de leur arrestation, la pendaison du corps ensanglanté d’un jeune de 28 ans à Bandar-Abbas dans le sud de l’Iran qui avait tenté de se suicider quelques heures avant, la pendaison du corps d’un jeune de 23 ans à Zahedan (sud-est) mort d’une crise cardiaque quelques heures avant, l’exécution de Guiti Marami, 34 ans, le corps ruisselant de sang en raison des 100 coups de fouets donnés avant sa pendaison, et l’insistance pour exécuter à nouveau le condamné qui, après une première exécution, avait été envoyé encore vivant à la morgue. Tout ceci ne représente qu’une partie du bilan des crimes du régime des mollahs en 2013.

 

Le chef du système judiciaire, Sadegh Laridjani, a qualifié le 11 décembre les rapports de la communauté internationale sur la dégradation des droits humains en Iran de mensonges tendancieux avant de déclarer : « S’opposer à la peine de mort, c’est s’opposer aux ordres de l’islam. »

 

2- Des milliers de prisonniers dans tout le pays ont été condamnés à mort, et dans la seule prison de Ghezel-Hessar (près de Téhéran), on compte plus de 3000 détenus dans le couloir de la mort. Pour faciliter les exécutions collectives, le régime a mis en place des potences pour 12 personnes. En protestation à ces exécutions, des prisonniers politiques condamnés à mort sont en grève de la faim depuis plus de deux mois.

 

Assassinats, éliminations et mort à petit feu de prisonniers politiques

3 – Plusieurs prisonniers sont morts sous la torture ou ont été assassinés de diverses manières. Le 1er février, Amir Moussavi est mort sous la torture. Le 24 juin, Ali Reza Chah-Bakhch, un prisonnier baloutche, après sept années de réclusion et son acquittement en justice, est mort de façon suspecte la veille de sa libération dans la section 1 de la prison de Zahedan. Le 20 juin, Afchine Ossanlou, un militant ouvrier, est mort soudainement de manière suspecte dans la salle 12 de la prison de Gohardacht, près de Téhéran. Il ne lui restait que quelques semaines à purger de sa peine de 5 ans. Le 24 octobre, le corps d’Ali Marachi, originaire d’Ahwaz (sud-ouest), âgé de 37 ans, a été rendu à sa famille, le crâne et les côtes fracturés.

 

4 – En 2013, la santé d’un grand nombre de prisonniers privés de soins nécessaires, s’est gravement dégradée. En réponse aux protestations des prisonniers sympathisants de l’OMPI qui sont en grande partie d’anciens détenus politiques des années 1980 et qui souffrent de toute une série de maladies en raison des années de réclusion et de tortures, les autorités leur ont répliqué : « Vous êtes des Monafeghines (terme péjoratif que le régime donne aux membres de l’OMPI) et vous serez tous mis à mort. » Les 4 membres de la famille Danechpour sont dans un état grave. Mohsen Danechpour-Moghadam, 72 ans, souffre d’insuffisances cardiaques et digestives sévères. Son fils de 41 ans, Ahmad souffre d’une grave maladie de l’appareil digestif. Ils ont tous les deux été condamnés à mort. Mme Motahereh Bahrami, âgée de 62 ans, souffre gravement des disques lombaires et Mme Reyhaneh Hadj-Ebrahim Dabbagh, souffre de vives douleurs aux jambes, aux lombaires et du système digestif.

 

Mme Sedigeh Moradi, souffre d’un disque cervical. Ali Moezi, 63 ans, souffre de cancer et de douleurs rénales. Machallah Haeri, 62 ans, souffre de maladie respiratoire et d’une grave maladie cardiaque ; il a déjà fait plusieurs arrêts cardiaques en prison et une hémorragie cérébrale. Saleh Kohendel souffre d’hémopathie. Mithagh Yazdan-Nejad, étudiant de 27 ans, est dans un état grave en raison des tortures et des conditions carcérales déplorables. Ali-Asghar Mahmoudian, prisonnier exilé au pénitencier de Semnan qui était à l’origine une étable, se trouve parmi les détenus de droits communs et les détenus dangereux ; il a contracté de multiples maladies en raison de l’absence totale d’hygiène. Gholam-Reza Khosravi souffre gravement de la colonne vertébrale. Le Dr. Asghar Ghatan, âgé de 60 ans, souffre de tension, de diabète aigue et de cholestérol élevé. Il a perdu la vue d’un œil et a fait une crise cardiaque le mois dernier. Mohammad Saemi, 64 ans, souffre notamment de problèmes cardiaques, rénaux, d’arthrose, de disque lombaire et d’un tympan endommagé. Saïd Massouri souffre de multiples maux, notamment d’une maladie sévère du système digestif. Assadollah Hadi, Mohammad Davari et Mohammad Ali Mansouri sont des prisonniers privés de soins et donc dans un état grave.

 

5 – Parallèlement aux bombardements et aux massacres des Moudjahidine du peuple à Achraf et à Liberty, les arrestations arbitraires et les pressions sur les sympathisants et les proches des membres de l’OMPI l’an dernier se sont poursuivies dans de plus grandes dimensions, spécialement dans les mois précédant la farce électorale présidentielle. Le 13 janvier, Reza Akbari-Monfared et son fils Ali ont été arrêtés. Sa sœur, Maryam Akbari Monfared, mère de trois enfants en bas âge, est incarcérée depuis trois ans, accusée de « guerre contre Dieu ». Quatre des frères et sœurs de M. Akbari ont été exécutés par le régime.

M. Hassan Sadeghi et son épouse Fatemeh Mossana ont été arrêtés sur l’accusation de vouloir tenir une cérémonie à la mémoire de son père, Gholam-Hossein Sadeghi, membre de l’OMPI au camp Liberty, décédé d’une crise cardiaque en raison de privations de soins médicaux.

 

Des châtiments barbares

6 – Les châtiments cruels consistant à lapider, amputer, énucléer les yeux ou couper les oreilles viennent compléter la panoplie des crimes du régime des mollahs. L’an dernier, on a répertorié quatre condamnations à la lapidation pour deux femmes et deux hommes à Tabriz, une condamnation à énucléer les yeux et couper l’oreille d’un ouvrier à Téhéran, et à l’amputation des mains de huit prisonniers dans les villes de Chiraz, Sari et Abadan. Assadollah Jafari, n° 2 du système judiciaire, a déclaré que « l’amputation des mains et des pieds est une des fiertés du système judiciaire » des mollahs (médias officiels, 30 janvier). Le procureur de Chiraz a lui aussi qualifié les amputations de « sérieux avertissement pour tous ceux qui causent de l’insécurité. » En 2013, le Conseil des gardiens du régime a de nouveau insisté dans le « nouveau code pénal » sur la nécessité de la lapidation. (Porte-parole de la commission des affaires juridiques du parlement des mollahs, 21 janvier 2013)

 

Les arrestations arbitraires

7 – Des arrestations arbitraires sous couvert de plans répressifs, comme le plan de « développement de la sécurité publique », se sont déroulées dans diverses villes du pays. Dans la seule ville de Sanandaj, à l’ouest de l’Iran, 193 personnes ont été arrêtées en 4 jours. À Téhéran, le 15 décembre, 123 personnes ont été arrêtées. À Bandar-Abbas (sud), des raids menés la nuit aux domiciles de jeunes protestataires ont conduit à des dizaines d’arrestations.

 

8 – Dans les universités, une politique répressive est en œuvre pour empêcher l’émergence de protestations étudiantes. En prenant des centaines de décisions de suspension, le régime a privé, sous divers prétextes, des étudiants de leur droit de suivre des cours, ou les a envoyés en prison à la moindre protestation ou activité militante. Karamatollah Zare’ian, étudiant de 27 ans de Téhéran, après sa troisième arrestation et sa disparition soudaine, est mort de façon suspecte. Malgré tout, les étudiants ont manifesté leur colère et leur rejet de ce régime inhumain en diverses occasions en scandant des slogans comme « À bas la dictature », « Les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation », et en interrompant de nombreux discours officiels des agents du régime.

 

Les femmes

9 – Les pressions et discriminations contre les femmes, qui sont légalisées, ont également eu libre cours en 2013 dans divers domaines. Les patrouilles répressives ont harcelé les femmes sous prétexte de sanctionner et d’arrêter les « mal-voilées », surtout pendant la saison chaude. Pour amplifier ce mouvement, les mollahs ont lancé le « plan national du voile spécial dans les écoles » ciblant les écolières, les collégiennes et les lycéennes. Firouz-Abadi, le commandant en chef des forces armées du régime, a estimé que pour préserver « la pudeur », les forces de sécurité et le système judicaire doivent s’occuper des « mal-voilées ». Il a souligné que si « les non-voilées et les impudiques […] cherchent à salir l’image de la révolution, il s’agit d’un problème de sécurité et les instances de sécurité doivent s’en occuper. » (Tasnim, agence de presse des pasdaran, 22 novembre 2013)

 

La liberté d’expression

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